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Papy Quichotte

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

Mon royaume pour une Rossinante !

Mon royaume ? Quel royaume ?

Le royaume familial sentant le renfermé de Sacha, 8 ans aux dernières jonquilles, cette petite fille qui se sent complètement seule et perdue ?
Le royaume de ses parents, lui réfugié dans son délire de prise de muscles, elle déboussolée dans sa passion égoïste pour le chant ?
Ou alors le royaume mental du Papy, atteint d’une maladie neurovégétative ?

Un Papy autour de qui tout tourne, qu’on ne peut ou qu’on ne veut se résoudre à placer dans un EHPAD.
Un grand-père qui ne va pas tarder à manifester des velléités d’appropriation de chansons de gestes et autres grandes heures de la Chevalerie.

Elsa Granat a pris à bras le corps le mythe de Don Quichotte pour nous proposer, à nous autres petits et grands spectateurs, un spectacle qui nous questionne sur des points cruciaux de nos sociétés contemporaines.
Des points qu’elle met remarquablement en évidence, encore et toujours, les sortant de zones qu’on ne veut peut-être pas trop voir...

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

En faisant cohabiter Sacha, qui deviendra la fidèle écuyère Sacha Panzo, (les amateurs de contrepèteries littéraires se régalent…) et Papy Quichotte, Mademoiselle Granat poursuit son travail sur la relation inter-générationnelle. (On se souvient notamment de son passionnant précédent spectacle Les grands sensibles, ou l’éducation des barbares...)
Au fond, il est ici question de montrer combien ces liens entre enfants, parents et grands-parents sont cruciaux et fondamentaux, pour le bien-être et le développement de chacun.

La metteure en scène nous invite également à nous interroger quant à notre capacité à prendre soin de l’Autre, avec un grand A.
Prendre soin notamment des personnes dépendantes, en essayant de proposer des solutions alternatives, à savoir en s’appropriant les « délires et les visions » de cet autre, en écoutant, en participant à des échanges bienveillants. Plus facile à dire qu’à faire, mais au moins essayer et persévérer !

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

Et puis, bien entendu, elle fait découvrir aux plus jeunes l’œuvre de Miguel de Cervantes Saavedra. Sur scène, le livre sera bien là, à portée de main et de lecture.
Les petits sauront que tout part de ce "roman médiéval", parodie des romans de chevalerie.
Et de fait, nous retrouverons les célèbres géants-moulins, la belle Dulcinée du Toboso, nous assisterons à l’adoubement de Quichotte, nous vibrerons à ses exploits, à ses visions et ses délires imaginaires.
Mais le jeu est-il vraiment fait pour adoucir la réalité ? La question sera également posée.

Oui, avec peu de moyens, Elsa Granat et la dramaturge Laura Grisinger nous font retrouver notre âme d’enfant, dans un monde où tout est possible, un univers où on dirait qu’on serait ci, ou on dirait qu’on ferait ça… Et ça marcherait !

Ici, pas besoin de vidéos encombrantes au lointain, ou d’effets spéciaux superfétatoires.
A la manière de Méliès ou de Cocteau, les objets et les oiseaux s’animent tout seuls, les chevaux et les belles dames d’antan prennent vie devant nous.
Tout ceci est très malin, et fait fonctionner non seulement l’imaginaire du public, mais en plus fait appel à une dimension poétique très subtile.

Je vous laisse évidemment découvrir tous ces procédés qui fonctionnent à la perfection et nous ravissent. Un grand merci à Géraldine Zanlonghi, de noir vêtue.

© Photo Y.P.

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Et puis eux aussi nous enchantent, ces comédiennes et comédiens, qui vont nous captiver durant pratiquement une heure et vingt minutes, dans la scénographie très réussie de James Brandily.

Papy Quichotte, c’est Dominique Parent, que j’ai toujours autant de plaisir à retrouver.
Comédien indissociable du théâtre de Valère Novarina, pensionnaire de 2023 à 2025 de la Comédie française, c’est toujours un bonheur de le voir à l’œuvre sur un plateau.
En grand-père survolté ou au contraire quasiment apathique, il est à la fois très drôle (Ah ! Ce "casque" et cette armure bricolée ! ) et très émouvant, notamment dans cette magnifique scène de toilette par la famille.
Il confère une réelle épaisseur à son personnage, dont on s’éprend très rapidement.
Il nous amuse énormément et nous bouleverse. Une nouvelle fois, Dominique Parent nous donne une petite leçon d’interprétation !

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

Sacha Panzo, c’est Maëlys Certenais, irréprochable de justesse, en gamine de 8 ans qui se débat comme elle peut au sein de sa famille.
On croit tout à fait à cette petite qui va se démener durant toute la pièce. Sa progression dramaturgique est remarquable, et l’on s’attache beaucoup à son personnage.
Mademoiselle Certenais n’est assurément pas claustrophobe !

Les parents sont incarnés par Antoine Chicaud et Esther Lefranc.
Les deux vont eux aussi nous faire beaucoup rire, chacun chacune à sa manière. Leurs rôles respectifs ne sont pas si évidents que ça.
Dirigés avec une grande subtilité, les deux ne tombent jamais dans une caricature éhontée, ou dans des facilités de jeu dérisoires.
Là encore de la très belle ouvrage !

© Photo Y.P.

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Je n’oublierai pas de citer la belle création musicale et sonore de Mathieu Barché qui, outre utiliser de belles œuvres médiévales, a su imaginer de très riches atmosphères et des climats réjouissants, comme cette annonce de supermarché. Et non, vous n’en saurez pas plus !

En tout cas, il faut assister à ce spectacle qui nous renvoie à d'importantes problématiques actuelles, tout en nous invitant à puiser dans notre imagination, dans notre capacité à nous émerveiller et nous passionner.
Comme Don Quichotte, finalement.

C’est intelligent, c’est malin, c'est nécessaire.
Et c’est brillant.

© Photo Y.P.

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