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L'école des femmes

© Photo Y.P. (Toutes mes excuses à Alain Cerrer qui n'apparaît pas volontairement sur la photo... Cf corps de l'article...)

© Photo Y.P. (Toutes mes excuses à Alain Cerrer qui n'apparaît pas volontairement sur la photo... Cf corps de l'article...)

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

Non seulement le petit chat est mort, mais de plus, une caméra de vidéosurveillance a sans aucun doute dû filmer son agonie !

Au théâtre Artistic Athévains, Frédérique Lazarini signe une passionnante, ébouriffante et très contemporaine version de la pièce de Molière.

Son adaptation et sa mise en scène sont une nouvelle fois de celles qui inspirent un vrai respect et procurent au public un complet bonheur.

Bienvenue en 2026 !

Notre société est désormais un monde d’images, et surtout un univers on ne peut plus surveillé.

C’est ce qu’a bien compris Arnolphe.

Non content d’avoir enfermé Agnès dans une cage-prison aux murs de verre, il a fait installer trois caméras vidéo qui filment en permanence la demoiselle.

Non seulement cet homme est jaloux, possessif, obsessionnel, misogyne, mais il est surtout méfiant au dernier degré. D’où cette régie dernier cri et ce gigantesque moniteur de contrôle qui constituent l’ameublement principal de son salon.

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

Tel est le principal et formidable parti-pris de Mademoiselle Lazarini qui s’est appuyée sur la très belle scénographie de François Cabanat et sur l’épatante installation du vidéaste Hugo Givort.

Ici, les images filmées en direct ou préalablement enregistrées sont pleinement au service du propos général.

Cette fois-ci encore, la metteure en scène a su tirer la substantifique moelle de la pièce d'un auteur classique en en rendant universel le texte, mais aussi en utilisant à plein régime le corps des comédiens.

Dans sa vision de L’école des femmes, les intentions dramaturgiques passent par la gestuelle, la démarche, et donc par la dimension corporelle.

© Photo Y.P.

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Durant une heure et demie, certes les alexandrins sont dits de la meilleure façon qui soit, ça coule, ça roule, c’est une vraie joie que d’entendre cette langue du XVIIème siècle, mais les comédiens vont s’attirer, se repousser, s’empoigner, se faire tomber, se battre, se frapper (la scène est formidable), se relever pour mieux recommencer.

Le corps, l’élément essentiel, au même titre que le texte, qui fait passer les émotions.

Alors, évidemment, tout ceci ne serait rien sans une distribution aux petits oignons. Deux comédiennes et quatre comédiens vont nous ravir et nous enchanter.


C’est la comédienne québécoise Sara Montpetit qui campe une Agnès éblouissante.

On croit tout à fait à son personnage rendu niaise par l’absence d’éducation, qui s’émancipe, et devient une jeune femme aspirant à l’autonomie, l’indépendance et la liberté, tout simplement.

La très jeune actrice réussit pleinement son examen de passage sur les planches. C’est en effet, si l’on en croit sa biographie, sa toute première pièce.

L’évolution de cette Agnès est on ne peut plus convaincante. Nous assistons à la mue d’une chrysalide. Que ce soit par sa diction, ses mimiques, les changements d’attitudes, tout concourt à ce que cette progression psychologique nous captive. (Sans oublier le changement de couleur de son pull-over... Bravo à Dominique Bourde et Isabelle Pasquier aux costumes !)

La cultissime réplique tant attendue sera tout à fait surprenante et singulière mais des plus réussies. On a de la peine pour ce pauvre animal.

La composition de Sara Montpetit est décidément remarquable !

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

Cédric Colas, un habitué des lieux, est un grand Arnolphe.

On se réjouit de le voir jouer cet homme affublé de tant de tares, se dépêtrer comme un beau diable au milieu de situations qu’il a contribué à établir.

Le comédien a su placer le curseur à son exacte position.
Il n’est jamais dans la caricature, même s’il nous fait beaucoup rire. La pièce est une comédie, ne l’oublions pas.
De plus, il rend très palpable la souffrance de cet homme : on est parfois tout près de le plaindre.
Un grand Arnolphe, vous dis-je !

Le reste de la distribution est à l’avenant.
Hugo Givort, le vidéaste donc, est également Horace. Il joue cet amoureux transi mais aussi un peu naïf avec un engagement total. La fougue, l'émotion sont là ! On croit entièrement à son personnage. 

Guillaume Veyre, autre familier de l’Artistic Athévains, interprète un Chrysalde d’une belle profondeur, l’ami réaliste et clairvoyant (et qui aime le champagne…).

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

Et puis le duo Georgette et Alain est interprété par les très drôles Emmanuelle Galabru et Alain Cerrer. En costumes d’agent de sécurité, ils font preuve de beaucoup de présence.
(Je présente toutes mes excuses à Alain Cerrer, que je n’ai pu faire apparaître sur la photo des saluts. Il joue en effet un autre rôle, et déboule dans un costume qu’il ne me faut pas dévoiler pour vous réserver la surprise.)

© Photo Y.P.

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Un mot sur la musique du spectacle.
A son habitude, François Peyrony a composé une très belle partition, avec notamment un magnifique thème, doté d’un contrepoint joué avec synthétiseur qui produit de grands glissandi. Le résultat sonne un peu à la manière des ondes Martenot. Tout ceci est très réussi et contribue pleinement au succès de cette proposition artistique.

Ce spectacle est d’ores et déjà un incontournable de cette fin d’hiver. 
C'est brillant ! 
Allez de toute urgence découvrir cette vision très maîtrisée très aboutie de cette Ecole des femmes qui fera date !

© Photo Y.P.

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