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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Machine de cirque

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Crisse de crisse de Tabarnak ! Câlice !
Y'a pus qu'des cheums au Québec ! Pus d'computers, pus d'blondes non pus !
Même la Céline elle est pus là !


Ceci expliquant cela, un décor postapocalyptique nous attend sur le plateau de La Scala.
Cinq types à la recherche d'autres rescapés de la catastrophe.
Avec en fond de scène une sorte de refuge, d'antre, faits d'échafaudages, de rouages, de poteaux, de câbles : la machine.

Les cinq circassiens-musiciens-comédiens québécois vont nous donner un hallucinant et hilarant spectacle.
Et encore : hallucinant et hilarant sont des épithètes bien faibles !

Ce que j'ai vu hier relève d'un exceptionnel moment de nouveau cirque.
Rarement j'ai vu une standing ovation de toute une salle concernant les arts du cirque.
Ce fut le cas. Et je n'étais pas le dernier à me lever.

Oui, j'ai bien écrit « nouveau » cirque : les numéros proposés sont époustouflants, certes, mais avec une dramaturgie, une scénographie, une mise en scène qui fait que nous assistons à une entité cohérente et non pas une succession de moments présentés par un M. Loyal, comme dans le cirque traditionnel.

Ici, les artistes sont complets.
Quatre d'entre eux sont de « vrais » circassiens.
Raphaël Dubé, Ugio Dario, Maxim Laurin et Elias Larsson ont chacun leurs spécialités propres.
Mais tout au long du show, tous vont en quelque sorte mettre en commun leurs compétences, leurs savoirs-faire en la matière, pour différentes séquences absolument phénoménales.

Le cinquième homme, Frédéric Lebrasseur, (aux faux airs d'Eric Ruf…) est un compositeur et surtout un musicien percussionniste.
Dans un rôle d'un batteur un peu fou (j'ai repensé par instants à la marionnette Animal du Muppet Show...).
Lui s'occupera plus spécialement de la bande son, avec sa batterie, son petit clavier maître, ses étranges instruments à vent et son progiciel Ableton Live.
Sans oublier une sorte de gigantesque tubophone percussif... (Et je n'en dis pas plus )

Tous sont pluridisciplinaires, et se dégagent du quintet une vraie complémentarité, une complicité ô combien palpable, sans oublier un sentiment de fraternité très visible.
Certains numéros sont en effet très dangereux. Tout le monde retient par moment son souffle.

Je peux vous assurer que des cris montent du public à certains passages particulièrement spectaculaires.

Vont se succéder des acrobaties au sol, en l'air, du trapèze, de la roue Cyr, un numéro de jonglage avec des chapeaux, et des massues. Beaucoup de massues, qui voltigent dans tous les sens, comme animées d'une âme propre, dans les mains de tous les artistes.

Un numéro de monocycle(s) est particulièrement réussi, et toujours drôlissime.
Ces cinq-là s'y entendent pour dérider en permanence nos zygomatiques.

Et puis qui dit cirque, nouveau soit-il, dit clowns et clowneries.
Une spectatrice se souviendra longtemps de sa soirée. Ugo Dario, après l'avoir choisie parmi les spectateurs, l'entraîne sur scène pour une hilarante scène de séduction, avec la complicité de ses camarades.

De fil en aiguille, les quatre garçons dans le vent (du nord) se retrouveront dans le plus simple appareil, avec chacun une serviette pour cacher ce qui doit l'être.
Cet avant-dernier numéro de pure comédie m'a fait pleurer de rire. Purement et simplement.
Mais que d'inventivité, de créativité et de talent faut-il pour faire hurler de rire une salle entière avec simplement quatre serviettes, quatre bouts de tissus-éponge utilisés de bien brillante façon !

Un dernier moment époustouflant, très risqué : nous assisterons à une impressionnante série de sauts en tous genres à partir d'une balançoire au sol.
Seuls, à deux ou à quatre sur l'engin, ce que ces quatre-là font dépassent l'entendement.
Et pourtant, comme dans tout le spectacle dans sa globalité, un sentiment de facilité, d'aisance règne en permanence.

Cerise sur le gâteau, les cinq artistes savent revenir aux fondamentaux du cirque pour mieux les dépasser et créer de nouveaux éléments techniques, de nouvelles gammes et arpèges, comme cette remarquable extension du numéro de trapèze grâce au câble qui est censé fixer cet appareil. (Et vous n'en saurez pas plus... )

 

Un signe qui ne trompe pas : à la sortie de la Scala, tout le monde se regarde pour bien savoir si son voisin a bien vu les mêmes incroyables moments !


Vous l'aurez compris, il faut vraiment aller applaudir ce spectacle incontournable de cet automne.
Ruez-vous toutes affaires cessantes à La Scala !

Welcome to the Machine !

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