Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

4.48 Psychose

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

Comme une évidence…
L’histoire dramaturgique de ces deux là ne pouvaient se terminer sur ces mots : « Ecoutez-moi, je vous en supplie ».

Ces mots, ce sont ceux qui concluaient L’amante anglaise, de Marguerite Duras.
Jacques Osinski et Sandrine Bonnaire nous avaient alors donné comme un rendez-vous. Une évidence, vous-dis-je…

Ou comment aller de plus en plus en avant dans l’exploration d’un texte de femme.

Ou comment prolonger un cri, comment retrouver un être incompris, quelqu’un selon les mots de Jacques Osinski affronte « une volonté et un empêchement d’exister ».

Un texte unique. Un texte définitif. Un texte d’un être humain qui dans quelques heures, à 4 h 48 précisément, se suicidera.
L’histoire de Sarah Kane, qui choisit d’en finir à l’âge de 28 ans, auteure de cinq pièces majeures, dont la première, Anéantis, qui fit scandale théâtral lors de sa création.

4.48 Psychose a été jouée après sa mort, apparaissent pour nombre de critiques comme son testament.

Quelqu’un est face à nous. Souffrant de troubles psychologiques importants.
Voici comment Sarah Kane elle-même abordait son texte, dans le livre de Graham Saunders « Love mo or Kill » : « Ca parle d’une grave psychose, qui touche l’esprit de quelqu’un pour qui les barrières entree la réalité et les méandres de l’imagination ont totalement disparu. »

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

Devant nous, un homme ou une femme qui souffre, décidé à en finir.
Ca pourrait être plusieurs hommes plusieurs femmes…
Le texte ne comporte aucune didascalie, une sorte de poésie composée d’une voix unique ou plurielle…

Pour le metteur en scène, il s’agit d’une « symphonie solo », reprenant ainsi un propos du texte. L’image est particulièrement cohérente.
Ce texte comporte en effet plusieurs mouvements de grande ampleur, et est portée par une impressionnante soliste.

Sandrine Bonnaire.
Celle avec qui Maître Jacques a décidé de poursuivre une intense relation professionnelle.
Comme celle qui le conduit à travailler souvent avec Denis Lavant.
Une osmose entre un metteur en scène et son interprète, les deux au service de textes exigeants et d’auteurs majeurs.

Tout le monde ne peut s’approprier les mots de Sarah Kane.
La voix ! Unique et reconnaissable entre toutes.
Mademoiselle Bonnaire va nous donner une véritable leçon.

Durant une heure et vingt minutes, elle va nous fasciner à incarner ce personnage au bord du gouffre, un personnage nous disant ce qu’il pense être sa vérité, un personnage qui sait qu’il en finira à 4 h 48.

La comédienne a donc fait siens des mots de Sarah Kane (dans une belle traduction de Vanasay Khamphommala qui nous fait redécouvrir la pièce.)
Dans un silence des plus intenses, les spectateurs sons suspendus à ses dires.
Elle nous emporte sur une sorte de propos introspectif, elle nous dit les dires enfermés dans une tête, jusqu’à la disparition finale et définitive.

Parfois, le personnage dialoguera avec son médecin, celui qui l’interroge, celui qui selon elle l’a trahi.
Ce médecin, c’est Frédéric Leidgens, dont le visage apparaîtra derrière elle en très gros plan. La mise en scène millimétrée permet un dialogue entre les mots pré-enregistrés et ceux de Sandrine Bonnaire. Du grand art.

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

La création vidéo de Yann Chapotel est on ne peut plus signifiante, avec notamment l’expression du traitement thérapeutique de la patiente, sans oublier la description de séjours à l’hôpital et l’administration de lourds médicaments dont la Thorazine, surnommée parfois la « lobotomie psychique ».

Sandrine Bonnaire nous bouleverse, à jouer la colère, le désespoir le plus profond, interprétant cette écriture théâtrale hors-norme, explorant les moindres recoins d’un effondrement psychique dont nous savons l’issue dès les premiers mots.

Ou comment explorer magistralement la folie.
Une immense comédienne nous offre une immense interprétation. Ici, nous sommes au-delà simplement des mots.

Devant nous, se joue l’incarnation physique d’une parole psychologique troublée.

Il faut absolument découvrir ce spectacle qui ne peut laisser personne indifférent.
Un très grand moment de théâtre !

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article