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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Belmondo Quintet au Duc des Lombards

© photo Y.P. -

© photo Y.P. -

Deux souffleurs… Non pas de Bretagne, mais du Var.

Les Belmondo Brothers, le saxophoniste et le trompettiste, sont de retour au Duc des Lombards, dans la formation qu’ils privilégient depuis longtemps : le quintet.

Lionel et Stéphane Belmondo sont venus nous interpréter quelques titres de leur dernier album en date : Brotherhood.

La fraternité.
Familiale et musicale.
Les deux frères d’armes instrumentales…

Les frangins vont nous embarquer dans un sacré voyage jazzistique.
Un voyage qui commence ce soir par un fascinant moment qui nous ramène à l’origine des instruments à vent, lorsqu’un homme a compris qu’en soufflant dans un coquillage ou dans un morceau de roseau, on obtenait des sons plus ou moins mélodiques qu’on pouvait de plus moduler.

Dans cette première œuvre, Stéphane souffle dans une conque, et Lionel joue d’une flûte en bois.

Quelque chose d’organique se dégage immédiatement, quelque chose d’originel.

Le souffle primaire.

Les deux sont rejoints par trois musiciens avec qui ils ont l’habitude de jouer, trois autres grands noms incontournables du jazz français : Thomas Bramerie à la contrebasse, Laurent Fickelson au piano, et Tony Rabeson à la batterie.
Trois pointures. Trois des sidemen les plus recherchés de la scène jazz française.

Et nous voici plongés dans un jazz qui retourne aux fondamentaux.

Un jazz qui s’assume !

Les Belmondo commencent ensemble, dans un thème issu… de lettres.
Les lettres du prénom et du nom de Yusef Lateef, le musicien et compositeur de jazz américain, avec qui Stéphane, notamment, a beaucoup travaillé et joué.

Dans cet album, le portrait musical sur les lettres du nom de famille a été remis au goût du jour. « Inventé » par un certain J.S. Bach, très en vogue au début du XXème siècle, il s’agit de faire correspondre lettres et notes : A=La, B=Si, C=Do, D=Ré, etc, etc jusqu’au Z.

Les quelques titres que nous entendrons débutent souvent lentement, par un moment d’une totale sérénité, les deux solistes jouant souvent le thème ensemble à la tierce, ou bien en alternance.
Les sons de la trompette ou du bugle, ainsi que celui du sax, dans les bas-médium et grave, nous font frissonner.

On perçoit le souffle, cet air qui provient du corps humain, nous rappelant encore et toujours le côté viscéral de ces instruments. Des sons, des notes qu’il faut fabriquer, reliant le corps et le métal pour ne plus faire qu’un.

Le lyrisme des deux musiciens n’est évidemment plus à démontrer, mais ce qu’ils nous jouent est une nouvelle fois d’une qualité mélodique et harmonique rare.

 

Des volutes sonores suaves, feutrées s’échappent des pavillons dorés. Ces deux-là sont vraiment des compositeurs subtils et inspirés.

Et puis, la machine s’emballe.
Les improvisations font monter la sauce, dans une progression à la fois remarquable et imparable.

Lyriques, les frangins, certes, mais également virtuoses !

Nous allons assister au déferlement de fleuves fulgurants de notes en fusion, des torrents de phrases musicales incandescentes.
Une incroyable puissance, une force brute quasi tellurique émane alors de la scène du Duc.
On sent là-encore le côté viscéral de ce jazz, comme un besoin fondamental d’aller dans des contrées sonores inexplorées.

Beaucoup de notes, bleues ou de toutes les couleurs, qui plongent le public dans une réel ravissement, et parfois dans une stupéfaction en constatant la technique de ces deux-là.

Une technique non pas pour la technique, mais au service d’un discours musical cohérent.

De nombreuses fois, le trompettiste pousse des petits cris et des « oh !!! » en entendant son grand frère et ses trois compères qui eux aussi nous ravissent.

Un nouveau chorus et solo de Thomas Bramerie, celui qui avait reçu une ovation, dernièrement à la Philarmonie de Paris, lors d’un grand hommage à Charlie Parker, un nouveau solo donc déchaîne un tonnerre d’applaudissements.
Tout comme celui de Tony Rabeson.

Les cinq musiciens s’amusent beaucoup, c’est évident.
Des plaisanteries fusent. Eux aussi prennent beaucoup de plaisir.

Un grand moment d’émotion s’empare de la salle entière lors de l’interprétation du titre Song for Dad.
Le papa disparu récemment.

On ne pouvait pas se quitter de la sorte sans un rappel. Ce sera Doxologie, un morceau issu lui aussi de l’album « Brotherhood ».
Les nombreuses dédicaces d’albums CD ou vinyles, les conversations enthousiastes avec les musiciens sont un signe qui ne trompe pas

Chacun repart du Duc des Lombards en étant bien persuadé d’avoir assisté à un grand moment de jazz.
Et de fraternité !

(Sans compter que nous avons eu droit en direct à une petite leçon de réparation d'un piston...)

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