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Qui a peur de Lysistrata ?

© Photo Y.P.

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Aristophane et Virginia, même combat !

Relayant en 1938 la pensée du philosophe grec, Virginia Woolf, dans son essai Trois Guinées, s’interrogeait sur la responsabilité du patriarcat dans les guerres et la montée du fascisme.

Faisant référence à Lysistrata, l’héroïne révoltée d’Aristophane, cette femme qui voulait faire en sorte que par tous les moyens cesse la guerre, l’autrice tentait de répondre avec sa plume à la question d’un de ses lecteurs : « Comment faire, à votre avis, pour empêcher la guerre ? »

Cette question fondamentale, cette interrogation des plus brûlantes et actuelles, Brigitte Seth et Roser Montilo G
uberna la reprennent à leur compte, dans un spectacle multidisciplinaire, une entreprise dramaturgique à la fois passionnante et réjouissante.

Les deux artistes vont nous exhorter à faire en sorte que notre planète se porte mieux.
Au fond, elles vont se poser en veilleuses et en défenseuses de notre humanité.

Oui, nous allons rire. Beaucoup.
Cette farce sera néanmoins le véhicule d’un message des plus importants. Les deux dresseront un état des lieux, mais elles nous adresseront une mise en garde, tout en nous prodiguant des conseils des plus salutaires : pourquoi continuer à s’entretuer, pourquoi ne pas profiter du peu de temps que nous avons à passer sur cette planète ?

Ces conseils véhiculent un véritable espoir : au fond tout pourrait aller beaucoup mieux.

Mesdemoiselles Seth et Montilo Guberna ont donc demandé à MarDi (Marie Dilasser) d'écrire un texte pour intégrer leurs chorégraphies.
Le résultat de la démarche aboutira à un spectacle des plus réussis.

© Photo Y.P.

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Les voici qui pénètrent sur scène.
Deux divinités oubliées, deux narratrices, deux observatrices attentives de notre humanité en déliquescence, deux rhapsodes à la fois impitoyables et déjantées.
Ce seront des meneuses de jeu descendues sur notre Terre en ruines pour dresser un terrible constat.

Ce sont elles qui assureront principalement la liaison entre les différentes saynètes qui constitueront la trame dramaturgique de la soirée.
Sur un ton burlesque (elles sont épatantes), Brigitte Seth et Roser Montilo Guberna nous font beaucoup rire, tout en mettant le genre humain, et surtout la gent masculine face à ses responsabilités.
Qui sont nombreuses, les responsabilités.

© Photo Y.P.

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Nous sommes dans une dimension tragi-comique totalement assumée. Telle était depuis longtemps leur souhait d’aborder ce registre par le biais du personnage de Lysistrata.

MarDi a parfaitement réussi à mettre en valeur la relation guerre et sexe dénoncée par les femmes.
Grâce à une troupe de comédiennes-danseuses et de comédiens-danseurs, elle met en scène le texte avec beaucoup de finesse et d’acuité.
Durant une heure et quarante minutes, tout ceci va s’enchaîner de manière pertinente et surtout très fluide.

Nous allons rire. Beaucoup rire.
Les situations évoquées sont prétextes à moult fou-rires.
Ah ! Cette scène avec ces déités aux noms rimant à qui mieux mieux !
Ah ! Cette adresse au public précisant avec quel membre les hommes réfléchissent et passent à l’acte guerrier !
Tout ceci est hilarant !

Pour autant, sont dénoncés de manière limpide et impitoyable le patriarcat, les transphobies de toutes sortes, l’homophobie et autres saloperies du même genre.
La forme est véritablement au service du propos.

Des chorégraphies très abouties et elles aussi très réussies s’entrelacent avec le jeu textuel.
Des moments dansés qui nous donnent envie nous aussi de bouger.

Les artistes ont d’ailleurs beaucoup de mérite à exercer leur art sur un plateau jonché de nombreux vêtements et lingerie en soie.
Que ce soit en solo ou lors de mouvements d’ensemble, tout ceci apporte beaucoup à la dramaturgie. Nous ne sommes pas dans des « intermèdes-gadgets », mais bien au contraire dans des instants parfaitement justifiés.

© Photo Y.P.

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Hugues Laniesse signe une remarquable (et je pèse l’épithète) création musicale.
Nous somme dans une fascinante musique itérative, composée de boucles et de loops lancinants. 
Des nappes synthétiques complètent ces répétitions rythmiques et mélodiques. On pense évidemment à Steve Reich ou Philip Glass.
Ce spectacle doit également s’écouter attentivement, et ce, d’un point de vue musical.

Une dernière adresse au public nous procurera beaucoup d'émotion et beaucoup de frissons.

© Photo Y.P.

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Nous sortirons de la petite salle du TGP de Saint-Denis, tous conscients d’avoir assisté à un épatant moment de théâtre.

Je vous conseille vivement ce spectacle politique au sens noble du terme, qui résonne tellement à nos contemporaines oreilles.
Le fond et la forme pleinement réussis sont au service d’un message hélas encore et toujours des plus nécessaires.

© Photo Y.P.

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