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Cendrillon

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

En vair et contre tout !

En 1904, Pauline Viardot composait Cendrillon, ce dernier opéra, œuvre emblématique de ce qu’on appelait alors les « opéras de salon ».

Née en 1821, la compositrice était alors une figure de la vie musicale de la seconde moitié du XIXème siècle.
Cantatrice, pianiste accomplie (elle eut pour professeur un certain Franz Liszt), par ailleurs sœur de la célèbre Malibran, le public français redécouvre depuis peu ses œuvres.
(Il faut dire qu’elle avait un grave défaut aux yeux de l’intelligentsia du XXème siècle : malgré la qualité musicale de ses pièces, elle appartenait définitivement à la gent féminine.)

Le compositeur Jérémie Arcache, le metteur en scène David Lescot, bien connu des lecteurs de ce site, et la directrice musicale et pianiste Bianca Chillemi ont eu l’excellente idée de proposer leur vision de cet opéra.

Pauline Viardot (1821-1910)

Ils nous en livrent une remarquable adaptation, à la fois musicale et dramaturgique, avec un arrangement aussi bien de l’instrumentation que des textes parlés entre les différents airs.

A l’origine, chanteuses et chanteurs étaient accompagnés par le seul piano. (D’où la dénomination «  opéra de salon » du genre.)

Pour cette production, Jérémie Arcache a arrangé l’œuvre pour un quatuor d’instrumentistes.
Le piano se retrouvera en compagnie d’un clavier numérique, d’un clarinettiste, d’une violoncelliste et d’un percussionniste.
Si la dimension vocale prime toujours, la partition ainsi créée, si elle ne trahit évidemment en rien les intentions de la compositrice, nous ravit par son ampleur et sa propension à être jouée dans une grande salle comme celle de l’Athénée.

Quant aux textes, David Lescot, à son habitude, nous démontre sa capacité à faire vivre notre langue française. Ici, le propos est très contemporain, avec des mots de tous les jours, des mots qui parlent à tous. Grands comme petits.

 

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

Nous allons beaucoup rire, avec ces expressions très actuelles, qui rendent la problématique du conte très universelle, finalement.

Une dimension sociale et sociétale n’est pas oubliée : le début du spectacle met en scène un « mendiant » venant demander un peu de subsistance chez les de Pictordu, et l’on comprend que la lutte des classes n’est pas une expression vaine. Tout ceci est très bien vu, et contribue bien entendu à lire l’œuvre de Perrault avec un angle très intéressant.

De plus, une dimension « féministe » au sens noble du terme viendra conclure le propos. Tout ceci est d’une intelligence remarquable.

Pour autant, si l’œuvre respecte pleinement les volontés de Charles Perrault, l’opéra ainsi adapté est en quelque sorte « actualisé », avec une partition contemporaine qui nous réserve bien des surprises.

La musique de Pauline Viardot est ainsi orchestrée, avec des moments de grande subtilité polyphonique, et des instants à la fois drôles et signifiants. (Le formidable solo de tambours, arrivant un peu à la manière de ceux du batteur du Muppet Show, ce solo sera même applaudi dès sa fin !)

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

Le metteur en scène Lescot s’est appuyé sur la très belle scénographie d’une de ses complices de longue date, Alwyne de Dardel.

Deux lieux accueilleront la dramaturgie.
La maison de Cendrillon, et le palais princier.
Nous passerons de l’une à l’autre avec une belle inventivité scénographique.
Si les musiciens apparaissent dans des cadres dorés, ils deviennent véritablement acteurs de l’opéra, apportant une pierre parfois autre que musicale à la trame narrative.

Il faut noter que parfois, des petits films muets (très proches de ceux de nos arrières grand-pères...) nous apportent également tout plein d’informations, comme le fait « Qu’être honnête, c’est pas une vie »…

Mais tout ceci ne serait pas grand-chose sans une distribution « aux petits oignons ».
Cendrillon, c’est la délicieuse et irréprochable Apolline Raï-Westphal, qui confirme qu’il faut désormais vraiment compter avec elle sur la scène lyrique française. Quelle belle expressivité, quel talent dramatique !
Ses airs nous ravissent, tout comme son timbre clair et velouté.
Avec sa prestation lors d’une sorte de sketch en terme de mime, d’onomatopées et autres borborygmes, elle nous fait beaucoup rire !

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

La soprano Clarisse Dalles et la mezzo Romie Estèves sont les deux sœurs. Outre leur talent lyrique, les deux nous amusent beaucoup, avec une vis comica parfaitement exploitée par le metteur en scène.

Le ténor Enguerrand de Hys semble abonné aux Contes de Perrault, puisque je l’avais beaucoup applaudi à
l’Opéra-Comique, sous la direction du couple Hecq-Lesort
. Cette fois-ci encore, en Comte de Barigoule, il emporte tous les suffrages.

Olivier Naveau est un Baron de Pictordu. Le baryton nous enchante lui aussi à la fois en tant que chanteur et comédien à interpréter ce père, dont nous connaissons dorénavant le passé trouble.

Quant à la tatie-fée, c’est l’épatante colorature Lila Dufy qui elle aussi fait fonctionner nos zygomatiques, en plus de sa remarquable interprétation.
Elle réussira la prouesse de transformer la fameuse et attendue citrouille en carrosse (si si, c’est comme je vous dis), et un rat immonde en majestueux étalon couleur ébène.

Et puis le ténor d’origine malgache Tsanta Ratia joue le Prince, avec un bel engagement et une couleur vocale tout à fait épatante. On aimerait d’ailleurs l’entendre beaucoup plus chanter dans cette œuvre.

Vous l’aurez compris, il faut aller découvrir cet opéra, même si l’on a beaucoup plus de 8 ans.
C’est une entreprise dramaturgique et lyrique de très belle facture, qu’on savoure pleinement et qui vous procure beaucoup de bonheur.

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