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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

La cantatrice chauve

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

Avant toute chose, il ne faut jamais oublier ce qui suit.
La cantatrice chauve, première pièce de Ionesco, texte fondateur de tout le théâtre dit « de l'absurde », La cantatrice chauve a un immense et premier mérite.
A sa création, en 1950, ce chef-d'oeuvre a été méprisé et détesté de la plus grande partie de la critique professionnelle française de l'époque, ce qui relativise bien entendu les tenants et les aboutissants de la profession en question.
Voilà, ça c'est dit.


Quelle joie, quel bonheur de retrouver Madame et Monsieur Smith, Madame et Monsieur Martin, Mary la bonne et le capitaine des pompiers, les personnages de cette « anti-pièce », comme la qualifiait lui-même le grand Eugène !


Quel plaisir de retrouver les pommes de terre au lard, les tailleurs rose fuchsia, tous les Boby Watson, sans oublier « le p'tit poulet rôti » !


Et surtout, surtout, quelle émotion de revoir la distribution originale de la mise en scène de Jean-Claude Lagarce datant de 1991.
(Je rappelle que cette pièce a été créée le 11 mai 1950, au théâtre des Noctambules, par la compagnie Nicolas Bataille. Cette version-là est d'ailleurs jouée depuis, sans interruption, à la Huchette.)


Ici, Lagarce s'était appliqué à pousser le bouchon vraiment très loin, avec une version toute en couleurs, sur un grand plateau.

Ici, il s'agissait de reprendre bien entendu le propos de l'auteur, mais de le démultiplier, notamment par un final, sur lequel je ne m'étendrai pas afin de préserver la surprise à ceux qui n'ont toujours pas vu cette version-là.

Il avait également tenu à proposer au public des scènes inédites de la pièce, et notamment les trois fins possibles : « On aurait pu faire ça... », renouant ainsi avec une espèce de parodie du « Brechtisme ».
Tout ceci n'a pas cessé de fonctionner.


Une nouvelle fois, c'est toujours impressionnant de mesurer ce que l'ensemble du théâtre contemporain doit à Ionesco : le non-sens, l'absurde, les situations complètement surréalistes, (ce n'est pas un hasard si André Breton et Philippe Soupault avaient beaucoup apprécié la pièce lors de la création), les mécanismes qui associent, qui provoquent le public, qui le rendent partie prenante de la pièce.
Lagarce considérait d'ailleurs la Cantatrice chauve comme une « chose rare ». Il relevait dans un entretien, peu de temps avant sa mort, le fait que bien que datant de 1950, cette pièce était toujours considérée comme une pièce contemporaine, preuve du caractère révolutionnaire de cette œuvre.

Pour moi donc, avoir rendez-vous hier soir avec Mireille Herbstmeyer, Jean-Louis Grinfeld, Marie-Paul Sirvent, Emmanuelle Brunschwig et François Berreur, les six comédiens que j'avais déjà applaudis en 1992, ce rendez-vous-là était donc très émouvant.

Ils sont toujours aussi drôles, aussi percutants, toujours aussi pince-sans-rire, imperturbables dans la drôlerie, ou hilarants dans le sérieux.
J'en ai vu quelques-unes, des cantatrices chauves, et pour moi, ce sont eux qui pour l'éternité, incarneront ces personnages toujours aussi attachants et déjantés.

Le temps ne fait rien à l'affaire, quand on est bon, on est bon, pour paraphraser M. Brassens.

Je vous engage vivement à aller les applaudir, ces six-là.
Ce sera la toute dernière fois qu'ils se produiront ensemble, dans cette mise-en-scène et sur le plateau de l'Athénée.
Précipitez-vous !

(c) Photo Michel Quenneville - 1991

(c) Photo Michel Quenneville - 1991

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