Figaro, j'aurais mieux fait de rester coiffeur

Publié le par Yves POEY

Elie Triffault - (c) Photo Y.P. -

Elie Triffault - (c) Photo Y.P. -

Voilà une vraie déclaration d'amour au monde du Théâtre et au métier de comédien !
Ce « Figaro, j'aurais mieux fait de rester coiffeur » est une véritable mise en abyme.

Mais commençons donc par le commencement.


Nous montons dans la petite salle du Paradis, tout en haut du Lucernaire.
Il est déjà là, sur le plateau.
Elie Triffault.
Il enfile ses chaussettes. Avec difficulté, certes, mais il parvient tout de même à les enfiler.

 

Parce qu'après tout, un comédien met aussi des chaussettes.
Il sera seul sur scène pendant soixante-quinze minutes.

Et puis la salle est plongée dans l'obscurité.
Il peut vraiment commencer.

Nous allons vite comprendre le propos de cette pièce, écrite par Elie Triffault lui-même et Thomas Condemine qui officie également en tant que metteur en scène.

Le comédien va incarner Allan, un coiffeur qui a quitté son salon voici dix ans déjà pour devenir acteur.
Et c'est cet Allan qui va interpréter toute une série de personnages, dont le premier, Mario, un metteur en scène haut en couleurs, qui accueille dans sa maison des Pyrénées des comédiens pour répéter Le mariage de Figaro.
Nous y voilà ! Nous assistons à une répétition de la pièce.

Tous les personnages incarnés par Allan-Elie Triffault sont des archétypes de la profession de comédien, qu'on a déjà tous rencontrés, vus ou reconnus : l'écriture des deux auteurs est à peine exagérée.

Tout ceci va servir un vrai propos, et un vrai parti-pris dramaturgique.

Ici, on nous propose une vraie réflexion sur la capacité de chacun à se révolter, à s'interroger sur le sens du mot « liberté ».
En effet, Figaro n'a que très peu d'espace, au propre comme au figuré, pour s'exprimer.
Il est en quelque sorte contraint en permanence, et va devoir nous faire rire pour gagner sa liberté.

Et l'on rit. Beaucoup. Enormément.
Car ce théâtre dans le théâtre fonctionne admirablement.

Elie Triffault ne ménage pas sa peine.
Il bondit de chaise en chaise autour de la table de répétition, il virevolte, ne tient pas en place, arpente le plateau, grimpe sur les tables, enchaîne à vue tous les rôles.

 

Il change d'accent en permanence, il change de registre de voix, il murmure, il vocifère pour au final nous faire rire.
Non, il ne ménage pas sa peine !
Combien de calories perd-il chaque soir ? Beaucoup, assurément.

Il est drôle, très drôle.

Avec une multitude de trouvailles scénographiques que je vous laissera évidemment découvrir.

Mais on l'aura compris, ce rire est un rire de résistance, un rire libérateur.
Un rire de plus en plus nécessaire, par les jours qui courent...

Cette pièce iconoclaste, baroque, haute en couleurs ne peut laisser indifférent.
Avec une multitude d'entrées, de grilles de lecture.
(Moi, j'ai pensé évidemment au Songe d'une nuit d'été, mais aussi à la Nuit américaine, de François Truffaut...)
Chacun trouvera chaussure (chaussette ?) à son pied !

Au final, c'est un spectacle qui détonne, qui fait beaucoup de bien dans ces temps d'uniformisation et d'auto-censure ambiante.
Condemine et Triffault se sont lâchés très intelligemment, ils ont osé, ils ont pris parti.


Je me répète, ils ont un vrai propos dramaturgique.

Et ça, c'est inestimable.

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J'ai rencontré Elie Triffault au sortir de la pièce.

Il a bien voulu répondre à mon micro aux questions que je lui ai posées.
Ce sera pour les jours qui viennent.

Figaro, j'aurais mieux fait de rester coiffeur

Publié dans Critique

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