24 Avril 2026
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C’est encore loin, les Jeux Olympiques ?
Tais-toi, et nage !
Elles, elles ne se sont pas tues. Elles n’ont pas voulu cautionner cette mascarade politico-sportive, à Berlin, en 1936.
Elles, ce sont Rachel, Hannah et Esther, trois nageuses juives du fameux club viennois Hakoah.
Les trois ont refusé de participer aux compétitions, comptant bien ainsi protester. Dire non !
De fait, elles se sont privées d’épreuves qu’elles devaient remporter, avec la médaille en métal qui va bien.
Cette médaille, leur pays d’origine va enfin la leur remettre, cinquante-neuf ans après, au cours d’une cérémonie qui leur a été promise. Puis, elles iront nager encore une fois à la piscine d’Amalienbad.
Pour l’heure, elles se retrouvent au cabaret « L’enfer », en compagnie de Monsieur Lust, un étrange maître d’hôtel.
Une histoire vraie.
Lisa Wurmser voulait depuis un certain temps raconter le destin de femmes survivantes de la Shoah, sans trop savoir par quel biais aborder ce thème sur une scène de théâtre.
Parce que non seulement il faut rappeler encore et toujours ce qui s’est passé, mais également parce que nous vivons une époque qui ressemble fort à ces années 30, alors que les volontés de totalitarisme et les idéaux antidémocratiques, voire fascistes, se font tellement entendre ici et surtout là…
Elle a donc décidé de porter sur les planches ces trois trajectoires de femmes libres et engagées.
Des femmes qui ont donc décidé sans compromis aucun de tout abandonner, et notamment leurs propres idéaux sportifs, se retrouvant de fait en exil, qui aux Etats-Unis, qui en Argentine, après avoir été destituées de tous leurs titres.
Lisa Wurmser nous propose un spectacle dont le fond et la forme témoignent ensemble d’une magnifique réussite !
Nous allons nous passionner à découvrir le destin de ces trois femmes, chacune revenant pour des motifs différents, sous couvert de la cérémonie évoquée un peu plus haut.
Nous allons comprendre que finalement, tout n’ira pas forcément comme prévu...
Un quatuor d’exception a été réuni au Studio Hébertot.
Francine Bergé, Bernadette Le Saché, Flore Lefebvre des Noëttes et Nicolas Struve nous enchantent. Purement et simplement.
Est-il encore besoin de rappeler l’immense palette de jeu de chacune des trois comédiennes ?
Elles incarnent ces trois ex-sportives avec une subtilité, une finesse, une puissance et un engagement sans failles.
Ici, pas de pathos de mauvais aloi, pas de mièvre nostalgie. Bien au contraire.
Cependant, elles sont tour à tour bouleversantes, à nous rappeler ce qui s’est passé, à nous raconter leur exil et leur nouvelles existences.
Les faits, rien que les faits, pas de pseudo-bons sentiments, même si l’autrice Wurmser prend évidemment partie. Comment pourrait-il en être autrement ? (Je vous laisse découvrir...)
Elles sont très drôles, également, les trois demoiselles.
Elles ont pris à bras le corps les formules réjouissantes du texte, qu’elles nous communiquent avec une formidable vis comica.
C’est bien, simple, toutes ensemble, elles nous donnent une véritable leçon de jeu !
Le passé donc, et un présent qui n’est pas des plus reluisants… Monsieur Lust nous le confirmera.
Nicolas Struve est ce serveur, qui se transformera ensuite en espèce de Monsieur Loyal.
Le comédien interprète ce personnage énigmatique avec lui aussi beaucoup de puissance et de profondeur. Lui aussi nous passionne à incarner cet homme confronté au passé qui ressurgit, et ce, de bien des façons.
Le spectacle est musical.
Chansons, chorégraphies sont de la partie.
Eric Slabiak, le fondateur du célèbre groupe Les yeux noirs, et plus récemment de la formation Josef Josef (nous l’avions rencontré au Théâtre Michel), Eric Slabiak donc, a composé une remarquable partition qui mêle chansons allemandes et musique d’origine klezmer.
La chanteuse Yzoula apparaîtra d’ailleurs en video, interprétant le rôle chanté d’une sœur de l’une des personnages. Je n’en dis pas plus volontairement.
La scénographie évolue en fonction des trois parties du spectacle. Les carreaux de faïence dominent.
La lumière joue un rôle fondamental. (Coup de chapeau à Philippe Sazerat, encore une fois !)
La metteure en scène s’est inspirée des photographies d’André Steiner. Des corps dans une lumière particulière. Le mouvement dans des ambiances expressionnistes.
Tout ceci est d’une épatante cohérence.
Voici donc un spectacle incontournable de ce printemps 2026.
Une magnifique entreprise artistique, à l'impressionnante et totale maîtrise. Trois femmes ont su dire non, dans un passé auquel ressemble de plus en plus un présent très trouble.
Ne passez surtout pas à côté de cette Nage libre !
Et sinon, vous, vous êtes plutôt Strudel ou Linzertorte ?