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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Anne Paceo en concert au Festival Django-Reinhardt

© Photo Y.P. -

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© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Le voyage…

Le voyage géographique et musical…

Le voyage intérieur… Aussi... Surtout...


C’est à tout ces différents périples qu’Anne Paceo nous invite, en nous présentant sur scène son dernier album en date S.H.A.M.A.N.E.S.
Des découvertes musicales et humaines qui vous embarquent dans un monde onirique d’une profonde et sublime beauté, avec pour destination un jazz on ne peut plus personnel
Un jazz métissé, un jazz où les notes bleues vont côtoyer les pulsations, les rythmes et les esprits chamaniques de différentes cultures, où le son brut des tambours voisinera avec la plus intime des introspections.

Les voix de Marion Rampal et Isabelle Sörling s’élèvent sur la scène Django.
Des voix puissantes, lyriques et qui immédiatement vous saisissent et vous procurent un premier frisson. Ce cluster vocal sera à l’image de tout le concert, éthéré et onirique.
Des voix également travaillées, réverbérées, au moyen de pédales d’effet qui démultiplient leur portée et leur espace.

 

© Photo Y.P. -

 

Et puis Anne Pacéo entre dans la danse, pour ce premier titre, Piel, une histoire de sorcière.
Immédiatement, la batteuse va insuffler un premier groove profond, qui va asseoir le propos musical, l’ancrant dans une dimension organique, viscérale.
Le son des tambours, ces tout premiers instruments de l’Humanité, sur lesquels le fait de taper permettait de libérer une énergie et de faire entendre un message au moyen du rythme et de la pulsation.

Anne Paceo est cette femme qui en frappant les peaux des fûts, le métal des cymbales et des cerclages, va nous évoquer cette dimension primale.
Pour mieux nous confronter aux esprits de l’Autre, nos frère et notre sœur en humanité, où qu’ils soient sur la planète.

Mademoiselle Anne est l’une de nos plus grandes et plus talentueuses batteuses, avec une vraie musicalité alliée à une immense technique et une maîtrise totale de l’instrument. Elle est à aussi à l’aise dans des rythmes profonds, au fond du temps que dans des passages plus « percussifs », où elle nous décrit un monde plus ou moins étrange et sauvage.
Une énergie et une puissance presque sauvages côtoient en permanence les plus fines délicatesse et sensibilité.

 

Anne Pacéo pourrait être la fille spirituelle de Christian Vander.
A chaque fois que je l’entends, je ne peux m’empêcher de penser à cette légende de la batterie qu’est le fondateur de Magma, je retrouve ce mélange de douceur et de brutalité, au service d’un propos musical très abouti et à nul autre pareil.

Voici un deuxième titre, L’aube, suivi de Feeling, composé durant le confinement « afin d’apaiser l’âme ».
Les voix deviennent elles aussi percussives, dans de somptueux et délicats ostinati, des éléments itératifs qui permettent aux aussi d’accompagner les différents rythmes.

© Photo Y.P. -

 

Le percussionniste Benjamin Flament entre en jeu, notamment avec un instrument de son invention composé d’équerres métalliques prolongées par des culs de poule de cuisine en guise de résonateurs. Une série de gongs, thaï, chinois lui permet de prolonger le voyage.
Lui aussi va nous embarquer dans une dimension géographique et spirituelle, avec des sons étranges, délicats et uniques.

Batteuse et percussionniste se complètent de façon viscérale, permettant aux corps de se réveiller, de bouger, de danser.
J’en veux pour preuve Mesdemoiselles Alma et Léane, à vue de nez quatorze ans à elles deux, qui traduisaient en dansant à leur manière, entre les crash-barrières et la scène, toute l’émotion qu’elles ressentaient à l’écoute de ces rythmes enfiévrés.


Un autre grand instrumentiste nous invite au dépaysement : le saxophoniste et clarinettiste virtuose Christophe Panzani participe lui aussi à l’évasion musicale et intérieure.
Notamment au sax soprano et à la clarinette basse, dans des tessitures diamétralement opposées, il nous fait entendre un discours empreint d’un grand lyrisme et d’une grande sensibilité.
Ce qu’il nous donne à écouter, ses improvisations très construites sont elles aussi d’une beauté sidérante.

Dans le morceau Apache, le dernier compère du groupe, le pianiste Tony Paeleman n’est pas en reste, avec un très impressionnant solo, qui démontre une autre forme de virtuosité, toujours au service de la plus grande des sensibilités.
Le toucher est à la fois léger et intense, notamment au clavier du Fendre Rhodes. Les notes cristallines s’alliant parfaitement avec les voix et les percussions.

D’autres grands moments nous seront proposés, avec notamment cette longue plainte vocale, ce cri déchirant, dans Dive into the unknown, une plongée dans l’inconnu étrange mais très harmonique, à la fois mystérieuse et troublante.

 

Everywhere, dans lequel Marion Rampal rythme sa partie vocale en se frappant en mesure sur le sternum, et dans lequel le « Flamentophone » dialogue avec le saxophone ténor de M. Panzani.
Un sax qui sera samplé et dont les boucles seront éditées en direct.

 

Une dimension toute poétique émerge de ces morceaux construits de manière très subtile et très aboutie.


Il y a quelque chose qui relève véritablement de l’envoûtement dans les compositions d’Anne Pacéo, qui nous permettent de plonger en nous.

Elle nous rappellera que nous sommes tous des guerriers, et qu’il nous faut vraiment retrouver le chemin des salles, qu’elles soient théâtrales ou musicales. Une parole militant que tout le public salue comme il se doit.

 

Une ovation sera réservée au groupe après le rappel.

Ce concert est de ceux qui vous touchent l’âme, le cœur et le corps, qui permet de vous évader quelque part en vous, dans un ailleurs différent pour chacun.

Qui vous fait également vous sentir appartenir à une communauté humaine, rassemblant chaque individu dans son unicité et ses différences.

La musique d’Anne Pacéo permet tout ceci.

Le public bellifontain ne s’y est pas trompé, qui a savouré intensément cette heure et demie d’une profonde beauté musicale.
 

 

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