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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Nos éducations sentimentales

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

Qui donc a décidé que Flaubert n'était pas un auteur des plus modernes ?
Qui donc a osé décréter que son pavé « L'éducation sentimentale » était un texte daté ?


Certainement pas Sophie Lecarpentier et les membres de la compagnie Eulalie, basée en Seine-Maritime.


La metteure en scène et ses comédiens ont entrepris une ambitieuse démarche d'adaptation contemporaine de ce roman, en mélangeant le texte original avec des fragments du « Jules et Jim » de François Truffaut et des ajouts personnels.
Si ça fonctionne ? Mieux que ça !


Nous allons retrouver les personnages flaubertiens dans une fresque contemporaine qui va nous raconter la désillusion. Les désillusions.
Les multiples désillusions de quadra-quinquagénaires qui ont voulu toute leur vie changer le monde sans avoir véritablement fait quelque chose pour ce monde-là.


Symbole assez éclairant de cette contemporanéité plus ou moins ratée, nous écouterons la fameuse tirade d'un certain Lionel Jospin, le soir d'un certain 21 avril 2002, lorsqu'il décida d'abandonner la politique pour se consacrer à son jardin de l'île de Ré.


Ici, nous serons confrontés à la question essentielle flaubertienne : « qu'avons-nous eu de meilleur dans la vie ? »
Cette « histoire d'un jeune homme » (le sous-titre du livre) sera sur le plateau l'histoire d'une bande de copains plus ou moins bobos.


Comment rater sa vie en quelques leçons .
« Comment rater sa vie » pour les Nuls. Tel pourrait être les sous-titres du spectacle...

L'amertume, la mélancolie régneront malgré les ambitions, les insouciances et les rires.


La mise en scène de Sophie Lecarpentier va à l'essentiel.
De multiples lieux sont recréés à partir de quelques accessoires, quelques éléments de scénographie, quelques projecteurs : club de tennis, douches, chambres, appartements, piscine, église, plage et j'en passe...


La direction d'acteurs est alerte, vive, précise. Pas de temps morts, les quelques éléments de décors sont changés à vue.


Nous sommes en présence de comédiens qui se connaissent bien. Un esprit de troupe palpable règne en permanence.
Ils vont nous faire rire, souvent, grâce à des bons mots et autres formules définitives. Ils vont nous émouvoir également. La scène de l'enterrement est très belle et très forte.

Tous sont irréprochables et très justes, emmenés par Julien Saada omniprésent en Frédéric Moreau, le héros.


D'une grande intensité, sans longueurs, la trame narrative a remplacé le roman, aidée en cela par des passages en voix off chargée d'assurer les transitions entre les différents tableaux.


Au final, nous ressortons du Théâtre 13 en ayant le sentiment d'avoir passé un très bon moment, en ayant retrouvé des héros injustement un peu oubliés.


Et donc, comme me le faisaient remarquer mes voisins, en ayant très envie de relire le chef d'oeuvre du grand Gustave.

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