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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Comédiens !

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

Ah ! Les comédiens !
Tu parles d'une engeance !
Il y en aurait des choses à dire, sur les comédiens !


Eh bien, c'est exactement le propos de Samuel Sené qui a conçu et mis en scène ce remarquable moment de théâtre.


Oui, remarquable !

 

Il s'agit d'une excellente et très maligne adaptation de l'opéra « I pagliacci », de Leoncavallo, un opéra qu'il a naguère monté, et au cours duquel il s'est aperçu que ses propres comédiens et chanteurs étaient quand même de drôles de personnages.


Il a donc élaboré cette comédie musicale dans laquelle nous allons également assister à une vraie réflexion sur les codes, les conventions et les principaux mécanismes dramaturgiques.


Nous sommes en 1948.
Sur le plateau du tout nouveau théâtre de la Huchette, trois acteurs répètent une dernière fois un vaudeville se déroulant en 1880.

 

La mise en abyme va fonctionner à merveille.

Quasiment inventé par un certain William Shakespeare, le procédé du théâtre dans le théâtre nous procure ici bien du plaisir et bien des émotions.


Cette répétition générale est désopilante.
Tous les codes du vaudeville sont là, le mari, son épouse et l'amant, les quiproquos et les situations aussi.

Nous allons rire énormément.


Les trois comédiens vont s'en donner à cœur joie, sans ménager leur peine. La sueur sera au rendez-vous.
C'est un vrai bonheur de découvrir les hilarantes situations qui nous sont données à voir.


Marion Préïté, Fabian Richard et Cyril Romoli m'ont tiré des larmes de rire.
Ici, cette mise en abyme va leur permettre de surjouer volontairement, et ce décalage déclenche les éclats de rire dans la salle.
Toutes les situations de jeu sont ainsi volontairement exagérées et amplifiées. La scène du piano est absolument jouissive ! (A tous points de vue, d'ailleurs...)


Mais nous ne ferons pas que voir jouer ces trois là, nous allons également et peut-être surtout les écouter.
Car tous sont d'excellents chanteurs et instrumentistes, formés à la dure école de la comédie musicale. Leur pédigrée respectif est impressionnant.


J'avoue avoir eu un faible pour Melle Préïté, qui a enchanté non seulement votre serviteur mais la salle entière de son jeu, de sa fraîcheur, de son talent lyrique, de son espièglerie et de sa drôlerie. Elle s'acquitte de sa partition très exigeante de bien belle façon.


Mais nous n'allons pas en rester là !
Au fur et à mesure que la répétition se déroule sur le plateau, les tensions, la jalousie, les querelles d'égo vont monter.
Le registre change alors de façon la plus subtile qui soit.

 

La voilà, la vraie trouvaille du metteur en scène. Samuel Sené a su passer de la mécanique feydolienne totalement assumée (n'ayons pas peur des qualificatifs) à une page beaucoup plus sombre et intense d'analyse des passions humaines les plus sournoises.

A la surprise générale, s'installent alors de réels moments de grande tension dramatique, des instants d'une gravité extrême.

De la gaudriole, on passe au drame le plus noir.


Bien entendu, je ne vous révèlerai pas la fin du spectacle, mais j'ai été époustouflé par la qualité de ce glissement à la fois scénaristique et dramaturgique.
C'est vraiment de la belle ouvrage.

Il me faut mentionner le livret de Eric Chantelauze. L'auteur a su écrire des formules drôlissimes et percutantes qui font mouche et une dernière partie plus grave qui, sans tomber dans le pathos de mauvais aloi, fonctionne parfaitement.

Vous l'aurez compris, voici donc une comédie musicale on ne peut plus originale et réussie qu'il faut absolument aller voir.
C'est une heure et trente minutes de vrai et pur plaisir théâtral.
Incontournable !

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