Modèle vivant

Publié le par Yves POEY

(c) Photo Y.P.

(c) Photo Y.P.

Modèle vivant.

Un « drôle » de métier !

 

Un métier générateur de fantasmes, d'idées reçues plus ou moins fausses, souvent plus que moins, d'ailleurs...

Un métier qui ne nécessite qu'un seul outil de travail.

Mais quel outil : son propre corps !

 

C'est bien ce rapport de la société au corps nu que va nous disséquer pendant un peu plus d'une heure l'étonnante et épatante Stéphanie Mathieu.

 

Le rapport au corps, elle connaît bien : elle a suivi une formation poussée de danse classique, contemporaine et jazz.

Ca se voit. C'est évident.

 

Elle arrive sur scène.

Elle va prendre son poste.

Elle va prendre la pose.

Un modèle vivant est nu, (métaphore du comédien ? ), elle va donc interpréter ce rôle soit dans le plus simple appareil, soit dans un grand paréo noir.

Nous, tels des apprentis dessinateurs ou des apprentis sculpteurs, nous, les spectateurs, nous allons la regarder, certes, mais nous allons surtout l'écouter.

 

Mais attention : dans un atelier, dans une école d'arts appliqués, qui regarde le plus : les artistes ou le modèle ?

C'est également cette troublante relation que va développer Melle Mathieu.

 

Elle va pour ce faire aborder bien des thèmes sous la forme d'un journal. (C'est elle qui a en effet écrit le texte de la pièce.)

Elle annoncera systématiquement toutes les dates qui lui rappellent une expérience vécue, la douleur de poser (ça fait mal...), la difficulté à rester immobile pendant parfois trois fois quarante cinq minutes d'affilée, les oppositions corps habillé/corps nu, corps « normal »/handicapé, corps jeune/corps vieux, corps vivant/corps mort.

 

Un vrai propos, une vraie réflexion sociologique nous sont exposés.

 

La mise en scène de Xavier Lemaire est évidemment exigeante.

La mise à nu n'est évidemment pas seulement physique, elle est surtout celle concernant ce que nous raconte la comédienne.

Nous assistons à une succession de saynètes, avec pour seul décor une sorte de paravent/miroir et la petite estrade où vont se dérouler les poses, sans oublier un projecteur sur pied qui sera déplacé en permanence, créant des éclairages et des modelés différents.

Chaque saynète génère une pose artistique.

 

Tout ceci est millimétré, rien n'est laissé au hasard.

C'est une véritable chorégraphie qui nous est offerte.

 

Mais l'on rit également.

Stéphanie Mathieu imitant Brigitte Bardot sur la plage est un moment jubilatoire.

Tout comme le passage concernant la pose du modèle pour les employés de la BNP.

 

On l'aura bien compris, il s'agit là d'un spectacle vraiment original, un spectacle passerelle entre différentes expressions artistiques, un spectacle avec une dimension presque sociologique, je me répète.

 

Un spectacle qui m'a fait aborder une vraie vérité : Stéphanie Mathieu m'a fait lumineusement comprendre que se mettre à nu, au propre comme au figuré devant une centaine de personnes, ceci demande une grande force intérieure.

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Studio Hébertot
Bd des Batignolles - Paris

Tous les mardis, mercredi et jeudi à 21h00

Modèle vivant

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