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Au plus près de ces voix

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

La peur, tu connaîtras… Ou pas...

La peur…
Celle qui empêche de s’engager, d’afficher ses opinions, de manifester contre un régime liberticide.
La peur qui vous interdit d’être vous-mêmes.

Ce professeur d’histoire-géo iranien, en poste dans un lycée de Téhéran, a toujours considéré qu’il vallait mieux se montrer très prudent envers le régime islamiste.
Ce régime qui en 1979 devait renverser le pouvoir autocratique du Shah.

Lui ne s’est jamais mêlé de la chose politique mise en place par ce pouvoir religieux intégriste.
Pourtant, par son métier, par son statut d’intellectuel, il sait exactement les ignominies, les persécutions, les massacres même, perpétrés par les Mollahs.

Et voilà qu’en 2022, le soulèvement du peuple contre le pouvoir en place, aux cris de « Femme, Vie, liberté », le fait profondément douter.

© Photo Y.P.

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Toutes ces femmes, qui défilent en ayant laissé tomber leur voile, défiant au prix de leur vie les autorités, toutes ces femmes courageuses l’interpellent quant à sa propre passivité.

Ces doutes, qui lui permettent en quelque sorte d’affronter ses peurs, vont l’amener à une relecture de l’Histoire, par le prisme de la poétesse rebelle, Tahereh – Qorrat ol Ein, (1817-1852), la première femme musulmane chiite à avoir osé en 1848 retirer son voile devant une assemblée composée principalement d’hommes.
Celle qui a dit non paiera de sa vie ce geste profondément militant.

Chahla Chafiq, écrivaine et sociologue iranienne, exilée en France, a écrit ce texte, qui outre le fait d’évoquer la situation politique de l’Iran, nous pose une question fondamentale.

Que ferions nous, nous-mêmes, face à une situation de fascisme et/ou d’intégrisme religieux dans notre pays ?
Combattrions-nous ou bien nous tairions nous, comme ce professeur ?
Serions-nous prêts à nous révolter, ou bien à accepter en passant sous silence l’inacceptable ?

Nous pénétrons dans la salle du Théâtre 100 et constatons immédiatement que le plateau est vide.
Gilles David, Sociétaire de la Comédie Française et ci-devant metteur en scène du spectacle a bien compris, qu’ici, l’important, c’était le texte.
Pas besoin de décor, ici le propos dramaturgique est universel, même si l’action sera ancrée dans l’Iran plus ou moins contemporain. Il sera question de rester au plus près de la parole.

D’une redoutable efficacité, s’appuyant principalement sur la notion de rapport de distance variable entre les deux artistes, sa mise en scène sobre et épurée est particulièrement signifiante.

© Photo Y.P.

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Ce prof qui se plante devant nous et qui s’adresse à nous, c’est Jean-Paul Sermadiras, bien connu des fidèles de ce site.
C’est lui qui a demandé à Chahla Chafiq d’écrire ce texte.
Parce que l’urgence est là. Ce qui s’est passé en Iran, ce qui continue d’arriver, pourrait très bien avoir de grosses répercussions chez nous, et pas seulement en raison de questions économiques.
Au fond, il est également question dans cette entreprise artistique d’évoquer les relations entre le passé, le présent et forcément l’avenir.

Le comédien va nous subjuguer.
Ou comment nous attirer dans ses rets pour ne plus nous lâcher qu’à l’issue de cette heure que dure le spectacle.

Son adresse aux spectateurs est d’une magnifique et bouleversante intensité. Il impossible à travers son histoire et les doutes qu’il exprime de ne pas ressentir personnellement le dilemme qui s’est posé au personnage.

© Photo Y.P.

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Nous comprenons très vite grâce à lui que ce texte aura évidemment une portée politique, mais également une dimension « morale ». Ici, il évident que ce personnage n’est ni lâche ni monstrueux. Il se situe dans une zone qu’on pourrait qualifier trivialement de neutre, dans un horrible contexte qu’il connaît parfaitement.
Le comédien fait parfaitement passer cette dimension-là.

Il n’est pas seul sur scène.
Avec lui, la chanteuse lyrique Salmi Elahi. Elle incarne ici principalement le personnage de Tahereh.

Après avoir débuté très jeune une carrière de choriste à l’Opéra de Téhéran, Salmi Elahi arrive en France et passe avec succès l’audition du Choeur de l’Orchestre de Paris dans lequel elle chante depuis 2006.

Et nous d’être envoutés par la beauté de la langue farsi, la langue persanne, magnifiée par le talent de la chanteuse.
La mezzo, au timbre clair et velouté, pose parfaitement sa voix sur les mots de la poétesse assassinée.
Elle aura un geste final poignant, symbolisant le refus du voile devant les hommes. La scène est magnifique.

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

L’une des grandes qualités du texte et donc du spectacle est de poser des questions, sans donner de réponses.
Nous ne sommes pas dans du « prêt à penser », mais plutôt dans une démarche artistique qui nous propose de nous poser une interrogation fondamentale concernant notre propre positionnement politique, au sens premier du terme.

Il faut assister à ce spectacle poignant et bouleversant, que ce soit au 100ecs, ou bien à Avignon, en juillet prochain.
Ce sera évidemment un temps fort du festival.

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