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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Mille francs de récompense

(c) Photo Y.P. -  (Avec toutes mes excuses à Aïda Hamri qui n'apparaît pas sur la photo)

(c) Photo Y.P. - (Avec toutes mes excuses à Aïda Hamri qui n'apparaît pas sur la photo)

L'argent. La maille. L'oseille. Le fric. Les thunes. Le grisbi.
Le flouze !


En sept mots comme en cent, voici le principal moteur de la pièce trop peu jouée de Victor Hugo, une pièce écrite en exil à Guernesey, alors que Napoléon III règne, grâce notamment aux puissances financières. (Tiens, tiens... quelle modernité de propos, non ?...)


La famille de Cyprienne menace d'être saisie pour cause de dettes. Le banquier sans scrupule Rousseline aux ordres du pouvoir leur propose un marché infâme, un deal honteux. Mais c'est sans compter avec le héros Glapieu !


Le metteur en scène Kheireddine Lardjam a bien compris l'actualité et l'universalité de ce thème de l'argent roi qui corrompt tout et annihile toute humanité.
Il en a tiré une adaptation jouissive, souvent hilarante et on ne peut plus actuelle.

 

Ici, Glapieu (repris de justice sous la plume du père Hugo) est un jeune coquin sympathique, passé par l'école d'application de Melun (si si, elle existe...) et le centre pour jeunes délinquants de Poissy. (Pareil...)


Dans ce rôle, Maxime Atmani est éblouissant.
En « jeune des cités » gouailleur, charmeur, enjôleur, beau parleur, beau faiseur, il est épatant.

Il va dans un premier temps être le narrateur de l'histoire, au moyen d'une sorte de slam enjoué et non dénué d'une certaine poésie, avec de vraies formules qui font mouche, des saillies très drôles.
Tel un griot des cités, il fait avancer l'action, tisse des liens entre les personnages, établit des passerelles.
Une vraie trouvaille dramaturgique.


Pour dépoter, ça va dépoter ! Lardjam fait en sorte que sur le plateau se déroule une farce moderne, par moments burlesque, menée tambour battant.


La distribution est aux petits oignons.
Dirigés très précisément, avec un vrai sens de l'occupation du plateau et des déplacements, tous confèrent à ces deux heures une énergie et une puissance folles.
Pas un moment de répit. Ils nous tiennent et ne nous lâchent plus. Ca pulse, ça bouge, on s'attrape, on se frappe, on s'empoigne.
Il y a parfois une dimension Comedia Del'Arte dans tout ça !


Azzedine Benamara est un Rousseline fourbe, mielleux et sans scrupule à souhait. Il m'a vraiment impressionné. Une très belle interprétation parfois décalée (je n'en dirai pas plus) mais très juste de ce personnage malfaisant.


Romaric Bourgeois est un huissier à la guitare électrique HF ravageuse. Ses riffs musicaux et verbaux sont parfaits.


J'ai beaucoup apprécié la partition de Aïda Hamri en Cyprienne. La jeune comédienne ne s'en laisse pas compter et a beaucoup d'abattage et de talent.


Tout comme une nouvelle fois Etienne Durot. J'aime beaucoup le jeu en finesse de ce comédien que j'ai beaucoup apprécié l'automne dernier dans un Malade imaginaire monté par la compagnie seine-et-marnaise Scènes en Seine.
Le reste de la distribution est à l'avenant et nous procure beaucoup de plaisir.

La scénographie de Estelle Gautier, qui travaille beaucoup en ce moment, contribue à ce sentiment d'énergie et de force. Le tout est à base d'éléments composés de caisses en bois surmontés de très grands panneaux en plexi sur lesquels sont projetées des video graphiques du plus bel effet.

 

Beaucoup de corbeaux, ainsi qu'au dernier acte des petites loupiotes faisant penser à des racks de serveurs informatiques. (Je ne vous dirai évidemment pas pourquoi...)
C'est là aussi une grande réussite visuelle.

Les grands auteurs classiques sont faits pour être bousculés, à condition d'en respecter le sens et le propos.
Cette adaptation due à Kheireddine Lardjam est sur ce plan-là également exemplaire.
Les jeunes de trois classes venus assister à la représentation ont tout à fait assimilé cette dénonciation du pouvoir de l'argent, ainsi que les grands idéaux hugoliens.

Au retour de la Cartoucherie, dans la navette, une lycéenne confiait à l'une de ses camarades :

« Wouala, à l'oral du bac français, j'vais leur parler de cette pièce que j'ai vue à Vincennes, et de Victor Hugo ».

J'ai trouvé que c'était une excellente idée !

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