21 Septembre 2026
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Lui, on ne pourra pas lui dire « Tu ne l’emporteras pas au Paradis... »
Lui, c’est Jean-Philippe Daguerre qui nous propose une superbe adaptation du chef d’œuvre de Marcel Carné, un film dont Jacques Prévert signait les dialogues. C’était en 1945.
L’histoire, on la connaît.
Quatre garçons non pas dans le vent (Ah, vous avez souri, ne dites pas non, vous avez souri !..), mais sur le Boulevard du Crime, dans le Paris des années 1820.
Frédéric Lemaître, comédien qui se verrait bien en haut de l’affiche. Baptiste Debureau, descendant d’une grande famille de mimes. Pierre-François Lacenaire, auteur mais aussi bandit et parfois quelque peu assassin. Et puis le Comte Edouard de Montray.
Deux femmes, dont une au prénom de fleur, Garance, au centre de toutes les attentions et les convoitises masculines. Sans oublier Nathalie, la fille du directeur du théâtre du Funambule.
Le destin de ces six personnages va se jouer devant nous, durant presque deux heures d’un passionnant moment de théâtre.
Avec cette adaptation particulièrement subtile, l’auteur multi-moliérisé va conférer à ces personnages-là une réelle épaisseur. Comme s’il avait creusé chaque personnalité, chaque caractère, chaque tempérament.
Nous sommes là dans un remarquable prolongement de l’œuvre cinématographique. Si le récit est bien là, la direction d’acteurs et le talent de chaque comédienne et comédien renforce l’humanité de ces hommes et femmes au destin romanesque et poétique.
Passer d’un film construit en deux époques de plus d’une heure quarante chacune à un spectacle d’un peu moins de deux heures suppose des coupes drastiques.
Jean-Philippe Daguerre réussit pleinement cette gageure grâce à de pertinentes ellipses qui participent au rythme dramaturgique.
Le rythme. La marque de fabrique Daguerienne.
Une nouvelle fois, c’est un véritable bonheur que de voir évoluer sur les planches (ou dans la salle...) les protagonistes du spectacle sans aucun temps mort, avec beaucoup d’engagement et de présence.
Même dans les scènes intimistes, ce rythme ne faiblit jamais. Les transitions sont particulièrement soignées : le plateau est souvent occupé par d’autres personnages en arrière plan attendant d’être à leur tour sous les projecteurs. Tout ceci fonctionne à la perfection.
La scénographie est on ne peut plus épurée. Seuls six réverbères délimitent un espace de jeu, alors qu’au lointain, un autre espace revêtira lui aussi une importance capitale.
Il fallait bien cette épure pour s’affranchir de la multitude de lieux, de la foule et du fourmillement de figurants qui constituent le film de Carné.
Les élégantes lumières de Moïse Hill (encore un fidèle d’entre les fidèles) viennent sculpter cette scénographie et lui apporter une dimension quasi expressionniste du meilleur effet. De la très belle ouvrage.
Et puis, les comédiennes et les comédiens, membres de la troupe Le Grenier de Babouchka, vont nous passionner.
Là encore, on assiste à une véritable appropriation des rôles tenus par les monstres sacrés qu’étaient Arletty, Jean-Louis Barrault ou Pierre Brasseur. On les oublie, ces grands anciens dont pourtant les répliques sonnent tellement fort à nos oreilles.
Avec la fougue qu’on lui connaît, Stéphane Dauch incarne un épatant Frédéric Lemaître. Malice, vivacité, séduction : sa composition est on ne peut plus convaincante et rend le personnage totalement attachant.
Garance, c’est Aurélie Noblesse, elle aussi irréprochable. On croit totalement à son personnage de jeune femme libre, obligée de contracter une union non désirée pour se libérer d’une erreur judiciaire.
Mademoiselle Noblesse réussit parfaitement à nous faire part de l’évolution psychologique de son rôle. Lumineuse au début du récit, on la retrouve éteinte à son retour de voyage, six ans plus tard. Elle nous bouleverse, alors.
Michaël Giorno-Cohen campe avec bonhommie et une faconde jubilatoire ce Lacenaire. Le personnage est complexe, et le comédien réussit à faire passer cette ambiguïté de manière savoureuse. Une très belle interprétation.
Oscar Voisin a délaissé sa guitare du Barbier de Séville au profit du blanc de Meudon afin d’incarner Baptiste, le mime-rêveur « tombé de la lune ». Dans son rôle d’amoureux transi, il est lui aussi très convaincant.
Le reste de la troupe est à l’avenant, toute en vérité et de puissance de jeu, comme Sandrine Moaligou qui campe un Jéricho d’anthologie ! Elle est en quelque sorte le chœur antique de la soirée.
Sa Madame Hermine est également très réussie et haute en couleur !
Une nouvelle fois, et on ne les compte plus, Jean-Philippe Daguerre nous enchante avec un brillant spectacle, maîtrisé comme d’habitude de bout en bout, avec des parti-pris dramaturgiques toujours très pertinents.
Et puis, comment ne pas se laisser emporter par cette ode au théâtre, ce véritable hommage aux hommes et femmes qui nous racontent et nous montrent des histoires, exerçant un métier, un art des plus étonnants et difficiles.
De plus, il est particulièrement émouvant de découvrir ces Enfants du Paradis au Théâtre du Ranelagh, qui durant une cinquantaine d’années, a projeté le chef-d’œuvre de Carné-Prévert chaque dimanche soir.
Un spectacle à ne pas manquer !
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Les Enfants du Paradis - Théâtre Le Ranelagh Paris
Une adaptation des Enfants du Paradis où les mots de Jacques Prévert sont mis en scène par le multi-récompensé Jean-Philippe Daguerre et portés par 8 comédiens talentueux au Théâtre le Ran...
https://www.theatre-ranelagh.com/spectacle/les-enfants-du-paradis/