Le cas Sneijder

Publié le par Yves POEY

(c) Photo Y. P. -

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La piste de Schindler ?
On Koné la chanson ?

Non.
Voici le portrait d'un homme complètement brisé, moralement et physiquement.

Paul Sneijder est cet homme-là, spécialiste en matière de systèmes à commande vocale, un homme qui a fait une chute grave.
Une chute d'ascenseur. Un système de sécurité défaillant qui n'a pas joué son rôle.
Il a survécu miraculeusement à cet accident, alors que sa fille n'a pas eu cette chance.
Un procès se profile...

Cette chute sera le symbole de l'aliénation et de l'annihilation de l'individu par la technologie galopante de nos sociétés qu'on dit modernes.

Sneijder est accablé. Sa voix off nous le démontre en permanence.
Il songe tout d'abord à se reprendre, à lutter, en acceptant un petit boulot chez « DogDogWalk » (je vous laisse découvrir de quoi il s'agit...)
Puis, une terrible prise de conscience et une remise en question de ses valeurs familiales vont précipiter une descente aux enfers qui le conduira à l'hôpital psychiatrique.
Sneijder est devenu un cas.

Didier Bezace a choisi d'adapter le célèbre livre de Jean-Paul Dubois, et dans la foulée, il met en scène, et joue sur scène (très bien, très en finesse) l'avocat de la société ascensoriste.

Il a très bien fait d'adapter ce texte-là.
Il a parfaitement su traduire sur un plateau l'écriture acérée et sans concession de cet auteur majeur.

Pour incarner Sneijder il fallait un sacré comédien.
C'est évidemment le cas de Pierre Arditi, totalement convaincant dans cette fable tragique, émaillée de moments et de réparties très drôles.
C'est un rôle difficile, car la palette exigée est assez restreinte, d'où une vraie difficulté et un vrai risque : celui de rester dans une sorte de caricature.
Ici, nous en sommes très loin.

Arditi est très souvent bouleversant en homme brisé complètement détruit, qui va vouloir lutter, mais en vain.
Ses répliques acerbes, d'un rire désespéré, du tac au tac, font mouche à tout coup !

Ses camarades de jeu sont à l'avenant, avec notamment une magnifique prestation de Thierry Gibault en patron d'une société de services canins où il faut beaucoup ramasser...

La mise en scène de Bezace est efficace, à la fois simple et sophistiquée, en totale symbiose avec la scénographie de Jean Hass.
Une scénographie qui repose sur un grand panneau gris en trois parties, recouvert de symboles et dessins techniques, avec au milieu une porte à battants coulissants, (le symbole est évident).
Les portes s'ouvriront à chaque fois sur une sorte de cabine/décor. Une vraie trouvaille.

Bien entendu, on pourra reprocher peut-être l'usage intensif de fumée de scène, à tel point qu'avant la représentation, un ouvreur est obligé de préciser que cette fumée respecte les normes européennes en vigueur. (Si si, c'est comme je vous le dis ! )

Et puis, il y a Fox, le chien, qui déclenche des « ohhh ! » et des « ahhh ! » de la part de certaines spectatrices. Lui aussi est très bon.
On aura compris qu'il est le plus cabot des comédiens ce soir-là...

C'est la deuxième fois cette saison, à ma connaissance, après la pièce « Hôtel des deux mondes », que l'un des personnages principaux d'un spectacle est un ascenseur.
Qui osera dire après ça que le théâtre, ça n'élève pas !

Publié dans Critique

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