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[SORTIE D'ALBUM] Solaxis

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

© Photo Florence Grimmeisen

© Photo Florence Grimmeisen

A un c’est bien,
A deux, c’est mieux,
A cinq, on trinque !

Cinq saxophones et surtout les cinq plus talentueuses saxophonistes de notre scène jazz hexagonale et européenne se retrouvent sur un même passionnant album.

Avec ce nouvel opus, Lisa Cat-Berro nous nous offre un jazz solaire, aux grooves hypnotiques, pour une musique dans laquelle Messieurs Zappa et Reich se sentiraient un peu chez eux.

Comme une itération multiple de notes et de motifs lumineux.

La saxophoniste alto a eu l’excellente idée de demander à ses consœurs souffleuses Camille Maussion (soprano), Géraldine Laurent (alto) Sophie Alour (ténor) et Céline Bonacina (baryton) de la rejoindre sur ses réjouissantes compositions.

Une famille quasi-complète d’instruments qui forme une épatante pâte sonore et harmonique, sur laquelle s’est greffée une savoureuse paire rythmique composée de Guillaume Lantonnet à la batterie et Timothée Robert à la base électrique.

Le cinq demoiselles se connaissent évidemment très bien, on ne compte plus leurs participations communes, ici en général, et là en particulier, avec le Lady All Stars de Rhoda Scott.

L’écriture de Lisa Cat-Berro convient donc parfaitement au talent de chacune de ces grandes instrumentistes.
La personnalité musicale de chacune est ainsi parfaitement mise en valeur, chacune l’exprimant à son tour.

Le saxophone, un et multiple, dans toute sa unicité et sa diversité.
Chaque musicienne, dans la tessiture de son instrument respectif, nous démontre sa capacité à tirer le meilleur de ces morceaux de métal et de cette anche en roseau.

On mesure le talent de ces cinq virtuoses, qui ne tombent jamais dans des démonstrations certes techniques mais stériles mais au contraire partagent de grands moments musicaux en toute humilité et sororité.

Travel.
Le premier titre qui immédiatement donne le ton des dix compositions.
Céline Bonacina et son baryton « ouvrent le feu », avec un ostinato, à la fois puissant et léger.
L’alto vient doubler ce loop.

La rythmique entre en jeu. Le groove, la pulsation, celles qui donnent envient de bouger, d’accompagner avec le corps cette musique animée de rythmes enthousiastes. (Je défie quiconque en entendant par exemple « Œil de tigre » ou « Analog Technoïd » de ne pas commencer à se trémousser tout en écoutant attentivement.)

Et puis de délicieuses volutes, arpégées, montantes et descendantes. (Ce motif reviendra souvent dans cet album.)
Le thème arrive interprété par le soprano de Mademoiselle Maussion, qui prendra également le premier solo, impressionnante de technique sans jamais tomber dans un verbiage superfétatoire.

Nous voici embarqués dans de passionnantes contrées musicales, des morceaux dans lesquels il se passe toujours quelque chose d’on ne peut plus intéressant.

Voici pour information les solos-impros respectifs de chacune :
Camille Maussion, dans « Travel » et « Solar Radius »
Sophie Alour dans « Soundtrack », « Analog technoïd » et « Kids of joy »
Géraldine Laurent dans « Kids of joy », « Analog technoïd » et « Bird’s lament » (La reprise de Moondog est épatante !)
Céline Bonacina dans « Massilia », « Solar Radius » et « La terre, le vent, le feu »
Lisa Cat-Berro dans « Œil de tigre », « Selva dance » et « La terre, le vent, le feu »

Mademoiselle Cat-Berro nous montre dans cet album des plus réussis les influences qui la traversent. J’ai déjà parlé de Franck Zappa, Steve Reich, mais comment ne pas retrouver des réminiscences de Daft Punk, Fela Kuti ou encore Eath Wind and Fire. (D'ailleurs, pourquoi croyez vous que le septième titre est « La terre, le vent, le feu »?)

Un creuset de jazz, de pop, d’afro-beat, aussi, au service d’un jazz inspiré et radieux, qui démontre une vitalité créatrice particulièrement puissante et inspirée.

 

On ne peut que se réjouir de la parution de ce nouvel album de l’une de nos plus talentueuses jazzwomen, qui n’a pas hésité à proposer à quatre autres consœurs de la rejoindre sur un projet des plus intéressants.

Un album à déguster, à découvrir, redécouvrir, au fil de multiples écoutes, chacune révélant ici et là de nouvelles subtilités.
Une vraie réussite qui témoigne de la vitalité du jazz en général, et du jazz hexagonal féminin en particulier.

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