9 Février 2026
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On s’était dit rendez-vous demain, dix heures,
Même station, même abri, même banc…
1848.
Feodor Dostoïevski est seul, pauvre, criblé de dettes.
Il a pourtant rencontré le succès avec son premier roman, Les pauvres gens. C’est un auteur mondain, jouant les dandies, qu’on peut rencontrer dans tous les dîners importants moscovites.
Il écrit coup sur coup deux récits courts, Le double et La logeuse, qui reçoivent un accueil plutôt mitigé. Il devient la risée des salons où l’on s’arrachait sa présence.
Dostoïevski, l’homme désormais déçu, solitaire.
Il écrit donc en 1848 la longue nouvelle Les nuits blanches. Il a 27 ans.
Dans ce texte, son héros en a 26…
Fonctionnaire solitaire, lunaire, rêveur iédaliste, même, il passe une bonne partie de son temps sur un banc.
Sa vie va connaître un immense bouleversement : il rencontre Nastienska, une jolie jeune femme.
Les deux ne vont pas tarder à se confier l’un à l’autre.
Ce faisant, Dostoïevski va disséquer une forme de sentiment amoureux, et plus exactement une forme d’échec du sentiment amoureux.
Entre ses deux personnages va se tramer une histoire assez peu banale.
En effet, Nastienska va demander à cet homme de porter une lettre à destination de l’homme qu’elle aime, et qu’elle n’a pas vu depuis un certain temps. Un homme qui lui a promis de l’attendre et de la revoir à ce même endroit.
Amours contrariées et déçues, amour à sens unique non couronné de retour, l’auteur nous évoque la désillusion.
Une désillusion qui arrivera après quatre nuits blanches.
Ronan Rivière aime Dostoïevski. On se souvient de son version dramaturgique très réussie de la nouvelle Le double, évoquée un peu plus haut. C’était ici.
Il continue en ce début 2026 d’adapter le grand auteur russe avec une vision très personnelle et très réussie de cette longue nouvelle (une centaine de pages dans la collection Folio).
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Il a situé l’action dans les années 60, en plein Moscou, avec une unité de lieu : un arrêt de métro froid et plutôt lugubre, à côté d’un réverbère et d’un musicien. (A-t-il une carte officielle ? L’on ne sait et l’on s’en fiche un peu, en fait…)
Ronan Rivière, les fidèles lecteurs de ce site le connaissent bien, pour l’avoir rencontré dans plusieurs entreprises théâtrales des plus réussies.
On se souvient de La foire de Madrid, ou encore de l'adaptation de la nouvelle de Gogol, Le nez.
Il incarne le personnage principal, en faisant un être introverti, bien décidé à rester solitaire, avant se rencontre avec Nastienska.
Il nous fait parfaitement comprendre sa situation et sa condition de pauvre fonctionnaire. Il incarne avec justesse et un bel engagement cet homme en nous racontant précisément ses failles, ses déceptions, et sa détermination à regarder la vie passer sans lui.
Nastienska, c’est Laura Chetrit, elle aussi abonnée de ces colonnes, pour avoir participé aux différents spectacles listés un peu plus haut.
Elle illumine le plateau à chacune de ses apparitions.
La première de ces apparitions-là est assez singulière. Je vous laisse évidemment découvrir par vous-même, mais elle nous étonne. Le parti pris est très judicieux.
Dans le rôle de cette jeune femme délaissée depuis un an par celui qu’elle présente comme son promis, elle aussi est parfaite.
Mademoiselle Chetrit nous fait parfaitement comprendre les tenants et les aboutissants de sa situation. Sans donner dans le pathos de mauvais aloi, elle confère à son personnage beaucoup de tendresse mais aussi une certaine forme d’espièglerie très spirituelle.
Ronan Rivière est parvenu à mettre en avant ce qui à la fois rassemble et différencie les deux caractères. C’est un travail tout en finesse auquel il a procédé : nous nous prenons très vite de passion pour les deux, et nous attendons avec impatience le dénouement de cette histoire.
J’ai évoqué un peu plus haut un musicien.
C’est le pianiste virtuose Olivier Mazal qui s’y colle.
Il va interpréter des œuvres d’un autre important artiste russe, à savoir Sergueï Rachmaninov.
Les Préludes op 32 N°10 (les Variations sur un thème de Chopin), l’op 23 N°1, l’op 3 N°2, ainsi que le 2ème mouvement de la Sonate N°2 ne sont pas réputés pour être issus de la Méthode rose.
On ne peut qu’être très impressionné par l’interprétation du pianiste, qui confère des couleurs très subtiles à ces œuvres qui collent parfaitement au propos général.
Il sait passer le temps, lorsqu’il ne joue pas, avec une revue qui trainait par là…
Le metteur en scène retrouve une équipe avec qui il travaille. Nous retrouvons Corinne Rossi aux costumes (un gage de vraie réussite), ainsi que Antoine Millan à la scénographie (même remarque ! )
Je vous recommande chaudement d’aller vous plonger dans ces nuits à la fois blanches et russes.
J’ai passé un excellent moment de théâtre, de ceux qui vous tiennent en haleine et vous confrontent très finement aux relations entre deux êtres humains.
C’est une vraie réussite !
Les spectacles commencent à l'heure pile. Les retardataires ne pourront pas être admis en salle. Âge conseillé pour cette pièce : à partir de 14 ans. Relâche le 6 février 2026. Rencontre av...