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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Juste une embellie

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Year of the Cat - Al Stewart

Wight is Wight…
Stewart is Stewart…

C’est en effet le titre « Year of the cat », du chanteur écossais Al Stewart qui se rappelle à notre bon souvenir une fois la salle plongée dans le noir.

L’année du chat pour un jeu de la féline et de la souris…

Une maison isolée, sur cette île de la Manche, dans laquelle vit seule Madeleine.
On frappe à la porte. C’est Frances.

Les deux femmes, dont la rencontre était improbable, sont liées par le troisième personnage de la pièce.
Un personnage on ne peut plus important, d’autant que nous ne le verrons jamais.

John. Le mari de Frances, qu’il a trompée naguère avec Madeleine.

Pendant tout une nuit, elle vont mettre en commun dans des confessions plus ou moins intimes leurs souvenirs, leurs places respectives de femmes, d’épouse et de maîtresse dans leur ex-trio amoureux.

Le dramaturge britannique David Hare nous décortique cette rencontre-là, cette confrontation à la fois féroce et délicate, grave et drôle, tellement universelle et pourtant si particulière.

Sans un metteur en scène particulièrement inspiré et deux comédiennes particulièrement talentueuses, ce texte est le type de texte « casse-gueule ».
Rien n’est plus délicat que d’évoquer et de montrer cette sorte de relation.

Ici, ces conditions sont réunies pour nous proposer une heure de théâtre tout en délicates dentelles, tout en intensité et en sensibilité.
Le curseur est à son exacte et juste position.

Les deux comédiennes excellent à interpréter ces deux femmes, que tout semble opposer et différencier.
Chacune dans son registre nous dit quelle est la place de son personnage dans cette histoire d’amour partagée.
Deux personnages qui s’attachent à redéfinir leur rôle qui d’épouse, qui de maîtresse, pour mieux renverser la proposition.

Corinne Touzet, l’épouse trompée et Raphaëline Goupilleau, la maîtresse délaissée sont envoûtantes.
Elles nous attrapent pour ne plus nous lâcher. Chacune dans son registre, elles nous subjuguent dans ces rôles très exigeants.
Beaucoup d’émotion émane de leur prestation respective.
Le rugissement de Melle Touzet, les rires un peu désespérés de Melle Goupilleau, tout ceci m’a bouleversé.

Elles sont certes émouvants, mais parviennent parfaitement à faire passer l’humour contenu dans les formules parfois lapidaires de David Hare.

Le metteur en scène a dirigé ses comédiennes avec une grande précision et un vrai sens de l’espace et surtout de la distance qui sépare les deux personnages.
C’est une véritable chorégraphie à laquelle nous assistons.

De plus, une véritable réflexion très pertinente sur l’écriture (Frances est en effet romancière), et sur la place de la fiction dans nos sociétés soi-disant moderne nous questionne fortement.

Je n’aurai garde d’oublier de mentionner le très beau décor de Sophie Jacob, et la très inspirée musique de Cyril Giroux : le compositeur se sert de la grille harmonique de la chanson évoquée plus haut, et de temps en temps nous distille trois notes descendantes au piano…
Ré, si, la, trois petites notes pour trois grands personnages...

Voici donc un très beau moment de théâtre.
L’un de ces moments qui vous confronte à votre propre histoire ou votre propre passé.
L’un de ces moments qui nous fait réfléchir également sur la condition féminine, sur l’évolution, ou supposée évolution, des relations hommes/femmes.
A chacun de se prononcer.

Je suis ressorti quant à moi du Lucernaire en reprenant un peu espoir quant à notre humanité.
Comme une embellie.

Et Miles Davis d’emprunter l’ascenseur pour son échafaud, Kate Bush de nous chanter sa Babooshka et Cindy Lauper de nous rappeler que les filles veulent avant tout s’amuser.

Mais au fait, savez-vous ce que signifient les initiales MQFJC ?

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