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De la cour au jardin

Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

A ces idiots qui osent rêver

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Ah ! M'asseoir sur un banc, soixante-quinze minutes avec toi...


C'est sur ce banc, que côtoie comme de juste un réverbère, qu'Elle et Lui vont se rencontrer.
On ne saura jamais leur prénom, à ces deux êtres que tout apparemment sépare, notamment en matière de conceptions sentimentales en général et en matière de vision de l'amour en particulier.


Elle, passionnée, extravertie, rêveuse, est amoureuse d'un chanteur américain. La liaison de ces deux-là est sporadique et assez atypique...

Dame, je voudrais vous y voir, vous, avec un amoureux ou une amoureuse qu'un continent et un océan séparent.


Lui, au contraire, est plus « raisonnable », plus terre à terre. Il se sépare de sa compagne, « en direct » devant nous autres, les spectateurs, au moyen de son téléphone portable.


C'est à cet instant précis que les chemins de vie de ces deux êtres vont se croiser.


Céline Devalan a écrit une bien jolie comédie romantique. L'une de ces comédies dans lesquelles il fait bon se laisser aller et vibrer avec les personnages. Ici, les situations dramatiques et la mécanique scénographique fonctionnent parfaitement.


Elle a assuré elle-même la mise en scène, qui prend une dimension toute cinématographique.
J'en veux pour preuve toutes les références au septième art américain qui vont émailler la pièce. Deux films seront en effet cités, de ceux qui mettent en scène ce genre de couple « dépareillé » que tout à première vue oppose.


Sur la scène de l'Essaïon, deux comédiens vont jouer au chat et à la souris, sans que nous sachions de prime abord qui est qui.
Celine Devalan herself et Thibault Amorfini vont tour à tour nous amuser, nous émouvoir, et parfois presque nous montrer une certaine cruauté.
Parce que certains sentiments peuvent se montrer cruels.

Les deux comédiens sont tout à fait justes. J'ai été pris par les péripéties multiples de ces soixante-quinze minutes.
Nous sommes bien entendu confrontés en permanence à une interrogation : Elle et Lui finiront-ils par s'avouer leurs sentiments respectifs ?
Un certain suspens règne tout au long de la pièce, un suspens que je me garderai bien de « spoiler »...


Les deux nous font rire, évidemment. Le texte de Melle Devalan fait mouche, sans pathos de mauvais aloi, avec des formules drôles et percutantes.
La vis comica des deux comédiens est évidente : les regards assassins, les ruptures de l'une, les questions et les pseudo-déductions dignes d'un psy de l'autre nous tirent notamment bien des rires.

Ils ne ménagent pas leur peine, avec une séquence musicale et chorégraphique très réussie.

Cette séquence elle aussi fait référence aux maîtres américains du genre, nous plongeant un peu plus encore dans l'atmosphère et l'ambiance du genre.

Une ambiance rendue possible également par la judicieuse conception-lumières de Rémy Chevillard.

Céline Devalan et Thibault Amorfini nous proposent une bien belle histoire, avec une « morale » qui nous démontre la nécessité de rêver, peut-être plus encore que d'aimer.

Ce rêve permettant aux idiots que nous sommes de prendre des risques.

« Vivre sans prendre de risques, c'est prendre le risque de ne pas vivre », nous rappelle à juste titre l'auteure.

Voici donc une bien sympathique comédie, avec de vrais et justes « bons sentiments ».
De la belle ouvrage !

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