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Le malade imaginaire

© Photo Y.P.

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Les nouveaux clystères de Paris !

60 ans, plus de 10 000 représentations…
Ca se fête, non ?

C’est en effet à une véritable fête du Théâtre que Francis Perrin nous convie, avec sa mise en scène lumineuse et on ne peut plus intelligente du dernier chef-d’œuvre de Jean-Baptiste Poquelin.
Un Malade d’anthologie, de ceux qui traduisent parfaitement et le plus fidèlement possible les intentions et les volontés du Patron.

M. Perrin se l’est jouée classique et c’est tant mieux.
Le beau décor de Jean-Michel Adam, les somptueux costumes (et c’est un pléonasme sous mon traitement de texte) de Jean-Daniel Vuillermoz, tout ceci nous renvoie au grand siècle, celui du roi-soleil.
Je n’aurai garde d’oublier la jolie musique fort signifiante de Michel Winogradof, mêlant notamment un délicat menuet très XVIIème à de la musique populaire d'alors, sans oublier une pièce un peu mystérieuse pour le ballet final.

L'Argan de Francis Perrin est de ceux que j’adore.
J’ai totalement perçu la dimension enfantine de cet homme qui finalement n’a peur que d’une chose : la camarde, la faucheuse.
Sa façon de trépigner, d’être tout penaud de se retrouver pris en faute, tout ceci nous renvoie véritablement à l’enfance. Oui, un homme d'un certain âge redevenu môme à cause de sa névrose…

On comprend cette dimension-là également dans un runing-gag très subtil concernant la façon qu’ont certains personnages d’asseoir le patriarche sur le célèbre fauteuil. Je n’en dis pas plus et vous laisse découvrir…

Certes, il nous fait rire, cet hypocondriaque, (ai-je besoin de rappeler ici la fabuleuse vis comica de M. Perrin…), mais le metteur en scène a bien compris que c’était surtout les autres personnages qui devaient faire rire le public.

Sa façon de s’emporter, ses petits cris, ses mimiques désabusées ou désolées, sa gestuelle très subtile, toute en finesse, tout ceci force le respect !

 

Un aspect burlesque règne souvent, avec des situations corporelles jubilatoires. On ne la fait pas à Francis Perrin : un comédien, c’est une voix, mais c’est aussi et peut-être surtout un corps sachant se mouvoir dans un espace contraint.


Deux autres camarades de jeu, à ses côtés, viennent compléter la leçon d’interprétation.

Nathalie Cerda est une merveilleuse Toinette, archétype même de la servante moliéresque, celle qui dirige véritablement les débats.
C’est un bonheur de la voir jouer cette femme vive, rouée, espiègle, maligne et qui ne s’en laisse pas compter.
Son jeu emporte une totale adhésion. La comédienne nous passionne, et chacune de ses apparitions nous ravit.
Sa scène en faux médecin est un immense moment de comédie.

Et puis un autre qui ne donne pas sa part au chat, c’est un habitué de ces colonnes, à savoir Eric Laugérias, qui une nouvelle fois s’est surpassé.
Lui, il interprète Béralde, le frère d’Argan.

Son duo avec Francis Perrin est immense, notamment dans cette scène III de l’acte III, celle où les deux hommes confèrent de la médecine.
Une profondeur rarement égalée se dégage de ce dialogue, impressionnant d’intensité. On entendait les mouches voler !

C’est bien simple, tout apprenti comédien devrait venir voir jouer ce trio d’anthologie.

Du grand art, vraiment !

Le reste de la petite troupe est à l’avenant, avec de très jolies moments dramaturgiques.
La fête, c’est en famille, et nous ne sommes donc pas étonnés de trouver au côté de Francis, Jeanne, Louis et Clarisse Perrin qui est également assistante à la mise en scène.

Cette dernière, outre le rôle d’Angélique, (elle est irréprochable), interprète celui de la petite Louison, avec beaucoup d’humour. Elle aussi nous fait bien rire.

Tout comme Louis, en Thomas Diafoirus, parfaits benêt zozoteur et empoté chronique. Un autre runing-gag, mêlant voix et doigt est lui aussi irrésistible.

Le ballet final est parfaitement négocié, avec une sorte de grande puissance délicate. Les lumières de Jacques Rouveyrollis (décidément, la production n’a reculé devant aucun talent) participent pleinement à la réussite de cette scène.

Faut-il s’étonner qu’une véritable ovation vienne saluer la représentation ?
En ces temps de rentrée, il faut absolument emmener tous les nouveaux collégiens voir cette version du Malade imaginaire, qui prouve à l’évidence que l’héritage du Patron est entre de très très bonnes mains.
Quant aux plus grands spectateurs, ceux-là prendront eux aussi beaucoup de plaisir durant ces deux belles heures de Théâtre.

Un moment très émouvant vient conclure la soirée. Là encore, vous n’en saurez pas plus !

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