10 Septembre 2026
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Bienvenue au (très) grand échiquier !
Les noirs : Rousseau.
Les blancs : Diderot.
A moins que ce ne soit l’inverse.. .
Ce qui est certain, c’est qu’une formidable partie nous attend !
Franck Mercadal a écrit une remarquable comédie littéraire, philosophique et burlesque, autour de ce hypothétique match d’anthologie qui va opposer deux anciens potes, désormais brouillés.
Jean-Jacques Rousseau publie à partir de 1765 Les confessions, une espèce d’autobiographie, qui couvre les cinquante-trois premières années de sa vie.
Dans cette œuvre, il va en quelque sorte régler ses comptes avec Denis Diderot.
Les deux philosophes se rencontrent en 1742, s’estiment, et ne se quittent plus. Leurs fameux dîners à l’hôtel du Panier fleuri, au cours desquels avec leurs collègues philosophes Condillac et d’Alembert, ils réinventent le monde, ces dîners sont entrés dans la légende.
Pourtant, les deux augustes penseurs vont se brouiller de façon irrémédiable.
L’auteur imagine donc les retrouvailles des deux ex-potes, dans un cabaret fermé pour cause d’inventaire, autour d’un échiquier.
Le décor est planté.
Autour de cette table et de ces pièces dont nous avons nous autres spectateurs du mal à distinguer la couleur (le parti-pris est épatant…), se déroulera une joute verbale intense, réjouissante, jubilatoire même, un combat de mots, de concepts.
Dans une écriture vive, enjouée, faite de formules qui font mouche à tous les coups, Franck Mercadal nous embarque dans cette lutte entre deux immenses intellectuels. Nous comprenons très vite qu’il est un fin connaisseur de l’œuvre, de la personnalité et de l’histoire des deux personnages.
Théâtre dans le théâtre.
L’une des grandes réussites de ce texte réside dans le fait que ces deux personnages illustres, sont évidemment interprétés par deux comédiens, que l’auteur fait intervenir en tant que tels.
Des adresses au public hilarantes, des apartés, des réflexions sur le métier, sur l’art dramatique, mais aussi de très fines analyses quant à notre plus contemporaines des contemporanéités, tout ceci attend les spectateurs. (Un certain pouvoir jupitérien en place pour encore quelques mois en prend pour son grade, et c'est jouissif !)
D’une certaine manière, cette pièce est politique, au sens noble du terme.
Nous est en effet proposée une réflexion particulièrement intéressante et une mise en abyme quant à la notion d’intégrisme et de fanatisme.
Il est bien rappelé que l’Église du milieu du XVIIIème siècle voulait se servir de Rousseau et de ses attaques à l’encontre de Diderot et des Encyclopédistes pour obliger le roi à faire interdire L’encyclopédie. Purement et simplement.
Comme tout ceci est bien vu !
Deux comédiens particulièrement investis vont interpréter ces deux illustres personnages.
L’auteur et le metteur en scène en personne. Franck Mercadal et Grégory Baquet.
Les deux sont en permanence dans le registre des grands duos d’acteurs, dans un affrontement textuel qui nous ravit en permanence.
Dès les premières répliques, il sera impossible de se détacher de ce qu’ils vont nous dire et nous montrer.
La mise en scène est donc articulée en grande partie autour de cette table-échiquier.
On va beaucoup tourner non pas autour du pot, mais autour d’elle.
Tout ceci est millimétré, avec beaucoup de finesse et d’intelligence là-aussi.
Voir jouer les deux comédiens est un véritable bonheur de tous les instants.
Ils nous émeuvent, ils nous font rire (beaucoup), ils nous captivent, ils nous interpellent, nous provoquent gentiment, et surtout, ils nous passionnent !
Il faut noter qu’un troisième personnage interviendra en temps et en heure voulus, alors que nous ne nous y attendons pas du tout. Tom Bouchardon aux manettes est lui aussi en pleine forme ! Et non, vous n’en saurez pas plus !
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Et puis une scène déclenche les fou-rires. Une scène musicale, une scène désopilante, mêlant rap, métal et Guy Béart. Si si, c’est comme je vous le dis ! (
Il faut absolument aller découvrir ce spectacle comico-phisophique d’excellent tenue. L’un de ceux que l’on n’oublie pas !
C’est brillant !
Quant à ceux qui ignoraient le nombre de cheminées du Château de Versailles, ceux-là repartiront beaucoup plus savants du Lucernaire !
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Il faut noter que le texte de la pièce est édité aux éditions L'Harmattan, y compris en version numérique.
https://www.editions-harmattan.fr/catalogue/livre/la-raison-du-plus-fou/75828?srsltid=AfmBOoo9YyTERL98rsaGgWAZaqx0xShIZ0OM6eEV15ilpPyOpNkplaK-
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LA RAISON DU PLUS FOU, Rousseau VS Diderot - Lucernaire
Une comédie savante raisonnablement folle. Entre réflexion politique et satire contemporaine.