3 Mars 2026
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X. Les inconnues ne sont pas que mathématiques…
X. C’est le tout premier nom des petits et les petites qui sont abandonnés à la naissance. Et ce, pour de multiples raisons, ces abandons...
Anne Leterrier, Pupille de la Nation, s’est tout d’abord appelée X durant les trois premiers mois de sa vie.
Juste trois prénoms accolés, Anne-Caroline-Laurence.
Il est des seules en scène pas comme les autres.
Des entreprises dramaturgiques qui vous secouent, vous bouleversent, et vous font vous sentir membre de la communauté des humains un peu plus que d’autres.
C’est le cas pour cette heure et quart qui nous raconte une histoire.
Une histoire qu’on ne peut pas inventer. Une histoire vraie.
Mais, au fait, ça commence comment une histoire ?.
Telle est la question que nous pose Mademoiselle Leterrier avant même de pénétrer sur le plateau.
Et puis, elle nous demande si nous sacrifions encore à cette belle activité qui consiste à envoyer coûte que coûte des lettres.
(Pour les lecteurs les plus jeunes, oui oui, on peut envoyer, via un organisme qui s’appelle La Poste, des papiers sur lesquels on écrit avec un stylo des mots, des phrases à ceux que l’on aime (ou à qui on doit écrire...) On met un timbre sur l’enveloppe, ce n’est pas gratuit, et il faut patienter un peu pour que la lettre arrive au domicile concerné… On peut même attendre une réponse...)
Nous allons comprendre le pourquoi de ces questions, apparemment toutes simples…
Durant soixante-quinze minutes, la comédienne va nous dire son histoire.
Sa naissance, ces trois mois sans mère, et puis la rencontre avec celle qui le deviendra, puisqu’elle sera adoptée par le couple Leterrier, ne pouvant avoir d’enfant.
Ici, il est question d’intimité, avec l’ambition on ne peut plus réussie de faire entrer cette intimité chez l’Autre, celui qui assiste à ce spectacle.
Celui qui de cette manière va participer également à la mécanique narrative.
Anne Leterrier va nous captiver. Purement et simplement.
Elle sait raconter, elle sait passionner un auditoire, elle a su écrire et prononcer les mots, sans pathos de mauvais aloi, ceux qui émeuvent parce que vrais, sincères et vécus.
Elle incarnera avec une vérité et une justesse remarquablAes tous les personnages du spectacle. L'écriture est ciselée, le ton est enjoué, drôle, parfois poignant.
Dans un premier temps, elle parle de son rapport avec sa famille d’adoption aimante et protectrice, le regard des autres, le fait qu’elle sache qu’elle ait été adoptée…
Et puis, l’enfant grandit.
Avec une question qui la taraude de plus en plus, jusqu’au jour où Anne va saisir le C.N.A.O.P.
La question des véritables origines, une interrogation fondamentale : qui est ma mère biologique ?
Une véritable enquête va alors se dérouler.
Le C.N.A.O.P., c’est le Centre National pour l’Accès aux Origines des Personnes.
Créé en 2022, cet organisme permet de faciliter l’accès aux origines personnelles en mettant notamment en lien les particuliers et les organismes autorisés pour l’adoption.
Et ce qui devait arriver, arriva.
Une lettre. Une lettre que Kadija a écrite quelques années après la naissance de sa fille.
Une lettre destinée à Anne.
Nous comprendrons au passage les circonstances dramatiques au sens premier du terme de cet abandon sous X.
A partir de ce moment, d’autres questions fondamentales touchant aux liens du sang et leur soi-disant toute puissance vont se poser…
je n’irai évidemment pas plus loin, afin de vous laisser vous aussi comprendre comment cette histoire s’est poursuivie, comment tout ceci a évolué…
Ce spectacle a une dimension autre que purement narrative.
Le public est appelé plusieurs fois à interagir avec la comédienne.
Une forme de dialogue s’installera, judicieusement, intelligemment, permettant ce que la comédienne appelle à très juste titre une écoute engagée.
Anne Leterrier est également une musicienne. Nous l’allons comprendre très rapidement.
C’est elle qui débute le spectacle, tuilant une voix occidentale off (nous saurons à qui appartient cette voix-là) avec une mélopée aux intervalles orientaux.
Et puis, plus tard, elle chantera, d’une belle voix de mezzo aux délicats vibratos finaux.
Ce chant est très beau, je donnerais cher pour en avoir un enregistrement.
Je suis sorti de ce spectacle très impressionné, bouleversé.
Lorsque une comédienne raconte à travers son propre parcours la confrontation à l’essence même de notre condition.
Un moment de théâtre à la fois délicat et intense, fin et puissant, intelligent et terriblement profond.