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Le cas Dominique

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

Dominique, nique, nique,
S’en allait en consultant…

Assister à ce très beau moment dramaturgique, c’est postuler que tout texte peut être adapté au théâtre, y compris les essais psychanalytiques, même ceux de Françoise Dolto.
Passer au gueuloir la parole de quelqu’un qui en principe se tait et écoute.

Une fois que l’on a pris en compte et accepté cette dimension-là, on ne peut qu’être admiratif devant cette adaptation par Nathalie Boutefeau d’un « best-seller » de Mme Dolto, qui nous présentait au milieu des années 60 le cas de Dominique, cet ado de 14 ans, atteint d’une profonde psychose.

Le 15 juin 1965, Dominique et sa mère franchissait pour la première fois le seuil de la psychanalyste.
Nous autres spectateurs allons assister aux quinze séances qu’a duré tout le travail thérapeutique.
La metteure en scène Nathalie Boutefeu a donc suivi la temporalité des faits, les séances étant pratiquement toutes annoncées au lointain, au moyen de titres projetés.

Concernant les entretiens avec mère et enfant, Dolto nous apprenait notamment dans cet ouvrage que le psychanalyste devait parler à la mère pour que celle-ci puisse dire ce qui peut provoquer angoisse et symptôme chez l’enfant. Mais aussi et surtout, le psychanalyste devait s’adresser à l’enfant lui-même afin de le reconnaître comme sujet d’un désir.

Une parole émergente, par le biais d’une très subtile maïeutique qui va donc se mettre en place, avec les personnages principaux de cette histoire vraie.

Dominique c’est l’époustouflant Lucas Bottini.
J’avais rencontré ce jeune comédien, je vous le rappelle, à l’école du Lucernaire, animée par Florence Le Corre et Philippe Person.
Voici ce que j’écrivais alors : Lucas Bottini, [...] campe un Puck survolté et survitaminé, toujours juste lui aussi. J'avais déjà beaucoup aimé sa prestation dans le Dindon, l'an passé, sur cette même scène. […] .Nul doute que j’aurai l’occasion de reparler de lui…

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

Dans ce spectacle Lucas Bottini est absolument formidable, merveilleux de vérité et de justesse.
Tour à tour émouvant, drôle, touchant, il illumine purement et simplement le plateau lors de ses très nombreuses interventions.

Il confère à son personnage qui souffre une magnifique humanité. On se prend très vite d’affection pour ce gamin malade. (Je n’entrerai ici dans aucune analyse psy... ! )

Sans jamais verser dans un pathos de mauvais aloi, il nous émeut énormément.
C’est bien simple, nous sommes pendus à ses lèvres, nous sommes complètement accrochés à ce qu'il nous dit et nous montre.
Avec un texte difficile, il atteint une magnifique profondeur de jeu.
Il interprète également un autre personnage, que je vous laisserai découvrir.

Françoise Dolto, c’est Bernadette Le Saché.
La comédienne que j’avais laissée la saison passée au Studio Hébertot pour Nage libre interprète l’analyste avec beaucoup de finesse.


Regarder ! Ecouter ! Analyser ! Les trois verbes « professionnels » du métier.
A ce sujet, je vous conseille notamment de ne surtout pas manquer son tout premier regard sur son jeune patient. C’est un grand moment de jeu.
Sans rien dire, elle réussit à faire passer quantité d’émotions. Du très grand art !

Je ne suis pas suffisamment qualifié pour savoir si la vision de la metteure en scène et de la comédienne correspond à ce que doit être une psychanalyste.
Ce que je sais, en revanche, c’est que j’ai totalement cru, là aussi, à son personnage, bouleversant d’empathie envers Dominique.

Dans une scène, elle est confrontée à son répondeur téléphonique, et c’est merveille de la voir réagir aux propos sidérants de son correspondant. Là encore, je ne spoilerai pas davantage !

Le duo fonctionne de façon merveilleuse. La relation soignant-soigné est ici aussi intense que profonde.

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

Et puis la mère.
Nathalie Boutefeu interprète elle-même ce rôle difficile.
Elle aussi a su placer le curseur à son exacte position.
Rôle difficile, en effet, parce que le personnage est en en grande partie responsable de la psychose de son fils.

Elle est en permanence sur le fil, mielleuse ou désespérée, compatissante ou détestable...
Une troisième composition épatante.

Un tonnerre d’applaudissement accueille les comédiens dès le premier salut, des applaudissements amplement mérités.

Cette ambitieuse entreprise dramaturgique constitue un fort beau moment de théâtre, que je vous conseille vivement ! 

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