L'empereur, c'est moi

Publié le par Yves POEY

Clémence Colin - Hugo Horiot - (c) Photo Y.P. -

Clémence Colin - Hugo Horiot - (c) Photo Y.P. -

L'empereur, c'est lui !
Lui, c'est Hugo Horiot, qui a adapté son livre éponyme, dans lequel il raconte.

Il se raconte.

Hugo est autiste.
Sur scène, il nous présente ses années de jeunesse, de l'âge de quatre ans jusqu'au collège.

Il fait plus que se raconter, il se livre.

Il est bouleversant.

Purement et simplement bouleversant.

Il aborde sans tabous les difficultés auxquelles il a été confronté.
L'exclusion, le dur regard des autres, les préjugés, les brimades, les violences morales et physiques.
Etre autiste ça peut faire mal, ça peut vous blesser moralement et physiquement.

Hugo, depuis qu'il est tout petit, a sa propre logique.
C'est finalement cette logique là qui est le moteur dramaturgique de la pièce.

Il nous fait comprendre sa différence, son besoin qu'il avait de tourner en permanence des roues, sa fascination pour les tuyaux en tous genres.

C'est Vincent Poirier qui met en scène Hugo.
Il a été son professeur d'art dramatique.
Ces deux-là se connaissent donc très bien.

La coopération artistique et la complicité sont donc totales. De sa voix grave, posée, le comédien nous expose ce qu'il a à dire, de son corps, il nous montre ce qu'il a à faire, avec des scènes parfois difficiles, des cris, des mouvements et des poses autistiques.

Ici tout est vrai. Ici, tout est joué vrai. Et pour cause.

Mais le metteur en scène a eu une idée formidable : sur scène, Hugo Horiot n'est pas seul.
A ses, côtés, Clémence Colin, sourde et muette,  traduit le spectacle en langue des signes.

Mais le rôle de la jeune femme ne s'arrête pas là.
Clémence joue elle aussi la comédie, interprétant tous les rôles féminins : la maman, l'éducatrice du jardin d'enfant, la prof, l'infirmière...) .
Elle nous propose une véritable et magnifique chorégraphie, faite de mouvements plus gracieux les uns que les autres.
Sa présence permet au comédien de redescendre un peu, de lâcher prise parfois, ce qui confère à la pièce des moments de respiration.

Tous les deux livrent une touchante mais réaliste vision, sans concessions, du monde de l'autisme.
Nous sommes vraiment plongés dans le fonctionnement mental de ce petit garçon.
Dans ses rapports aux autres et à la réalité.

Et ce qui est troublant, c'est que nous comprenons vite que c'est peut-être nous qui sommes différents. Pas lui.

Pour au final, se dire, se répéter que ces différences ne sont en aucune façon importantes.
Ce qui compte, c'est le respect mutuel.
L'essentiel, c'est le vivre ensemble.

Voici donc un spectacle dont on ne sort pas indifférent.
C'est une pièce-témoignage, au plus près d'une expérience vécue, qui remet les pendules à l'heure.
C'est aussi un profond message d'amour envers une mère qui s'est défoncée (le terme est encore trop insignifiant) pour élever Hugo.
Pour l'aider à devenir l'homme qu'il est maintenant.

C'est donc également un vrai message d'espoir.

Un choc théâtral.
Le délai entre le moment où le noir final se fait et les applaudissements nourris est là pour le prouver.
Le public a besoin de rester plonger dans l'univers d'Hugo Horiot, de ne pas revenir tout de suite.

Je me répète, l'empereur, c'est vraiment lui.

Bouleversant, vous dis-je !

(c) Photo Virginie Meigné

(c) Photo Virginie Meigné

(c) Photo Virginie Meigné

(c) Photo Virginie Meigné

(c) Photo Virginie Meigné

(c) Photo Virginie Meigné

L'empereur, c'est moi

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