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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Asso Sax Big Band en concert à Jazz in Marciac

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Astiquez les cuivres, taillez les anches, accordez le piano, et surtout, surtout, sortez les pupitres !
Les pupitres en bois, blancs à pan coupé, tous floqués du même logo et du même grand saxophone.
L’Asso Sax Big Band est dans la place.
Ou plus exactement sur la grand place de Marciac, dans le cadre du festival Bis.

Asso Sax est une école de musique associative, spécialisée dans l’enseignement du saxophone, qui a vu le jour à Pessac, en Gironde, voici 25 ans, en 1997, et ce grâce à la volonté de Didier Broussard, ci-devant grand prix du Conservatoire à rayonnement régional de Bordeaux.
Il était logique que cette association se dotât d’un grand ensemble, afin de porter haut et fort ses couleurs musicales.

 

© Photo Y.P. -

Ce big band, dirigé par le fondateur de l’école, Didier Broussard, va nous montrer de quel cuivre il se chauffe.
Du funk, du groove et du latin, nous précisera le très drôle patron de ce magnifique et imposant orchestre composé de pas moins vingt-cinq musiciennes et musiciens.

Quand j’aurai écrit que ce grand ensemble a pour prestigieux parrain le grand saxophoniste Benny Golson, vous comprendrez évidemment que nous sommes là dans la cour des grands.

Pour groover, ça va groover !

Les amateurs de funk vont en prendre plein les yeux et plein les oreilles.

La guitare et la basse ouvrent le feu, suivis par une nappe des saxs, en première ligne, bientôt rejoints par les cuivres, trompettes et trombones, sans oublier la batterie qui va imprimer une rythmique profonde et implacable.
Immédiatement, une impression de rondeur, de cohésion et de cohérence va se dégager !

Une magnifique pâte sonore, avec un parfait équilibre entre tous les pupitres se fait ressentir.
Impossible de ne pas éprouver un premier frisson en entendant ces lignes mélodiques pleines et suaves, exécutées de main de maîtres et maîtresses, avec une implacable et jubilatoire précision dans la mise en place.

Ici, on n’est pas là pour rigoler. (A part le chef qui s’amuse comme un petit fou à nous présenter les différents morceaux. Il est vraiment très drôle.)
Il ressort de ces différents titres une rigueur phénoménale. L’entente entre tous les musiciens est parfaite et permet de nous offrir une exécution magnifique de la douzaine de titre qui seront joués.

Avec de très grands moments, comme ce Manteca, composé par Dizzie Gillespie et Chano Pozo.
Un morceau arrangé par Gil Fuller, et enregistré pour la première fois en 1947.
Durant ce titre, deux solistes vont retenir toute notre attention, Thibault Bonté à la trompette et Bastien Broussard au sax baryton.
La grande tradition des solistes qui s’avancent au premier plan de la scène est elle aussi respectée. Tous les codes sont bel et bien là.

Deux autres solistes, durant ce concert seront eux aussi très remarqués et très applaudis, je veux parler de l’excellent saxophoniste ténor Valentin Foulon, et du non moins remarquable pianiste Nicolas Lancia qui excellera dans les soli lors des salsas.

Autre grand moment donc, ce titre Layover in San Juan, composé, arrangé et très souvent interprété par l’US ARMY FIELD BAND Jazz Ambassadors, dans lequel Didier Broussard nous démontrera ses qualités de flûtiste et de « sopraniste ».
Le patron de tout ce petit monde se montre un grand technicien au service du plus grand des lyrismes.

Voici venir une ballade, et pas n’importe laquelle.
Il s’agit en effet de I remember Clifford, composée par Benny Golson, dans laquel le grand compositeur rendait hommage au grand trompettiste hard-bop Clifford Brown, prématurément disparu dans un accident de voiture à l’âge de 25 ans.

Durant tous ces titres, j’ai été enthousiasmé par toutes les nuances musicales que le big-band parvient à produire.
Les saxs, tour à tour moelleux, suaves ou plus musclés, les cuivres qui rugissent ou bien qui assurent des lits harmoniques plus doux mais pas moins intéressants, les dialogues qui s’instaurent entre masses sonores, tout ceci relève de la plus passionnante des mécaniques.
En plus de l’excellence individuelle de chaque musicien, les nuances sont l’une des qualités majeures de cette formation, j’ai été très impressionné par cette capacité à moduler l’expression musicale.

Il y a quelque chose de jouissif à retrouver sur une scène un big band de cette qualité.
Le public ne s’y trompera pas sous la grande bâche du bis. Malgré la très grosse chaleur, nous ne nous ferons pas prier pour taper en rythme dans nos mains. Un courageux dansera même une salsa endiablée.

Cette treizième journée du 44ème festival de Marciac ne pouvait pas mieux commencer.
Vivent les big bands !
Vive l’Asso Sax Big Band !

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