Banque centrale

Publié le par Yves POEY

(c) Photo Y.P. -

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Fascinant !
J'ai assisté au théâtre des Déchargeurs à un seul en scène véritablement fascinant !

Le concept et le pitch sont on ne peut plus clairs.
Dans un hôpital psychiatrique, un fou, en se prenant pour l'Etat, va purement et simplement nous expliquer, du troc aux subprimes, les mécaniques financiers qui ont régi ou qui régissent encore le monde qui nous entoure.

Ce fou, nous le devons à Franck Chevallay qui interprète de façon lumineuse, magistrale, drôle et pédagogique ce personnage.
Le fou ne sera pas si fou que ça, et en remontrera en sagesse à beaucoup.

Franck Chevallay a écrit et interprète cet étonnant seul en scène.
Et, tenez-vous bien, il n'est pas du tout économiste de formation.
« Simplement » quelqu'un qui s'est intéressé à la machine financière.

Et pourtant, tout ce qu'il va expliquer, démontrer, décortiquer de façon parfois hilarante est rigoureusement exact.

Il apparaît sur scène nu-pieds, portant une veste sombre sur un pyjama.
Au cours de différents tableaux, il va incarner toute une série de personnages qui vont représenter chacun une problématique bien spécifique, comme par exemple :
- le banquier italien qui invente les billets, de façon à ce que l'or ne soit plus volé par les bandits de grands chemins
- une pièce d'or qui se retrouve coincée dans un coffre-fort anglais, parce que le propriétaire du-dit coffre a imaginé prêter des pièces qui n'existent pas : les pièces fantômes.
- un directeur de banque qui va cyniquement démonter le mécanisme des subprimes. « cinq à dix ans de rêve et d'espoir dans la vie d'un pauvre, ça n'a pas de prix ! »

On rit énormément tout en apprenant beaucoup de choses.
Le comédien ne ménage pas sa peine. Il se démène, se donne pleinement.
Il va, vient, court, virevolte, se cache en coulisse, revient sur scène...

De plus, ses différents accents sont irrésistibles !
(Mention spéciale à "l'Etat" qui prône la déflation et qui a comme par hasard un accent allemand à couper au couteau... Suivez mon regard merkelien...)

Alexandre Zloto, qui a mis en scène l'acteur, a été d'un grand secours : les deux compères rendent très claire une gigantesque machine financière qu'on croyait, on qu'on voulait nous faire croire particulièrement et irrémédiablement opaque.

Il y a quelque chose des Monthy Python dont la façon dont joue Franck Chevallay : de la démesure, du rire, des fous-rires, et en même temps un sentiment de vertige dans le propos.
Oui, nous sommes en plein dans le registre loufoque des compères britanniques : le rire mais l'analyse poussée des absurdités sociétales.

Pour autant, le texte écrit par le comédien est clair : « Je ne vais pas vous faire des leçons de morale, je vais seulement raconter des histoires », nous précise-t-il.
Bien entendu, tout est suffisamment explicite pour que l'on sente bien le caractère engagé de la démonstration.

Nous sommes vraiment en présence d'un seul en scène à la fois unique, humoristique et pédagogique.

Un seul en scène qui fait sacrément réfléchir sur ce monde finalement très inquiétant de la finance.
On ressort avec quand même une impression inquiétante qui fait froid dans le dos !

Vous ne regarderez plus du tout votre banquière de la même façon après avoir vu ce spectacle !

Déjà que...

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A la sortie de ce seul en scène, j'ai enregistré un entretien web-radio avec Franck Chevallay, qui a bien voulu répondre à mes questions.
Ce sera pour les jours à venir.

Banque centrale

Publié dans Critique

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