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Le chanteur en perdition

© Photo Y.P.

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Va l’air, va l’erre, Valère !

Au Théâtre du Chariot, Dominique Parent et Lucie Taffin rendent un magnifique et vibrant hommage au dramaturge Valère Novarina, celui qui décida sans autre forme de procès de rejoindre Ionesco, Vinaver, Jarry et tous les autres en janvier dernier.

Valère Novarina, ou le tourbillon brûlant des mots, la puissance phénoménale du verbe, la force intrinsèque de la phrase, et l’intensité exacerbée de l’écrit. Sans oublier le bruit assourdissant des silences.
Ou comment passer des textes du dramaturge aux chansons réalistes et irréalistes à la fois.

Dominique Parent est indissociable du théâtre de Valère Novarina. A de multiples reprises, le comédien fut parmi ceux qui empoignèrent à bras le corps ses textes.
Il est donc très émouvant d’assister à ce spectacle, où celui qui côtoya tellement de fois le très regretté auteur nous dit ses mots en les chantant.

Ce spectacle est en effet musical.
Après avoir choisi un florilège de texte, il a fallu les mettre en musique.
C’est Christian Paccoud qui s’en est chargé.

Durant une heure et dix minutes, nous allons entendre pour notre plus grand plaisir des chansons pratiquement enchaînées les unes aux autres, qu’interprètent donc Dominique Parent et Lucie Taffin.
Des pièces dans la veine de celles des grands auteurs-compositeurs-interprètes que furent Jean-René Caussimon, Mouloudji ou Serge Rezvani.

L’adaptation est subtile et particulièrement réussie. La forme épouse parfaitement le côté « torrent verbal » novarinesque.

Les rythmes sont ceux de la musique populaire, ce qui sous mon traitement de texte est une vraie et grande qualité.
Des rythmes populaires et non populistes. Des valses, des fox-trots, des mazurkas, des polkas ou des tangos.

© Photo Y.P.

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Des chansons réalistes et irréalistes donc.
Des petits morceaux de vie qui au fond, nous parlent de la condition dérisoire de l’humanité, de l’illusion humaine de grandeur de l’existence, de la relativité de la place de l’homme au sein d’un grand Tout.

Et ce, de façon souvent très drôle. Comme si le côté pathétique, au sens premier du mot, était passé à la moulinette de l’humour et de la dérision.

Le baryton et la mezzo-soprano vont nous enchanter.
Leurs deux voix s’accordent à merveille, parfois à l’unisson, parfois à la tierce. Nous serons même à quelques reprises dans le registre de la goualante. Tout ceci est d’une très belle cohérence.

 

© Photo Y.P.

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Mademoiselle Taffin est également une accordéoniste virtuose (je pèse cet épithète pour avoir péniblement tâté moi-même naguère du soufflet à punaises…)
Avec son Saltarelle chromatique quatre rangées, aux quatre-vingt-quatre basses composées, elle pose ses notes et le souffle de l’instrument sur les mots de la plus belle des façons qui soient.

De très grands moments nous attendent.
Sous le regard extérieur de Nicolas Struve, qui avait laissé son grand manteau rouge au théâtre Hébertot, les deux artistes se sont concocté une dramaturgie à la fois poétique et burlesque. Le récital est avant tout basé sur un travail dramaturgique très abouti.

Ils arrivent du fond de la salle, queue de pie et pantalon blanc très court pour lui, gilet noir et jupe de dentelle écrue pour elle.
Deux saltimbanques, deux clowns presque, un Auguste et une clown blanche.
Deux figures de la scène, en tout cas.

Au bout d’une demi-heure, les deux ramèneront leur fraise de derrière les panneaux blancs décorés de figures musicales. Des panneaux qui réserveront d’ailleurs d’autres surprises…

Dominique Parent va nous ébahir d’une longue, très longue, très très longue tirade. Un texte que seuls les grands diseurs peuvent s’approprier. C’est sidérant. Tous n’en croyons pas nos yeux et oreilles !

© Photo Y.P.

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« C’que je veux, prête-me-le », « l’homme n’est pas bon, nom de nom », « j’ai beaucoup vécu, j’ai pas été déçu », « Le reclus d’Oléron », autant de petits bijoux qui témoignent de l’unique et singulier rapport de Novarina à la langue.

Tiens, une citation : une réappropriation de la chanson de Berthe Silva, Du gris

Sidérante et jubilatoire également cette chanson consacrée à la conjugaison des verbes croire, clouer, croître, coudre. Les amateurs de l’imparfait du subjonctif se régalent !
Tout comme ceux qui détestent, les chiffres, les nombres et autres données numériques. Je vous laisse découvrir.

Dominique Parent et Lucie Taffin seront ovationnés, avec des « Bravo » qui fusent, dont ceux de votre serviteur.
Ne passez surtout pas à côté de cet hommage musical rendu à l’une des grandes figures du théâtre contemporain.
Vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas !

© Photo Y.P.

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