4 Mai 2026
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Au Deutsches Theater de Berlin, la metteure en scène Anita Vulesica nous propose une hilarante et passionnante version de la pièce tirée du texte de Georges Perec.
Ou comment transformer pour le plateau une phrase unique qui court sur une soixantaine de pages.
Durant une heure et quarante minutes, Frau Vulesica nous transporte dans un univers digne de Terry Gilliam et des autres Monty Python réunis, pour un tsunami de burlesque le plus échevelé.
En 1968, Perec, celui de l’OULIPO, l’Ouvrage de Littérature Potentielle, celui de La disparition, celui de La vie mode d’emploi, Georges Perec donc, publiait un texte intitulé L’augmentation, qui deviendra une comédie radiophonique puis une pièce de théâtre en 1970.
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Dans cette pièce, au texte constitué d’une seule phrase, sans ponctuation, mettant en scène six personnages plus une voix off, nous voici confrontés à une tentative de demande d’augmentation par un employé lambda, faite à un chef de service.
C’est l’argument central de la pièce.
Fidèle à sa méthode dite « de l’épuisement », Perec va décliner de multiples manières cette demande d’augmentation.
La forme générale est celle d’un organigramme algorithmique, dans lequel sont évoquées toutes les possibilités de la démarche qu’un employé envisage d’entreprendre envers son supérieur, avec quantités d’options, de variables, d’alternatives et autres micro-changements.
Allant du conditionnel présent au passé composé, en passant par le futur et le présent de l’indicatif, ce texte époustouflant et vertigineux (je pèse ces épithètes) nous confronte à toutes ces variations.
L’une des grandes réussites de cette adaptation du texte français, c’est d’avoir réussi à matérialiser physiquement le PDG de l’entreprise, qui apparaitra en chair et en os sur le plateau.
Sur son fauteuil motorisé, de jardin à cour et réciproquement, méconnaissable sous un masque prothétique, Jonas Hien incarne ce big boss cynique méprisant et démagogue avec une puissance magnifique. On a envie de souffleter ce personnage !
Une autre qui prend vie sur la scène, c’est Mademoiselle Yolande, la collègue de bureau. De personnage seulement évoqué par le texte, Anita Vulesica en a fait une figure centrale de la proposition artistique.
C’est le comédien et musicien Ingo Günther qui s’y colle. En secrétaire très bien en chair, une très originale choucroute rose sur la tête, il incarne avec beaucoup d’humour cette mégère finalement très peu apprivoisée.
C’est également lui, derrière son desk, qui se charge de la création sonore au moyen d’instruments électroniques divers et variés, délivrant quantités de loops, de boucles rythmiques à la fois disco, techno, sans oublier des infrabasses et autres sons plus ou moins angoissants.
Il délaissera son bureau pour une séquence jubilatoire, un swing surréaliste qui restera dans toutes les mémoires.
Six autres membres de la troupe du Deutsches Theater incarnent les autres personnages.
Quelle vis comica, quelle puissance comique possèdent ces comédiennes et comédiens !
Tous, dans un rythme endiablé, sans nous laisser le temps de respirer, tous vont nous faire énormément rire.
Le texte, certes, mais également le corps des artistes !
Le théâtre d’Anita Vulesica est un théâtre du corps. Les corps qui s’attirent, s’étreignent, se frappent, se poussent, les corps qui tombent, se roulent au sol, se relèvent.
Toutes ces énergies pour nous dire et nous faire comprendre les multiples émotions et états d’esprit que traverse cet employé pour obtenir cette fameuse augmentation : détermination, motivation, encouragement, découragement, déprime… Tout ceci dans le rythme haletant et effréné évoqué plus avant.
Des corps qui encaissent ce que le monde impitoyable du travail leur renvoie. Des marques de bleus de plus en plus visibles viennent accentuer la violence du combat vain contre le système.
Les trois comédiennes et trois comédiens resteront la majorité du temps groupés, les six corps formant une sorte d’entité solidaire au final bien illusoire face au monde impitoyable de l’entreprise qui les exploite.
Parmi eux, un qui ne donne pas sa part au chat, c’est Frieder Landenberger, qui va pulvériser le quatrième mur, se ruant dans les travées et rangées de spectateurs, hurlant et répétant à tue-tête, comme pour se persuader et nous persuader que tout va bien dans ce monde aliénant : « Alles Okay ! ». Tout est sous contrôle ! Nous rions beaucoup à le suivre dans ce parcours énervé dans la salle.
La scénographie de Henrike Engel participe pleinement à la mise en avant de cette aliénation.
Une couleur orange dominante. Orange is the new mad… Mécanique, l’orange… Ou comment une couleur lumineuse induit un sentiment d’enfermement et de soumission à l’entreprise.
Nous sommes dans des bureaux aux cloisons translucides, aux ascenseurs inquisiteurs avec des caméras embarquées, aux poubelles elles aussi impitoyables. Les images seront retransmises en direct sur le grand écran-bureau circulaire de Frau Jolande…
Sans oublier ces espèces de pièces de mousse sur lesquelles se jettent les personnages pour se défouler...
Tout ceci témoigne d’une belle et vraie réussite visuelle.
Et puis les magnifiques costumes de Janina Brinkmann.
Les employés ont ici des allures de personnages de BD, aux épaules larges, pouvant encaisser bien des mauvais coups.
Nous comprendrons au fur et à mesure de la pièce comment sont conçus ces uniformes.
Une véritable ovation accueillera les comédiennes et comédiens, et ce, dès le premier salut.
Ce spectacle est de ceux qui marquent les esprits. Cette vision du texte de Georges Perec par Anita Vulesica est admirable !
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In Georges Perecs Stück nimmt sich ein namenloser Angestellter vor, einen besseren Lohn zu verhandeln. Doch trotz anfänglicher Entschlossenheit arbeitet er sich äußerst umständlich zu seinem Z...
https://www.deutschestheater.de/programm/produktionen/die-gehaltserhoehung