Un siècle de critique dramatique

Publié le par Yves POEY

Un siècle de critique dramatique

Voici quelques jours, j'ai eu l'occasion de faire l'acquisition d'un petit ouvrage fort intéressant.
Ce livre, écrit en 2003 sous la direction de l'Enseignante à Paris III Chantal Meyer-Plantureux, est intitulé « Un siècle de critique dramatique. »


Son propos, comme son titre l'indique, est d'analyser, de Francisque Sarcey à Bertrand Poirot-Delpech, la mécanique de cette étonnante activité qui consiste en n'ayant soi-même écrit aucune pièce de théâtre de juger celle des autres.

Les auteurs "donnent la parole" à différents critiques ou auteurs aynat eu affaire aux premiers.


Pour Jean Vilar, le critique doit faire preuve d'une « compréhension amicale et fervente ».
Quant à Jacques Copeau, lui, voulait un critique « sincère, grave, profond, se sachant investi, à l'égale du poète, d'une fonction créatrice. »


La thèse de Mme Chantal Meyer-Plantureux est que deux sortes de critiques existeraient.
Je la cite :
- Une critique qui juge, tranche, condamne souvent, détruit.
- Une autre qui comprend, analyse, participe au « travail théâtral ».


Ariane Mouchkine, quant à elle, ne lisait une critique que lorsqu'on lui certifiait que celui qui l'avait écrite « avait travaillé ».
Ce qui est un critère très intéressant. Que celui qui n'a jamais lu un papier bâclé, voire un papier qui critique une pièce non vue, que celui-ci lève le doigt.


Puis sont reproduits des textes en rapport avec le sujet.


Dans un premier temps, un texte de Francisque Sarcey (1827-1899), image de la bourgeoisie parisienne nantie et bien établie, qui donne sa vision.

Pour lui, l'idée est d'aller au théâtre avant tout pour se divertir, et donner à ses lecteurs le même avis qu'eux.
Emile Zola, qui prend la plume ensuite, ne s'y trompe pas, écrivant que « notre oncle Francisque » « dit toujours ce qu'il pense et qu'il représente dans la salle la moyenne d'intelligence du public ».


Copeau, Lemaître, Robert de Flers ont une vision différente de leur métier.


Quant à Léon Blum, qu'on connaît surtout pour ses activités politiques, il a une belle lucidité : « Nous essayons de poser le ton, d'indiquer la cote, de préciser pour quel genre de mérites et de succès l'auteur s'est inscrit.[...] J'avoue que ces tentatives sont souvent vaines. Mais qu'y faire ? Nous sommes dans l'inextricable. Nous y sommes et, bon gré, mal gré, nous y restons. »


L'auteur ensuite rapporte un pamphlet acerbe de Marcel Pagnol, écrit dans les années 1940.
Pour lui, les critiques sont des gens « incapables d'agir ou de créer, qui se donnèrent pour tâche, et le plus sérieusement du monde, de juger les actions et les œuvres des autres. »
Il va même jusqu'à édicter une incroyable « Licence de critique » dans laquelle il réglemente pratiquement ce qu'aurait le droit d'écire ou pas les candidats à ce métier.


Puis, est rappelée la vision d'Eugène Ionesco, toute empreinte d'auto-dérision, une vision inscrite dans la dernière scène de sa pièce « L'impromptu de l'Alma ».


Deux Jean célèbres, Vilar et Dutourd donnent leur avis, assez opposés ! (Non, sans blague ? Qui l'eût cru ?)


Est reproduite également une lettre ouverte aux journalistes écrite par Jacques Lassalle.
L'ex-administrateur de la Comédie Française ne mâche pas ses mots, avec une allusion qui fit grand bruit : il avait écrit « On vous craint. Vous êtes partout. »


Et puis, l'ouvrage se termine avec une sorte de synthèse rédigée par l'immense Bertrand Poirot-Delpech. « Je suis […] un journaliste qui renseigne le public sur ce qui l'attend s'il va voir le spectacle. Donc, information à travers la subjectivité. »


Vraiment, un passionnant bouquin.


Quant à moi, ce qui m'intéresse, c'est avant tout de parler de plaisir ressenti, avec mes arguments, et d'essayer de susciter l'envie.
Je partage surtout ce que j'ai aimé, et j'essaye de dire pourquoi.

 

Comme le prétend à juste titre la sagesse populaire : « La critique est aisée, l'art est difficile".

De plus, n'oublions pas l'une des principales qualités de la critique : personne n'est obligée de la lire.

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Un siècle de critique dramatique
Sous la direction de Chantal Meyer-Plantureaux -
Editions Complexe

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