17 Avril 2026
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Papy n’a pas fait que de la résistance…
Papy, c’est Paul Chardin. Le fictif violoniste virtuose des années 30, immense icône de la scène classique française de l’époque.
Antisémite notoire, il se retrouve sous le gouvernement de Vichy adjoint du pianiste Alfred Cortot.
Il sera chargé de « l’épuration de la Musique »… En clair et sans décodeur, il s’agira de purger la scène française des musiciens et compositeurs juifs, par les moyens aisés à imaginer...
Ce Paul Chardin est devenu, comme beaucoup de collabos, résistant en août 44. Si si…
Il sera décoré de la Légion d’honneur dans les années 50… Si si...
Dans sa magnifique chanson Le bon berger, le très regretté Jean Guidoni récemment disparu nous rappelait que « Les caveaux de famille ont de pesants mystères ».
C’est l’un de ces mystères qui interpelle Pierre-Abdul, ci-devant journaliste au prestigieux New-York Times.
Il est venu à Grignan interviewer l’artiste-plasticienne Sophie Chardin, qui se trouve être la petite fille du célèbre maestro évoqué en début de papier.
Va commencer alors une enquête palpitante, afin de déterminer la responsabilité du grand-père Paul Chardin dans une tragédie familiale.
Au-delà de cette quête de vérité, seront évoquées les implications psychologiques de ce qui s’est passé dans ces années noires sur les héritiers contemporains. On pourrait presque évoquer la psychogénéalogie.
Pardon ou réconciliation ? Comment vivre ensemble en étant issus de deux branches familiales que tout oppose ?
Des questions d’importance.
Elisabeth Bouchaud a adapté une grande partie du roman épistolaire Le livre de Raison de Jacques Attali, pour en faire un remarquable et passionnant spectacle.
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Une vraie gageure ! Ou comment passer avec une certaine virtuosité des lettres contenues dans le roman aux dialogues et au récit, ainsi qu’à la matérialisation sur le plateau des corps et des agissements des personnages.
Ici, c’est par le prisme des deux derniers descendants de la famille Chardin que l’histoire est racontée.
C’est par eux que l’enquête du titre du spectacle va s’enclencher.
Durant une heure et quart, nous allons nous passionner pour cette enquête en question.
Ici, au fond, il est question de remonter le temps, et de nous immerger dans une famille porteuse d’une tradition assez rare : celui qui sent sa fin proche écrit un courrier à sa descendance.
Nous allons donc suivre ces pérégrinations épistolaires qui vont nous faire toucher du doigt la vérité, dans toute son horreur.
La généalogie des Chardin aura toute son importance.
Je vous conseille avant de pénétrer dans la salle de ne pas oublier de vous munir du petit carton distribué avant le spectacle afin de mieux appréhender les générations successives. Ceci peut se révéler utile.
La patronne des lieux et Benoît Di Marco ont mis en scène quatre comédiens, qui pour deux d’entre eux interpréteront plusieurs personnages.
Ici se télescopent un lieu réel, l’atelier de Sophie, et d’autres univers, ceux de la réminiscence et du passé.
La belle création vidéo de Thomas Bouvet nous permet de retrouver d’autres acteurs qui ont enregistré au préalable plusieurs séquences.
Des images en noir et blanc, parfois légèrement déformées, saturées ou « salies » volontairement sont projetées sur des pans de tissus et nous confrontent aux aïeux, ceux qui ont déclenché et vécu le drame.
Loin d’être des « gadgets à la mode », ces séquences participent pleinement à la dramaturgie.
La scénographie de Luca Antonucci partage la scène en trois parties distinctes.
A jardin une petite table, avec un « pick-up » vintage, afin d’écouter. Le lieu des révélations.
A cour, la partie atelier de Sophie. Une œuvre est en cours de réalisation. Elle crée en effet des sculptures à base de morceaux de soie.
Des statues que nous découvririons dans le restant de la scène, et qui participeront elles aussi à la dramaturgie, dans des moments oniriques ou poétiques.
Le jeunes, ce sont Iris Ravel et Adrien Madinier.
Les deux comédienne et comédien campent ces personnages avec un engagement sans faille et une intensité qui ne faiblit jamais.
On ne peut que se retrouver captif de ce qu’ils nous disent et nous montrent. On croit tout à fait à ce duo, l’un cherchant à confronter ce qu’il subodore et la vérité, l’autre comprenant au fur et à mesure la teneur de cette vérité-là.
Matila Malliarakis et Nicolas Vial interprètent tous les autres rôles.
Là encore, avec puissance et force, les deux nous accrochent dès le début de leurs interventions.
Ce sont eux qui nous font remonter le temps, avec notamment l’interprétation pour Nicolas Vial d’une ordure. Je n’en dis pas plus, mais il est magistral.
Vous l’aurez donc compris, Elisabeth Bouchaud nous propose un spectacle de très haute tenue, totalement maîtrisé, qui nous captive et nous tient en haleine du début jusqu’à la fin.
Une vertigineuse plongée dans des agissements familiaux passés, aux implications toutes contemporaines.
Je vous conseille vivement de diriger vos pas du côté de la Reine Blanche afin d’assister à cette Enquête de famille.
ENQUÊTE DE FAMILLE | Reine Blanche
Un journaliste du New-York Times vient interviewer Sophie Chardin, petite-fille du grand violoniste Paul Chardin, pour commémorer le trentième anniversaire de sa mort. Mais cet immense artiste es...
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