14 Mai 2026
Bodies... And Souls too !
Le quartet Bodies ouvrait la sixième journée du Festival Jazz sous les pommiers, dans le cadre d’une démarche promouvant des formations d’une autre région que la Normandie, en l’occurrence, de Bourgogne-Franche-Comté et des Pays de Loire.
Bodies, les corps.
Les corps qui bougent, et surtout qui dansent.
Dans ce tout premier album, intitulé Anti Dancing League, il est question de mouvement, de danse.
Le jazz de Bodies, exigeant, mais toujours passionnant, se revendique de grooves porteurs d’une fusion voire d’une écriture free jubilatoires.
Le tout porté par unebelle énergie, organique et viscérale.
Ici, les quatre membres du quartet se tournent vers des influences très funk, avec une écriture très précise.
Comment ne pas penser aux grands anciens que sont John Zorn, Steve Coleman, et parfois Ornette Coleman dans les développements construits par le saxophoniste Julien Behar ?
Qui dit groove dit pulsation.
Cette pulsation est assurée par un duo qui envoie une rythmique de braise et de feu.
Stéphane Decolly à la basse et Nicolas Lermignat aux drums distillent ces grooves qui font que tous les spectateurs esquissent des mouvements de danse, battant la mesure en remuant du pied, tapant parfois dans les mains.
Les deux musiciens sont de grands techniciens de leur instrument.
L’osmose est totale et procure un sentiment de rythmes implacables certes très intenses, mais surtout très élaborés.
Ici, pas de concession au « binaire disco », pourtant très en vogue sur la scène jazz contemporaine.
Au contraire, les deux délivrent beaucoup de subtilité tout en proposant de très intéressantes constructions rythmiques, énergiques, rigoureuses et très ambitieuses.
Leurs moments en solo seront très appréciés par un public de connaisseurs, rassemblé sous la toile de la salle temporaire du Magic Mirrors.
Sur ces grooves intenses, viennent se greffer le saxo de Julien Behar et les claviers de Guillaume Hazebrouk.
Sur ce magnifique background, sans pour autant relever de la dynamique « accompagnateurs-leaders », les deux vont nous ravir de leurs interventions.
Guillaume Hazebrouk, imperturbable derrière son Fender Rhodes et son synthétiseur Korg Minilogue, nous démontre lui aussi une belle technique toujours au service du propos musical.
Pas de démonstration du genre « c’est moi qui joue le plus vite de notes à la seconde » .
Le claviériste se glisse dans des harmonies elles aussi très subtiles.
Là aussi, belle complémentarité entre les claviers et le sax alto.
Les deux compères nous ravissent avec des compositions sophistiquées sans jamais être lassantes ou pédantes.
Les compositions sont très abouties, toujours originales et d’une grande précision stylistique.
On sent en permanence la cohérence du propos, sans concession, avec une volonté permanente de distiller un jazz à la fois sophistiqué et totalement accessible.
Ou comment fusionner de la plus belle des manières Jazz, mouvement et danse.
Voici donc une très belle découverte que ce groupe qui démontre s’il en était encore besoin la grande vitalité du jazz en région !
Ah ! J’allais oublier ?
Pourquoi ce titre, « Anti dancing league » ?
Il s’agit d’une référence au film muet Fatal Footsteps de Charley Bowers sorti en 1926, dans lequel l’Anti dancing League voit dans la danse et plus généralement dans tous les plaisirs, l’immoralité la plus immorale.
Julien Behar, devait conclure cette explication en rappelant que les temps qui courent étaient féconds en tentatives ici et là de restreindre toutes sortes de libertés.
Comme c’est bien vu ! Pas mieux !