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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Pelléas et Mélisande

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

La beauté sépulcrale et onirique de la scénographie d'un spectacle suffit-elle à en faire un spectacle abouti et réussi ?
Je ne le pense évidemment pas.

Julie Duclos a choisi de s'attaquer à la pièce-phare de Maurice Maeterlinck, que Debussy mit en musique avec l'immense succès que l'on sait.
Cette pièce, cette histoire d'amour et de jalousie, n'est que très rarement montée. Je pense avoir compris pourquoi.

La scénographie d'Hélène Jourdan est donc très belle.
Très peu de lumière, plusieurs niveaux de plateaux, un camaïeu de gris, une dernière partie dans une pénombre intense, autant d'éléments qui plongent le spectateur dans un magnifique climat mystérieux et à bien des égards volontairement déstabilisant.

Melle Duclos, à son habitude, mêle judicieusement théâtre et cinéma.
Les petits films de Quentin Vigier, souvent en noir et blanc, disséminés ici et là, sont très beaux.

Seulement voilà : ils sont trop beaux et surtout trop explicites.
Tout comme certains partis pris dramaturgiques.

A-t-on besoin, chez Maeterlinck, chantre du symbolisme, laudateur de l'intime et de son inacessibilité, de voir réellement à l'écran une forêt, la mer, la grève, est-il indispensable de voir Mélisande en culotte, la voir se prendre une vraie raclée par son Golaud de mari, un Golaud qui dormira un peu plus avant en pantalon sous les draps, pourquoi filmer en immense gros plan l'interrogatoire du petit Yniold ?

J'ai assisté bien souvent à des moments visuellement réussis, certes, mais totalement gratuits, sans véritable nécessité.

Pourquoi annihiler ainsi la poésie du grand auteur belge, prix Nobel de littérature en 1911 ?

Et puis surtout, des problèmes de rythme, de jeu et de direction d'acteurs m'ont en permanence perturbé.
Des lenteurs certaines, des phrasés et des dictions étranges, des interprétations de moments poignants sont souvent à la limite de la caricature.

 

Pourquoi ne pas chercher à interpréter le texte, cette magnifique langue qui se suffit à elle même, de façon naturelle, simple, contemporaine ?

Seul Vincent Dissez tire son épingle du jeu, dans une sauvagerie magnifique. Il est totalement convaincant en mari éperdu et fou de douleur.

Mais hélas, hier soir, le trio amoureux Pelléas-Mélisande-Golaud m'a laissé complètement de marbre. Impossible pour moi de rentrer dans cette histoire-là.

Des applaudissements timides et très polis (c'est un véritable euphémisme) viennent conclure les presque deux heures de ce spectacle.

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