29 Juin 2026
La contrebasse, c’est très bien, mais bon…
On dira ce qu’on voudra, mais le violoncelle, c’est quand même… très bien aussi !
Tout comme un certain Ron Carter, William Brunard a commencé par apprendre le violoncelle, pour ensuite se mettre à la « grand-mère ».
On se souvient de ses nombreuses prestations ici même au Festival Django Reinhardt. Je l’avais laissé quant à moi au studio Sextan, en mars dernier, pour la présentation du dernier album en date de Birelli Lagrène.
C’était ici :
https://delacouraujardin.over-blog.com/2026/03/bireli-lagrene-en-concert-au-studio-sextan.html
Violoncelle et jazz ? La question ne se pose même plus.
Dans ce nouveau projet, illustré par un formidable album sorti voici presque une année, William Brunard nous démontre s’il en était encore besoin cette évidence.
Ici, le violoncelle se retrouve au service d’un jazz résolument manouche.
Dans un style très « grapellien », le musicien a su rendre hommage à cette musique si particulière, vectrice d’une joie intense, d’un pur bonheur, et parfois d’une douce mélancolie.
Les sonorités sensuelles, les notes veloutées du medium-grave, les glissandi suaves, la très grande virtuosité, tout ceci convient fort bien au propos jazzistique.
Le swing. Encore, toujours. A jamais.
La pulsation intense, la rythmique immédiatement reconnaissable, le sens de la fête, le plaisir de jouer, tout ceci va passionner le public de connaisseurs venu nombreux, bravant la canicule.
Des spectateurs dont les éventails vont rythmer les compositions ou les reprises du violoncelliste.
A ses côtés, d’autres pointures de la discipline.
On ne présente plus Fanou Torracinta, magnifique guitariste soliste, autre habitué du festival bellifontain.
A la seconde guitare, Benji Winterstein assure de façon à la fois légère et intense la pompe !
Une rythmique de braise complète le plateau, en les personnes de Jonathan Gomis à la batterie et d’Esteban Felix à la contrebasse.
A ce propos, il sera d’ailleurs réjouissant de suivre William Brunard écouter avec un grande attention et en connaisseur les solos particulièrement inspirés du contrebassiste !
De grands moments musicaux nous attendent.
Nous ressentons pleinement l’intensité et la musicalité qui se dégage de cette proposition artistique, où il est également question de rendre hommage aux grands « anciens », en commençant par le patron Django en personne, mais aussi aux grands contrebassistes amoureux du violoncelle. On pense évidemment à Oscar Pettiford, Ray Brown ou encore Dave Holland.
Le discours musical est particulièrement bien articulé, au service du propos. Les échanges sont nombreux, jubilatoires. Ces cinq-là se connaissent bien, et prennent un plaisir évident à jouer.
J’ai particulièrement apprécié la reprise de cette magnifique valse, Lotus Blossom, écrite par l’immense Billy Straithorn. Que de nuances, de délicatesse ! Un vrai moment de grâce !
Tiens ! Un blues au titre qui sonne comme un avertissement pour tous les musiciens : « We never see each other ! ». On ne se voit jamais.
Un moment d’une grande émotion : William Brunard a choisi de reprendre l’unique composition de son arrière grand-père, qui aurait tant voulu devenir un compositeur reconnu. El capuz de la noche !
Un titre qui sonne presque comme un paso-doble, au dépouillement épatant.
Le titre sera très applaudi !
Voici maintenant Time after Time !
Cindy Lauper ? Que nenni ! (Un titre pourtant repris comme chacun sait par un certain Miles Davis…)
Non, il s’agit d’un standard composé en 1946 par Jule Styne.
Un magnifique boléro, chaloupé à souhait. Des spectatrices dansent…
Les éventails continuent de plus belle à marquer le rythme !
Et puis, timing serré du festival oblige, voici le dernier titre.
We’ll swing !
Un rythme endiablé, des notes qui déferlent sur nous autres spectatrices, sans jamais pour autant tomber dans un excès bavard, tout ceci clôt le concert à la manière d’un bouquet de feu d’artifices.
Le quintet sera chaleureusement applaudi : nous sommes tous conscients d’avoir vécu un passionnant moment musical, une proposition qui restera dans les âmes et les cœurs.
Vive le violoncelle au service du jazz !