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On purge bébé

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

Le pot de faïence et le seau de tôle émaillée.
Bastien et Julie.
Les Follavoine dans l'une des scènes de ménage les plus célèbres et les plus longues du théâtre français.

En 1910, le grand Georges vient de se séparer de sa femme. Il vit et mène grand train à l'hôtel Maxim's où il a réservé une chambre à l'année...
Sa vision du monde change, et notamment celle de la bourgeoisie dont il va s'appliquer à décrire la médiocrité, notamment grâce au thème ancestral du cocu.

Emeline Bayart a donc eu l'excellente idée de s'emparer à bras le corps de l'un des derniers vaudevilles de l'auteur. Elle met en scène une version hilarante et survitaminée de ce chef d’œuvre feydolien.

Il y a décidément une patte, une méthode, un style Bayart.
Elle qui enchante régulièrement les spectateurs du caf-conc' Le Kibélé, celle qui a ravi ceux de l'Opéra-Comique, celle-ci nous a concocté un mini-récital émaillant la pièce fait quelques chansons quasiment contemporaines de Feydeau. (Le fidèle Manuel Peskine est toujours au piano !)

Des titres que retrouvent pour leur plus grand bonheur les fans de la comédienne-chanteuse-metteure en scène.
C'est ainsi que nous retrouverons par exemple Proserpine, Je n'aurais pas dû, Si je puis m'exprimer ainsi, Ca n'vaut pas la Tour Eiffel, ou encore Le fiacre.

Ces chansons collent admirablement avec le texte de l'auteur, d'autant qu'avec la même incroyable force comique, la même hilarante vis comica, Melle Bayart enchaîne répliques de la pièce et paroles des chansons. (Elle n'est pas la seule à chanter, je vous laisse découvrir...)

Mais quelle énergie se dégage de cette entreprise artistique !

Quelle mécanique infernale et bien huilée, quelle puissance de jeu, quel tourbillon vont s'emparer du plateau du théâtre Hébertot !

Voilà comment monter un Feydeau ! Voilà comment faire hurler de rire un public ! Voilà comment plonger une salle entière dans le plus grand bonheur !

Sa composition de cette femme qui a érigé la mauvaise foi en art de vivre, sa composition est magnifique.
En déshabillé, les bas qui tombent sur les chevilles, les cheveux en bataille avec quelques bigoudis, avec ses ruptures, ses regards, sa voix qui passe de l'aigu cristallin au rauque très grave en un instant, la comédienne est absolument drôlissime.

Oui, je l'écris une nouvelle fois, oui je me répète : je retrouve à chacune de ses compositions la phénoménale puissance à faire rire de Jacqueline Maillan.
Comme La Maillan, Melle Bayart a cette faculté et ce talent rares de déclencher en une fraction de secondes les rires voire les fou-rires des spectateurs en outrant subitement la gestuelle, la voix ou les mimiques.

Elle n'est pas seule sur scène. A ses côtés, se démène une troupe aux petits oignons.

Marc Chouppart, que nous venons d’applaudir copieusement et récemment au Poche-Montparnasse avec Jean-Paul Farré dans Bouvart et Pécuchet, Marc Chouppart est donc Bastien Follavoine.
Lui aussi a un sacré abattage, un sacré talent comique. Il nous réserve de grands moments.
Lui aussi sait faire monter la sauce.

Il n'est pas donné à tout le monde d'interpréter un personnage principal dans un vaudeville feydolien.
Marc Chouppart parvient sans peine à nous faire croire à ce type qui est en permanence au bord de la catastrophe, et qui se démène dans un maelström qu'il a contribué à engendrer.

Le duo Bayart-Chouppart est formidable et redoutable d'efficacité.
La metteure en scène a d’ailleurs joué de la longue silhouette du comédien pour un irrésistible effet comique. Comme c’est bien vu !

© Photo Caroline Moreau

© Photo Caroline Moreau

Un autre qui ne donne pas sa part au chat, c'est Manuel Le Lièvre, qui avait déjà joué avec Emeline Bayart au Poche-Montparnasse, toujours avec Jean-Paul Farré, sous la direction de Jean-Louis Benoit.

Son Adhéaume Chouilloux est épatant de drôlerie. C'est une sorte de Bouzin que nous avons devant nous. L'une de ses scènes confine au surréalisme le plus hilarant.

Coup de chapeau appuyé également à Corinne Martin, dans un double rôle.
La comédienne interprète la naïve employée de maison, et surtout le rôle de Toto-Bébé, le tyrannique enfant-roi du couple Follavoine.

Melle Martin parvient à en faire une sorte de lutin-troll virevoltant, sautant, bondissant partout, lui conférant une belle ambivalence : cet enfant de 7 ans est à la fois attachant et repoussant.
Une très belle composition.

Delphine Lacheteau et Vincent Arfa incarnent quant à eux le "couple" Truchet-Chouilloux de bien belle manière.

Emeline Bayart signe donc ici l'une des grandes réussites théâtrales de cette fin d’hiver.
Voici un spectacle réglé au millimètre, avec une précision diaboliquement efficace, qui déchaîne les rires de la salle entière.
Une salle qui applaudit en cadence et à tout rompre, ovationnant comédiennes et comédiens.

Feydeau peut décidément dormir sur ses deux oreilles !
Un moment de théâtre incontournable !

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