25 Avril 2026
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Vive l’empereur !
Celui-ci, en tout cas…
Cet empereur romain, c’est Hadrien (76-138 après J.C.), dont la toute jeune Marguerite Yourcenar devait publier en 1951 les pseudo-mémoires.
Dans ce roman qui allait assurer la célébrité à son auteure, nous faisons la connaissance d’un puissant parmi les puissants, mais avant tout d’un homme sentant la mort proche, un homme avec ses passions, ses regrets, ses succès, ses amours, ses peurs.
Un homme qui s’adresse dans une longue lettre à son petit fils et hypothétique successeur Marc-Aurèle [NDLR : celui de Ridley Scott dans Gladiator…], comme une sorte de testament.
Un homme qui se livre, dans une sorte de profonde introspection, une méditation philosophico-politique, à moins ce que ce ne soit l’inverse.
La saison passée, Renaud Meyer a eu l’excellente idée d’adapter pour les planches du Poche-Montparnasse et de mettre en scène ce roman épistolaire.
Le spectacle est actuellement repris pour cause d’incontestable succès.
Durant soixante quinze minutes intenses, profondes et passionnantes, nous allons être confronté à cet empereur qui a marqué son époque.
A l’origine du projet de la grande Marguerite, une phrase de Flaubert :
« Les dieux n'étant plus et le Christ n'étant pas encore, il y a eu, de Cicéron à Marc Aurèle, un moment unique où l'homme seul a été .»
Un déclencheur. La jeune écrivaine allait évoquer notre humanité, par le biais de ce personnage historique, dans un monde qui selon elle se rapprochait du sien, celui de l’après-guerre.
Nous allons donc retrouver la langue et l’écriture de Marguerite Yourcenar, et ce, pour notre plus grand bonheur.
Une langue exigeante, dense mais toujours envoûtante, une langue immersive au possible.
Une langue qui devait donner à son personnage une dimension universelle. Au fond, lorsque la camarde songera à toquer à notre porte, n’aurons-nous pas envie nous aussi de nous livrer à un tel retour sur nous-mêmes ?
Jean-Paul Bordes est Hadrien. Rarement le verbe être a été aussi approprié.
De sa voix de baryton-basse reconnaissable entre toutes, au grain caractéristique dans les fréquences graves, il va nous attirer à lui pour ne plus nous lâcher.
Ou comment envoûter tout un public.
Le comédien arrive très doucement, du fond du petit Poche. Le voici dans ses thermes privés, dans sa villa de Tibur, petite ville du Latium, toute proche de Rome.
La démarche est celle d’un homme âgé, en proie à la vieillesse et peut-être la maladie.
Il attend un long moment. Immobile.
Nous entendons le ressac des vagues de la Mer thyrrénienne.
Jean-Paul Bordes commence son récit.
Un diseur qui maîtrise à la perfection l’art de raconter, de poser et de soupeser les mots, d’en faire des images, des sons, des souvenirs…
Nous tous, dans le public, sommes fascinés par ce que le comédien nous dit et comment il nous le dit.
C’est bien simple, il nous donne magistralement une leçon de jeu et d’interprétation.
De sa palette ô combien étendue, avec délicatesse ou force, murmurant, déclamant, hurlant parfois, il est toujours passionnant et souvent bouleversant.
Il est impossible de ne pas se projeter dans cet homme se penchant sur sa vie passée.
Il réussit à faire passer quantité d’émotions qui nous touchent énormément.
Notamment lorsque son personnage évoque le grand amour de sa vie, Antinoüs, un jeune homme originaire de la province romaine de Bythinie.
Bernard Vallery a concocté une remarquable création sonore.
Des sons, des mélodies lointaines à la flûte, des clusters un peu étranges, les titres en latin des six parties du livre en voix off très retravaillée, avec des effets numériques, des infra-basses parfois menaçantes, tout ceci concourt pleinement à la réussite de l’entreprise artistique.
Marguerite Danguy des Déserts a imaginé quant à elle une magnifique scénographie, très épurée.
Un petit bassin d’eau, du marbre, de l’or, des éléments de cuirasse, tout ceci est vraiment très beau.
Le personnage se meut dans cet univers à la fois stylisé et très signifiant. Comme un écrin historique et dramaturgique.
Et puis, il me faut parler du costume de Jean-Paul Bordes, dessiné par l’immense Mine Vergès, à qui l’on doit notamment les silhouettes de Gréco et Barbara.
Le comédien pieds nus porte un pantalon ample en tissu écru remontant assez haut sur le torse, avec un pan du même ton.
Là encore, tout ceci est d’une grande beauté.
Une grande carte du monde romain sera également utilisée à très bon escient. Je vous laisse découvrir.
Coup de chapeau également à Jean-Pascal Pracht qui signe de très belles lumières. Là encore, c'est une vraie réussite technique et artistique.
Vous l’aurez compris, il faut aller découvrir ou redécouvrir ce magnifique seul-en-scène.
Ce spectacle impressionne, fascine et bouleverse.
Une magistrale leçon, vous dis-je !
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MÉMOIRES D'HADRIEN * Théâtre de Poche Montparnasse
Au soir de sa vie, l'Empereur Hadrien tente de porter un regard lucide sur l'existence, en revisitant ses propres souvenirs, de ses triomphes militaires à ses
https://www.theatredepoche-montparnasse.com/spectacle/memoires-dhadrien-3/