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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

[Prolongations] Dernier carton

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

La pièce d'Olivier Balu, mise en scène par Laurent Ziveri est prolongée jusqu'au 29 avril prochain.
Si ce n'est encore fait, dirigez donc vos pas vers le Théâtre du Gymnase-Marie Bell.
Voici ce que j'écrivais à propos de ce thriller psychologique à la Bertrand Blier, et pour lequel j'avais interviewé les deux comédiens Patrice Laffont et Mickaël Msihid.

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Un appartement vide. Ou presque.
Seuls restent un escabeau, une bouteille de whisky, et un carton. Le dernier.

Olivier Balu a écrit un thriller psychologique à la Bertrand Blier.
Un huis clos, à la fois oppressant et bourré d'humour noir.


Deux hommes apparemment totalement étrangers l'un pour l'autre, dans un lieu pratiquement vide, vont s'affronter.
Nous ne savons finalement pas grand chose de ces deux-là.

Petit à petit, les masques vont tomber.

Au fur et à mesure que l'intrigue avance, nous allons percer à jour ces deux personnages, plus désespérés l'un que l'autre.
Vraiment percer à jour ? Voire...


On aura compris en tout cas que l'auteur va respecter les trois fameuses unités théâtrales : action, temps, lieu.
Une petite tragi-comédie va se dérouler devant nous.


Richard est l'animateur télé d'une grande émission littéraire en fin de soirée.

Diane, sa compagne, vient de le quitter. D'où le déménagement qu'il est en train de terminer. D'où son désespoir.


Oussama, quant à lui, est le déménageur.
Nous connaissions le concept de « Poète et paysan », nous allons découvrir celui de « Déménageur et écrivain ».


En effet, avant de regagner son camion, il va demander à Richard si celui-ci a lu son livre, un livre qu'il lui aurait fait parvenir par l'intermédiaire de la chaîne TV.
La mécanique narrative est enclenchée.

 

Pour une intrigue bien ficelée, voici une intrigue bien ficelée.
Durant cette heure et dix minutes, j'ai été suspendu aux lèvres des deux comédiens, cherchant en permanence à démêler les dits et non-dits, les vrais et faux semblants.
D'autant qu'Olivier Balu s'y entend pour brouiller les pistes !

Impossible de lâcher Michael Msihid et Patrice Laffont.
Les deux comédiens m'ont totalement séduit.

La mayonnaise prend immédiatement entre les deux, une vraie cohérence règne sur le plateau.
Il faut dire que les deux se connaissent bien. Ils ont joué ensemble, voici quelques années, dans l'Antigone d'Annouilh le duo Créon-père / Hémon-Fils.


Patrice Laffont est tour à tout désabusé, cynique, violent, émouvant, tendre, drôle. Très drôle.
Il nous montre une très jolie palette de jeu, il fait de son personnage quelqu'un de très intéressant.

Ce personnage se montre parfois irrésistible de drôlerie, dans un registre très noir, qui semble convenir tout à fait au comédien, comme s'il se régalait de nous faire rire et sourire.
Ses adresses au public sont mémorables de drôlerie. (Même en improvisation!)

 

Michaël Msihid quant à lui incarne le mystère, se dévoilant peu à peu.
Lui aussi est parfait, tout en tension plus ou moins contenue.
Il incarne parfaitement ce jeune des cités, confronté à une star de la télé.
C'est lui qui nous fait comprendre à quel point les deux personnages sont les deux faces d'une seule et même entité humaine. Le double, le miroir sont omniprésents.

On pourrait même imaginer une forme de relation amoureuse se tissant entre les deux personnages.

De violents moments viendront émailler la pièce.
La mise en scène de Laurent Ziveri est alors encore plus précise, très forte, presque chorégraphiée.
Ce qui pourrait tourner au ridicule est ici totalement maîtrisé : ces scènes intenses sont elles aussi tout à fait crédibles. (J'en veux pour preuve la marque des liens sur les poignets... Et je n'en dirai pas plus.)

La fin de la pièce, que je ne raconterai évidemment pas non plus, nous donnera envie d'imaginer la suite de la relation entre ces deux hommes.

Il faut noter que cette pièce, créée à Avignon, puis à Paris au théâtre Essaion, a subi des transformations qui la renouvellent formellement, sans en changer pour autant la substance originelle.

C'est donc un bien beau moment de théâtre qui vous attend au théâtre du Gymnase.
Et si vous avez vu la première version, ne manquez pas de venir redécouvrir ce Dernier carton.


Deux personnages et deux comédiens qui déménagent vraiment !

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