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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Les aventures d'Hektor

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Il est des spectacles que l'on attend avec une vraie et sincère impatience.

Il est des personnages que le critique a hâte de retrouver.
C'est le cas d'Hektor, qui poursuit ses trépidantes aventures, toujours au Monfort théâtre.

Hektor, c'est un personnage épatant créé par Mathias Pilet et co-mis en scène par Olivier Meyrou et le patron des lieux, Stéphane Ricordel.
Ces trois-là ont un don rare : celui d'avoir compris qu'il n'était pas donné à tout le monde de se projeter dans le monde de l'enfance.

Eux ils le savent : le monde de l'enfance, c'est ce monde où la phrase « On dirait qu'on serait ci... On dirait qu'on ferait ça... », cette phrase est la clef du monde imaginaire qui n'a de limites que celles que l'on veut bien s'imposer.

Eux, ils ont cette capacité de retrouver une fraîcheur vivifiante, une vision originale des choses et un univers réellement enfantin.

(Ce n'est pas un hasard si Eric Ruf proposa à Olivier Meyrou en 2015 de mettre en scène La petite marchande d'allumettes, au Studio-Théâtre de la Comédie Française. L'entreprise fut grandement saluée par la critique.)

Les trois complices savent oublier les limites du monde adulte, pour nous proposer un univers poétique, onirique, dans lequel rien ne se déroule selon les normes en vigueur.

Matias Pilet, je l'ai découvert dans le spectacle Terabak de Kyiv, créé par les Dak Daughters. (Cf ici même).

Je l'ai retrouvé pour mon plus grand bonheur, toujours au Montfort, dans La fuite, une histoire de migrant empêtré (mais vraiment empêtré) dans sa tente Qechua. (Cf Ici aussi).

L'homme est beaucoup plus qu'un circassien.
C'est un danseur d'acrobaties, ou un acrobate de danses. Au choix. Ou les deux.

Un type qui grâce à son corps, fait reculer les limites de la pesanteur, de la souplesse ou des habituelles notions de verticalité ou d'horizontalité.
Un type pas comme nous autres, pauvres mortels soumis aux forces physiques habituelles.

Mathias Pilet, c'est un artiste qui arrive sur scène avec un costume trop grand, et qui nous propose une vision bien particulière du monde.
Une vision que l'on peut retrouver chez les grands augustes en noir et blanc que sont Charlie Chaplin, Harry Langdon, ou encore Mack Sennett, roi du slapstick chez Keystone.

Une vision qui fonde le comique sur la cascade burlesque avec un tempo et une rigueur d'enfer. Avec logique et cohérence, leurs personnages sont aux prises avec leur cosmos personnel souvent hostile, leurs objets récalcitrants, pour faire émerger de tout ceci une logique de l'absurde et adopter un point de vue radicalement différent du commun des mortels : le point de vue de l'exclu, de celui qui est différent, de celui qui détonne.

Le monde du cinéma sera très présent, dans ce nouvel opus des tribulations d'Hektor.
Faut-il s'en étonner, dès lors que l'on sait qu'Olivier Meyrou est également un cinéaste, notamment réalisateur de documentaires.

C'est donc un petit film (après un logo très drôle, vous n'en saurez pas plus...) qui débute le spectacle, où nous allons découvrir un objet qui va poser de gros problèmes à Hektor : un petit carré de tissu rouge. Un simple chiffon.

 

Puis, sur une mystérieuse estrade noire, pleine de chausse-trappes, les objets vont se déchaîner contre lui. Le chiffon rouge, mais également ses doigts, la fumée, ses lacets.

On peut penser que sous l'estrade, se passent de drôles de choses, à notre insu... Nous savons seulement que le créateur de magie et d'illusion Arthur Chavaudret est lui aussi de la partie.

Et puis nous découvrons un mystérieux et très novateur agrès de cirque, tenant à la fois de la poutre, de la balançoire, de l'antique barrière de chemin de fer ou du tourniquet.

Un matériel, conçu et manipulé à distance par Salvatore Stara, un engin dont nous apprenons les possibilités mécaniques au fur et à mesure de l'heure et quart, et qui va permettre les fameuses acrobaties du personnage.

Cette poutre mobile et qui décrit de grands cercles, sera le prétexte à des runing-gags, des facéties et des acrobaties très poussées.
Nous tremblons même pour le personnage, nous avons peur que la machine le percute, le fasse tomber ou l'assomme.

A chaque fois, bien entendu, le décalage entre la maladresse apparente du personnage et le formidable talent de l'artiste fonctionne à la perfection.

En permanence, l'incroyable technique qui repousse les limites de la gravité, la drôlerie burlesque et une forme de poésie surréaliste enchantent les spectateurs.
Le danseur-acrobate nous entraîne dans son monde, un monde dans lequel le temps peut même se dérouler au ralenti. La séquence est magnifique !

Il faut noter également que ce spectacle fait la part très belle à la création sonore. Sébastien Savine a mis en ondes les bruits de l'océan, de la ville, ou des sons plus abstraits.
Tout ceci est très réussi et renforce l'onirisme du spectacle.

A la toute fin du spectacle, comme lors des précédents épisodes, Hektor court à la fois sur place et à la poursuite de sa quête.
J'attends donc avec avidité de le retrouver encore une fois.

MM Pilet, Meyrou et Ricordel, considérez donc ceci comme une commande impérative d'un nouveau tome des aventures de notre héros !

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