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La fuite

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

"Voyage avec ma tente !", voici ce que pourrait proclamer Matias Pilet pour pasticher Graham Greene !
Quelle joie de le retrouver, ce talentueux circassien !
Matias Pilet, je l'ai personnellement découvert dans le spectacle « Terrabak de Kiv », ici même au Théâtre Monfort, voici deux saisons.


L'homme est un acrobate. Un sacré acrobate !
Un type qui, à partir de ses mouvements au sol, défie les lois de la pesanteur.


Cette fois-ci, mis en scène par Olivier Meyrou, l'artiste va nous proposer un hallucinant spectacle fait d'acrobaties, bien entendu, mais également de poésie et de facéties burlesques.


Avec une référence affirmée au cinéma muet.
A Chaplin, même.
Ce petit homme qui fuit, cet Hektor, vêtu simplement, qui court avec une pancarte « Freedom », qui lutte contre les éléments, le vent, la pluie la tempête, cet homme-là m'a fait penser à Charlot dans La ruée vers l'or.
(J'ai pensé également au célèbre clown russe Slava, et son Snowshow...)

 

L'objectif de ce migrant, de cet exclu de la société est simple : fuir et rejoindre une tente.
Vous savez, l'une de ces tentes tristement célèbres, depuis leur installation et surtout leur délogement dans le nord de Paris, du côté du Canal Saint-Martin.


Au prix de multiples efforts, de contorsions et de mouvements corporels impossibles au commun des mortels, après avoir lutté également contre un oiseau très fienteur, il parviendra à pénétrer dans ce modeste et précaire refuge.


Ce que va faire alors Matias Pilet, à l'intérieur de cette Quechua, dépasse l'entendement.
C'est comme s'il s'était dit : « Comment puis-je utiliser cette tente autrement que ce que préconise son mode d'emploi ? »


Ce sera brillant d'inventivité, d'à propos et... de difficultés techniques. Car s'enfermer complètement dedans et la faire s'animer, la transformer en personnage, c'est à la fois hilarant et sidérant !
Je suis encore loin d'imaginer les contorsions, les positions du corps stupéfiantes que l'artiste doit réaliser à l'intérieur. Oui, c'est époustouflant !


Il finira par sortir, Hektor, non sans mal ! (Un autre animal ne l'entendait pas de cette oreille !)


Pour tomber sur une mystérieuse ligne blanche.
La franchira-t-il, ne la franchira-t-il pas ?


Il finira par prendre une décision, déjouant le piège de cette ligne faite de gaffer blanc.


Une nouvelle fois, référence à Chaplin : le personnage aura cette fois-ci bien des démêlés avec un objet particulier, en l'occurrence ce sparadrap récalcitrant, qui le cloue au sol ou bien le... (Je ne vous en dis pas plus...)
Et de fuir, et de fuir encore, en croisant au passage une cabine photomaton. La séquence est elle aussi très drôle et lourde de sens : le migrant Hektor est confronté à une société dont il ne maîtrise pas les codes...

Matias Pilet nous propose donc un stupéfiant numéro visuel.
Durant presque quarante minutes intenses et physiques (il finira en sueur), grâce à ses acrobaties, et en détournant des objets anodins, il nous plonge dans un univers poétique, onirique.
Le tout sans avoir besoin de recourir à la fumée, aux lumières compliquées, aux somptueux décors.
Non, ici, il se suffit bien à lui-même.


Avec cette impression hallucinante que tout ce qu'il fait est naturel, sans efforts, que tout coule de source.

Son visage prend d'ailleurs souvent des expressions étonnées, ingénues, comme s'il ne croyait pas lui-même à ce qui arrive.

Olivier Meyrou et lui m'ont fait retrouver le monde de l'enfance, celui qui permet de lancer haut et fort à la cantonade : « On dirait qu'on ferait ci... on dirait qu'on ferait ça... »

Matias Pilet ne fait pas que lancer à la cantonade « On dirait qu'on ferait ça... »
Lui, il le fait.
Et c'est magnifique !

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