17 Septembre 2026
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Tout condamné à mort aura l'obligation d'aller applaudir ce spectacle à l’éclatante réussite !
Mais quelle lumineuse idée ont eu Arthur Cachia et Delphine Depardieu de nous proposer cette adaptation du film éponyme de Marcel Pagnol, un film sorti en 1938 !
Pagnol !
L’auteur populaire au sens le plus noble du terme. Populaire et non pas populiste.
Pagnol, celui qui sait nous dire comme personne la noblesse et l’héroïsme des petites gens, ce qui sous ma plume n’a rien de péjoratif, bien au contraire.
Pagnol, qui avait compris la Tragédie ou la Comédie issues de la vie quotidienne
Pagnol, celui dont je ne comprends pas qu’il ne figure toujours pas au catalogue de La Pléiade.
Et puis surtout Pagnol qu’on ne voit plus guère sur les scènes de théâtre parisiennes, si l’on excepte le passionnant Marius, mis en scène par Jean-Philippe Daguerre et surtout l'épatante pièce Naïs, mise en scène par Thierry Harcourt, ici même au Lucernaire, qu’avait adaptée un certain… Arthur Cachia, qui donc persiste et signe, pour notre plus grand bonheur.
Quel plaisir de retrouver sur les planches du Lucernaire ces personnages immortalisés par Fernandel, Orane Demazis ou encore Fernand Charpin !
Quel plaisir de retrouver l’accent méridional s’emparer des réjouissantes formules du grand Marcel ! (Un plaisir auditif qui commence d’ailleurs avant le début de la pièce, je n’en dis pas plus...)
Durant une heure et demie, nous allons nous réjouir des aventures d’Irénée, ce brave garçon aussi peu fait pour l’épicerie qu’un Inuit pour le beach-volley, un garçon pour qui le Cinéma avec un grand C relevait du don de Dieu.
Celui qui va monter à Paris et retrouver les auteurs d’un canular peu charitable...
Delphine Depardieu et l’adaptateur-comédien ont choisi de diviser la scène en deux, avec deux grands pans de décors, en fonction des lieux de l’action : l’épicerie familiale, la colline et la pinède, le bureau de M. Meyerboom, etc, etc.
Tout se déroule dans une très belle fluidité, sans temps mort, et surtout, ce qui moi m’enchante, sans noirs-plateau.
Ici, les changements de plateaux et de costumes (coup de chapeau à Marion François) se déroulent à vue, même si l’intensité des projecteurs baisse, mais nous voyons tout.
Les co-metteurs en scène ont également choisi de « cacher des scènes » qui se jouent derrière les tentures. Le propos est très pertinent, et fonctionne pleinement.
Ils ont su restituer l’esprit pagnolesque, on sent que comme l’auteur, ils aiment les personnages de la pièce, et se passionnent pour les différentes situations exposées.
L’humour vrai, sincère côtoiera la plus grande émotion. Je vous assure que j’avais les larmes aux yeux lors des dernières scènes.
Irénée, c’est Arthur Cachia en personne, que nous avions laissé en début de saison passée dans Camus, avec Les justes, sous la houlette de Maxime d’Aboville.
Nous démontrant s’il en était encore besoin sa très large palette de jeu, il nous ravit, purement et simplement, sachant à la fois nous rappeler le créateur du rôle, tout en s’en détachant et en s’appropriant de façon très personnelle ce jeune garçon qui se voyait déjà en haut de l’affiche, comme disait qui vous savez.
Une interprétation qui déclenche à la fois de grands moments de rire, mais aussi des instants de belle émotion. La plus célèbre scène, celle que l'on attend tous, est brillamment négociée !
Le reste de la petite troupe des cinq autres comédienne et comédiens est à l’avenant, qui tous jouent plusieurs rôles.
De très grands moments de comédie nous attendent.
L’excellent Axel Blind campe notamment l’oncle Fabre, avec une bonhommie, une faconde, un humour pince sans rire ravageur.
Qu’est-ce qu’il nous fait rire, lui aussi, y compris en M. Meyerboom.
Le comédien sera bouleversant, en toute fin de spectacle.
Milena Marinelli est François, la monteuse.
La comédienne est elle aussi épatante dans le rôle créé par Mademoiselle Demazis. On croit tout à fait à sa « repentance » et à la progression de son jeu.
Patrick Chayrigues (qui ressemble de plus en plus à Charles Trénet) est aussi à l’aise en serveur, en groom ou en comédien-barbon ou en … Napoléon... (Si si…)
Simon Gabillet et Jean-Benoît Souilh ne laissent pas leur part au chat en interprétant les autres rôles avec eux aussi beaucoup d’énergie et de conviction.
Je ne passerai pas sous silence la très jolie création musicale, dans l’esprit des années 40, que l’on doit à Polérik Rouvière assisté de Loïc De Oliveira. Cette création participe pleinement au succès de cette entreprise dramaturgique.
Voici donc une réussite de tous les instants.
Un théâtre drôle et émouvant, généreux et sensible. Tout ce qu’on aime !
Un autre spectacle incontournable de ce début de saison !