9 Juillet 2026
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Il est malade, complètement malade…
Vraiment malade ?
Même dans un univers steampunk, Argan est toujours un aussi imaginaire malade.
Et ce, pour notre plus grand plaisir !
C’est en effet dans ce monde étrange et uchronique, dans cette esthétique à mi-chemin entre Jules Verne, Albert Robida ou Herbert-George Wells qu'Alice Raingeard nous propose une version à la fois réjouissante, ébouriffante et pour tout dire passionnante du dernier chef-d’œuvre du grand Jean-Baptiste.
L’univers steampunk et ses personnages très codifiés (les grands de ce monde infatués et sûrs d’eux, les petites gens malins et débrouillards, et surtout les scientifiques plus ou moins fous et déjantés…), cet univers-là se prête très bien à la transposition du Malade.
Il me faut immédiatement louer Christine Vilers pour ses magnifiques costumes, ainsi que pour l’épatante scénographie.
Lorsque nous arrivons dans la salle rouge du Lucernaire, nous sommes en effet saisis par l’accumulation de postes de radios anciens transformés en espèces de machines étranges, dont on ne sait pas trop à quoi elles peuvent bien servir.
D’autres surprises nous attendent dans ce magnifique décor. Et non, vous n’en saurez pas plus...
Mademoiselle Raingeard a bien compris que les grands auteurs sont faits pour être chahutés, à condition d’en respecter le propos.
Ici, c’est pleinement le cas.
Une cohérence dramaturgique de tous les instants va régner en maîtresse !
Tout en adaptant avec des parti-pris qui vont fonctionner pleinement, tout en ajoutant deux personnages, tout en faisant interpréter le spectacle par seulement quatre comédiennes et comédien, la metteuse en scène nous embarque dans cette comédie avec à la fois beaucoup de finesse et une vraie vision dramaturgique à la fois burlesque et satirique.
Deux personnages supplémentaires, donc : Polichinelle et Dorine, deux serviteurs, raisonneurs et philosophes, des valets de comédie entreprennent de jouer un tour pendable à Argan, afin de dénouer de la plus belle manière qui soit l’intrigue « médicinale ».
Le texte ajouté « à la manière de Molière » pour l’occasion est parfait. Au fond, est poursuivi le principe du prologue et des intermèdes voulus par M. Poquelin.
Texte intégrale de la pièce ensuite, interprété par les seules et seuls ainsi qu’excellents Alice Raingeard en personne, Marion Champenois, Boris Ravaine et Jacques Trin.
Les quatre ne vont ménager ni leur énergie, ni leur puissance comique, ni leur engagement physique pour entrer dans la peau de ces archétypes.
Le burlesque va régner en maître !
Ici, nous est proposé un théâtre du corps.
Le texte certes, est bel et bien là, mais les membres de la Compagnie du Néant savent bien l’importance du corps dans le métier de comédien.
De magnifiques scènes loufoques, toutes très drôles nous attendent.
Les quatre protagonistes se transforment presque en toons de Tex Avery ou de Chuck Jones.
Les corps ne font pas que parler. Bien au contraire.
On tombe, on se relève, on s’attire, on se repousse, on s’étreint à bras le corps, on se frappe (la scène est très réussie !), on court, on se poursuit en tournant autour du meuble principal...
Tout ceci est véritablement jubilatoire, tout en restant totalement fidèle à Molière.
Marion Champenois est notamment une servante de comédie exemplaire. Sa Toinette est toute en puissance et en finesse. La comédienne excelle dans ce rôle demandant beaucoup d’énergie et d’engagement de tous les instants.
La scène dans laquelle elle incarne le « faux » médecine est un modèle du genre !
Boris Ravaine, aux faux airs de l’humoriste belge François Damiens avec son étrange bonnet sur la tête, campe brillamment Argan. (Lui seul jouera un unique rôle.)
Lui aussi est irréprochable en hypocondriaque invétéré. La scène du clystère est hilarante !
Pour autant, il sait que ce n’est pas le personnage qui doit faire le plus rire. On est parfois fort ému par cet homme qui finalement a tellement peur de la camarde...
Quant à Jacques Trin, c’est bien simple, il est impayable, notamment dans un rôle « transgenre », ainsi qu’en Thomas Diafoirus. Je ne spoile pas davantage.
C’est un vrai bonheur de le voir et de l’écouter interpréter tous ses personnages !
Quelle vis comica, quelle puissance comique ! Qu’est-ce qu’il nous fait rire, jeunes et moins jeunes spectateurs ! Il est vraiment magnifique !
Alice Raingeard n’est pas en reste, elle qui confère à ses personnages à elle une belle humanité, notamment en ce qui concerne Angélique.
Elle aussi ne ménage pas ses effets comiques, notamment en interprétant le père Diafoirus.
Vous l’aurez compris, il faut absolument assister à cette adaptation particulièrement réussie, de celles qui restent dans les mémoires.
Les spectateurs ne s’y sont pas trompés qui ont ovationné hier la petite troupe. Comme c’est mérité !
Le spectacle se joue jusqu’au 30 août.
Vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas !
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LE MALADE IMAGINAIRE - Lucernaire
Quand Molière rencontre le cabinet de curiosité, la satire devient délicieusement moderne.