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Rowlands et Cassavetes

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

And... Action !


Qui donc a décrété que cinéma et théâtre ne faisaient pas bon ménage ?
Certainement pas Than Lai et Nicky Naudé, qui nous proposent à l’Essaïon une épatante évocation d'un couple légendaire, un binôme mythique du septième art, John Cassavetes et Gena Rowlands.

Ici, durant une heure passionnante, il sera certes question pour les deux comédiens d’incarner les deux personnages sus-nommés, mais il s’agira surtout pour eux de mettre en perspective non seulement leur relation amoureuse mais également professionnelle à travers le prisme de la vision qu’avait John de son métier de réalisateur et de comédien.

En effet, un véritable hommage sera rendu à Cassavetes, celui qui a inventé aux Etats-Unis de nouveaux codes cinématographiques, influençant et ouvrant ainsi la voie à de nombreux petits jeunes qui sont devenus par la suite des monstres sacrés, à l’image d’un certain Scorsese…

Les deux comédiens se sont glissé dans la peau de cette homme et cette femme hors du commun pour nous raconter à travers une relation très souvent ô combien tumultueuse une époque et une vision très précise de la conception de son art par Cassavetes.
Ce n’est pas par hasard que tout commence avec les mots en off d’un certain comédien spécialisé dans les westerns devenu le 40ème Président des USA.


Than Lai et Nicky Naudé deviennent véritablement Gena et John.
Outre l’indéniable ressemblance physique assumée, les deux vont incarner ce couple avec une puissance et un engagement jamais pris en défaut.
On se prend très vite à être passionné par ce qu’ils nous racontent et nous montrent.
Nous avons vraiment l’impression de partager des moments intimes ou publics des deux personnages.

A un certain moment, une imitation jubilatoire d’un illustre comédien, membre de la « bande » à Casavettes nous fera bien rire.

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

Le propos dramaturgique s’articule autour de plusieurs moyens de narration.
Tout d’abord par le biais de scènes qui nous montrent le quotidien agité (c’est un euphémisme... ) des deux artistes du septième Art.
Nous suivons attentivement cette relation à la fois très forte et tourmentée.
(La ligne budgétaire costumes a dû représenter un poste important de la production, car les changements d’apparence seront très nombreux !)

Autre parti-pris : des monologues qui viennent nous rappeler les engagements artistiques mais aussi les réflexions quant à la difficulté de vivre ensemble, de travailler ensemble…
La mise en perspective évoquée un peu plus haut passe aussi par la re-création de scènes cultes de films tournés ensemble.

Et puis à plusieurs reprises, nous assistons au point de vue de Miss Rowlands, par le biais d’interviews qu’elle a pu accorder aux médias américains.

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

Nicky Naudé qui a mis en scène lui-même la pièce, a opté pour une multitude de saynètes séparées par des noirs-plateau.
Les fidèles lecteurs savent mon peu de goût pour ce procédé.
Or, ici, force est de constater que ceci relève d’une belle réussite : si ces noirs permettent les nombreux changements de costumes évoqués un peu plus haut, ils permettent surtout d’ouvrir grands nos oreilles.

En effet, ce spectacle doit également s’écouter très attentivement.

Il y a même parfois une dimension radiophonique dans tout ceci, qui moi m’a ravi !

Des sons, des musiques, des voix-off permettent eux aussi de nous plonger dans ces années particulières, et dans les processus de création artistique.
Un très important et très judicieux travail de pré-production sonore a été ainsi réalisé.

Rowlands et Cassavetes

La création lumière relève également d’une belle réussite : de multiples ambiances sont recréées avec assez peu de moyens techniques, mais avec beaucoup de goût.

On l’aura compris, si vous restez à Paris et ne cédez pas aux sirènes avignonnaises, ne passez pas à côté de ce très beau moment de théâtre.

Quant aux fans de George Benson, ceux-là se régalent !

And… Cut !

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