Stavanger

Publié le par Yves POEY

(c) Photo Y. P. -

(c) Photo Y. P. -

58° 58' 10'' nord

5° 43' 56'' est

Stavanger – Norvège

 

Quelle est la probabilité pour que deux êtres humains, une avocate et le jeune homme qu'elle vient de sauver d'une tentative de suicide, quelle est la probabilité pour que ces deux personnages éprouvent le même intérêt pour la petite ville portuaire et norvégienne de Stavanger ?

 

Infime la probabilité, nous sommes bien d'accord...

Et pourtant...

 

Olivier Sourisse, l'auteur de cette remarquable et troublante pièce, va nous faire découvrir et partager la raison de cet intérêt commun.

 

Elle, Florence, est avocate. Brillante, reconnue, altruiste.

Lui, Simon, est ce jeune garçon qui accepte de renoncer à son geste suicidaire et de la suivre chez elle.

 

Ces deux-là, apparemment, tout les sépare.

 

L'enjeu de la mise en scène est de mettre en évidence les contrastes, les différences, les oppositions de ces deux personnages.

C'est ce qu'a bien compris Quentin Defalt, le metteur en scène.

Ces oppositions, ces différences, très précisément exprimées dans le texte, sont ici démontrées et mises en exergue dans une vision onirique, quasi-fantastique d'un huis clos en quatre tableaux.

 

Un vrai challenge pour les deux excellents comédiens Sylvia Roux et Thomas Lempire.

Ces deux-là font plus qu'interpréter Florence et Simon : ils sont véritablement ces deux étonnants personnages qui s'affrontent, s'attirent, se repoussent.

Tout en subtilité, parfois tout en force, toujours en finesse et toujours grâce à une grande justesse d'interprétation.

 

Il faut un grand talent pour opérer finement et progressivement le glissement entre la totale incompréhension qui s'installe au début de la pièce entre les deux, et la révélation/partage d'un lourd secret qui va rassembler leurs personnages.

Le passé laisse des séquelles indélébiles.

 

Il faut être vraiment habité par le rôle pour donner chair et corps à ce texte qui analyse avec un scalpel des plus acérés les relations parfois délétères intra-familiales.

On ne choisit pas par hasard de jouer un tel écrit.

 

La scénographie signée Agnès de Palmaert participe également à cette ambiance ambiance à mi-chemin entre réalité et fantastique.

Des meubles tout en métal (une vraie trouvaille dont on comprendra à la toute fin l'utilité), un chandelier assorti, un fauteuil.

Tout ceci n'est pas fait pour faciliter le confort visuel du spectateur. Et c'est tant mieux.

 

Cette quête particulière, hors normes, est également sublimée par les lumières d'Olivier Oudiou, qui sont vraiment partie prenante de la dramaturgie qui se déroule devant nos yeux.

Avec pourtant peu de moyens, que de subtilité, que de précision, pour cette vraie réussite visuelle.

 

On l'aura compris, cette histoire d'amour particulière possède la chaleur glacée et l'obscurité lumineuse des contrées septentrionales enneigées où la nuit et le jour ont du mal à se succéder.

 

Deux comédiens en pleine possession de leurs moyens nous offrent ces instants précieux qui nous font nous interroger sur ce monde étrange qui nous entoure.

Et surtout, nous font nous interroger sur notre monde intérieur.

 

Il faut aller voir Stavanger.

Publié dans Critique

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