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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

CAR/MEN

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Les envies de Bizet, ça peut vous prendre n’importe où et n’importe quand..
C’est bien connu..

 

C’est surtout ce qu’a bien compris Philippe Lafeuille, l’actuel directeur de la compagnie Chicos Mambo, une compagnie créée voici presque vingt ans à Barcelone suite à une rencontre entre le sus-nommé et deux danseurs, l’un espagnol, l’autre vénézuelien.

Le succès arrive avec la deuxième création, Méli-Mélo, et surtout Tutu qui va ravir des centaines de milliers de spectateurs. (Oui oui, des centaines de milliers…)

Fort de cette expérience et de ces incontestables succès, M. Lafeuille et ses boys sont de retour pour nous proposer leur version du plus célèbre des opéras français, et de la plus célèbre héroïne du répertoire : Carmen !
La Carmencita en personne !
Mais avec un slash : Car / Men ...

Alors évidemment, nous allons avoir droit à une réjouissante et hilarante relecture de ce chef d’œuvre.
Une sorte de Carmen 2.0, une « fantaisie ibéricochorégraphique », pour reprendre les mots même du créateur, faite de jubilatoires tableaux dansés et autres ballets on ne peut plus réussis.

Une entreprise artistique qui va une nouvelle fois avec beaucoup d’intelligence, de finesse, de clins d’œil questionner l’œuvre originale, certes, mais aussi tous les codes espagnols et tous les clichés de l’art lyrique et chorégraphique.

Durant une heure et quart, j’ai beaucoup ri, énormément ri, mais j’ai également été fasciné par la capacité des neuf artistes à nous faire vibrer grâce à leur expérience de danseurs tout en faisant fonctionner nos zygomatiques à plein régime.

Il faut un sacré talent pour arriver à ce résultat : ici, tout à l’air si facile, si amusant, si délirant, même.
Et pourtant, on imagine les heures et les heures de travail qu’il doit falloir pour y parvenir.

Détournement des codes ibériques, donc.
Dès la célèbre ouverture, reconnaissable entre toutes, nous retrouvons les robes à volants et à gros points, les mantilles, les éventails, les chapeaux plats ou encore les castagnettes.
Et les cartes postales andalouses avec le tissu en relief ? Oui, oui, nous en verrons !
Et les gitanes qui sont aux fumeurs ce que la crème brûlée est aux catalans ? Aussi !

Au milieu de ce plateau aux accents madrilènes, les neuf interprètes vont se déchaîner.
Dans la salle tout le monde est complice et au fait du propos : ces danseurs masculins vont en faire des tonnes pour nous montrer leur idée de l’idéal féminin…

Il y a parfois un formidable petit côté Zaza di Napoli dans ce que nous voyons.
C’est évidemment le grand ingrédient désopilant de ce spectacle.

De grands moments nous attendent.


Sans évidemment déflorer toutes les surprises du spectacle, on peut toutefois révéler que la Carmencita est interprétée par un formidable chanteur, le ténor Rémi Toraddo, qui remplace au pied levé Antonio Macipe : haute-contre, il est également capable de chanter pratiquement comme un baryton-martin.

Il est véritablement parfait en femme fatale espagnole, et nous interroge vraiment sur cette héroïne, archétype de l’amoureuse maudite, causant la perte de tous ceux qui l’approchent…
Qui est-elle vraiment cette femme-là ?

Les célèbres airs seront bien présents, même si parfois, ils sont remixés ou transformés avec là encore beaucoup d’à-propos.
(Il faut noter en insert une magnifique pièce d’Alberto Iglesias, le compositeur attitré de Pedro Almodovar.)

Des tableaux on ne peut plus burlesques nous sont proposés.
Burlesques, certes, mais d’une très grande intensité physique et d’une irréprochable technique, j’insiste sur ce point.
Tous ne ménagent pas leur peine. Tous se dépensent sans compter.
On aperçoit la sueur qui perle, on sent bien malgré une apparente facilité toute les difficultés techniques.

Tous les héros que l’on connaît bien seront là.
Le brigadier Don José, les petits chanteurs de la relève de la garde montante puis descendante, Lillas Pastia ou encore le taureau.

Oui le taureau. Dont la tête est projetée en très gros plan.
Alors que le toréador est devant lui. Entièrement nu.
Un homme face à la bête.
Cette séquence est magnifique. Un homme, dans le plus simple appareil, très peu éclairé, qui danse dans sa plus totale et naturelle humanité et défie le monstre noir.
Bouleversant !

Cet Escamillo nous aura été présenté au préalable grâce au célébrissime tube « Toréador prends garde à toi... »
Avec un costume hallucinant de drôlerie ! Un costume sonore… (Et non, vous n’en saurez pas plus…)
C’est l’une des scènes les plus drôles auxquelles j’ai assisté depuis longtemps. A pleurer de rire !
Gloire éternelle à celle ou celui qui a eu l’idée de cet habit de lumière si particulier !
Non n’insistez pas, je n’en dirai pas plus…

Le final sera à l’image de tout le show : flamboyant, débridé, haut en couleurs, mais également chorégraphié et interprété avec talent et une grande sensibilité.

Il faut absolument aller voir ce spectacle musical à nul autre pareil, l’un de ceux qui vous font passer un moment inoubliable, hilarant.

Un spectacle qui vous fait du bien !

Quant aux spectateurs amateurs de majorettes en général et de bâton en particulier, ceux-là se régalent !
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Ah ! J’allais oublier...
Ne partez pas trop tôt du Théâtre Libre : Philippe Lafeuille va vous carméniser en beauté, grâce non plus à Bizet mais à Chostakovitch et sa valse N°2…
Là encore, un très grand moment !

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