4 Avril 2026
Reprise au Théâtre Traversière d'un spectacle ô combien nécessaire, empreint d'une humanité rare.
Un spectacle à ne manquer sous aucun prétexte.
Ou comment porter sur le plateau une théâtralité passionnante sur un sujet de société ô combien important, vecteur de tant de polémiques, d’interdits, de fantasmes et autres représentations erronées : la mort volontaire fait toujours aussi peur.
Voici ce que j'écrivais en novembre 2024.
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Oui aux fruits de la potion !
La potion en question, c’est celle que donnent les médecins des pays dont la législation le permet aux personnes désireuses de recourir au suicide assisté ou à l’assistance au suicide.
Une boisson létale pour ceux qui, notamment dans le cas d’une maladie incurable, veulent s’épargner d’atroces souffrances.
Faut-il rappeler qu’en France cette démarche est toujours illégale, et que les travaux législatifs à ce sujet ont été interrompus par une certaine dissolution ?
De par leur vécu personnel, Karine Dubernet et Benjamin Gauthier ont côtoyé personnellement les tenants et les aboutissants de cette question de la fin de vie choisie.
Ils ont décidé de porter sur les planches ce sujet, en adaptant le documentaire éponyme du réalisateur Fernand Melgar, produit et diffusé en 2005.
Le film est disponible en VOD gratuite ici-même :
https://www.youtube.com/watch?v=7iNYTj_G03k
Au théâtre 14, nous allons donc suivre le quotidien des membres de l’association lausannoise Exit, qui aident leurs concitoyens dans cette démarche ultime.
La Suisse est le premier pays à avoir légiféré sur cette question d’intérêt public.
Ou comment porter sur le plateau une théâtralité sur un sujet de société ô combien important, vecteur de tant de polémiques, d’interdits, de fantasmes et autres représentations erronées : la mort volontaire fait toujours aussi peur.
Une nouvelle fois, nous est démontré de façon pertinente le fait que le théâtre peut tout montrer, tout dire, tout évoquer.
Grâce à cinq comédiens d’une justesse et d’un engagement de tous les instants, nous allons côtoyer durant une heure et vingt minutes ces bénévoles volontaires répondant aux appels des postulants au suicide assisté, nous allons nous rendre compte de la grille très précise qui régit l’acceptation d’un « dossier », nous allons les voir accompagner ceux qui ne veulent plus souffrir.
Nous comprendrons leurs doutes, leurs questionnements moraux, leurs hésitations parfois.
Et puis, surtout, nous ferons la connaissance de Michèle, décidée à franchir le pas, coûte que coûte, irrémédiablement.
Définitivement.
Va régner durant ce spectacle un sentiment d’humanité rare. Ici, la vie sur scène nous parle de la mort.
Une incroyable délicatesse existera en permanence. Les choses sont dites, sans pathos de mauvais aloi.
Un humour salutaire est également présent.
Parce que rire permet aussi d’aborder sereinement le sujet. Des situations montrées sont en effet porteuse d’un humour léger mais qui fait mouche à tous les coups.
Le rire nous offre aussi la possibilité de décompresser, de prendre du recul par rapport à certaines situations dramatiques évoquées sur le plateau.
Le metteur en scène et comédien Charles Templon a pris l’adaptation du documentaire à bras le corps, et nous propose un spectacle empreint d’une humanité rare.
Plusieurs parti-pris très judicieux vont régir ces quatre-vingts minutes de beau théâtre.
Le premier est d’avoir opté pour un spectacle sans sorties de comédiens, toujours tous présents sur le plateau.
Une ligne blanche délimite l’espace de jeu. Les acteurs et actrices s’occupent eux-même de déplacer les meubles et les accessoires, ceux qui ne jouent pas observent leurs camarades.
Chacun joue plusieurs personnages, au cours d'une succession de scènes assez courtes. Nous ne sommes jamais perdus, la dramaturgie ne souffre aucunement de tout ceci.
On sent que la petite troupe est particulièrement investie. Les textes sont assurément empreints d’une écriture-plateau et sans aucun doute d’une certaine dose d’improvisation.
Là encore, le sentiment de vie, de réalisme s’en ressent pleinement.
Un vrai rythme règne en permanence. La pièce ne souffre d’aucun temps mort ni de baisse de pression.
Au lointain, des cyclos peints avec un style graphique se rapprochant de la bande dessinées participent à la réussite de l’entreprise artistique et parfois, apporte leurs pierre en matière de mouvement. (je n’en dis pas plus, l’idée est épatante.)
Le public sera amené à participer. L’idée est excellente, montrant ainsi que le sujet concerne chacun d’entre nous.
La façon d’amener cette participation est lumineuse. (Et non, vous n’en saurez pas plus !)
Au final, les spectateurs sont confrontés à un spectacle ambitieux et passionnant.
Un spectacle qui puise dans le plus intime de chacun d’entre nous, et qui nous rappelle aussi combien la question de la mort assistée est une question politique.
Allons-nous rester longtemps à la traîne ?
Il faut aller découvrir coûte que coûte ce spectacle nécessaire, et qui concerne chacun d'entre-nous.
Quand le fond et le forme se rejoignent en terme de totale réussite !