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Keyvan Chemirani en concert avec The modal experience Ensemble

© Photo Y.P.

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Keyvan Chemirani en concert avec The modal experience Ensemble
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Vous avez dit bi-zarb ?

Le zarb, c’est ce petit instrument à percussion digitale d’origine iranienne.
On l’appelle également parfois Tombak (les deux sons caractéristiques que produit la frappe des doigts sur la peau de mouton.)

Ce soir, nous verrons sur la scène du magnifique Théâtre Claude-Debussy de Maisons-Alfort, les deux plus illustres joueurs contemporains de zarb.
Keyvan Chemirani et son frère Bijan Chemirani, tous deux originaires d’Iran.

Les deux frères sont dépositaires d’un inestimable héritage musical, celui légué par leur défunt papa disparu très récemment, Djamchi Chemirani.
Un legs important et nécessaire, afin de perpétuer cette culture musicale persane, en provenance de ce pays, l’Iran, en ce moment sujet aux graves troubles que l’on sait.

Proposé par les organisateurs du festival Sons d’Hiver, ce concert est aussi l’occasion de présenter la sortie du nouvel album de Keyvan Chémirani et de son groupe constitué pour l’occasion, The Modal expérience Ensemble.

Un album et donc un concert qui vont nous faire découvrir une musique du partage, du métissage.
Ou quand les instruments traditionnels rencontrent le piano, le synthétiseur modulaire et le violon.
La musique, langue universelle, langage du partage d’émotions, langue qui permet de faire côtoyer et surtout respecter les différences.

Cet album Tales of Nar mêle les influences, les inspirations diverses, et mélange les cultures.
Ici, la tradition s’imbrique de façon très subtile et très réussie avec l’électronique.
Les sons de percussion digitale, ceux des cordes frappées ou pincées entrent en réso
nance avec les notes produites par l’archet ou les filtres, les modulateurs en anneau électroniques.

Comme un passionnant jeu de piste entre le hier de la tradition et l’aujourd’hui de la musique contemporaine, une odyssée à la fois spatiale et temporelle.
Le mélange, indispensable à nos sociétés actuelles.

© Photo Y.P.

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Tout commence non pas avec le zarb, mais avec le Santûr, cette sorte de cithare persane, pour qui « on passe la moitié du temps à accorder, et l’autre moitié à jouer faux... », me disait Keyvan avant de commencer le concert…

Les deux frères débutent le spectacle avec un propos nous plongeant immédiatement dans cette musique persane, avec ses modes et ses mesures asymétriques. Bijan est au saz, le luth iranien au manche long.
Le public retient son souffle, tellement cette entrée en matière est à la fois magnifique, délicate et puissante.
Une musique d’oxymores.

Le talent. La virtuosité.
Chacun dans son domaine, les deux frères nous émerveillent d’une technique toujours au service du discours musical. Ici, aucune volonté de se mettre en avant. Seule la musique compte.

© photo Y.P.

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Les titres de l’album vont s’enchaîner.
Les deux Chemirani, multi-instrumentistes, jouent donc aux côtés de Benjamin Moussay, au piano et au synthé modulaire (j’ai renoncé à compter le nombre de câbles qui relient les différents oscillateurs et autres filtres…)

Le musicien nous ravira, en nous prouvant son talent en matière de jeu pianistique, et par ses ambiances créées au synthétiseur.
Parfois, les notes du piano seront modifiées par les systèmes électroniques, créant des paysages sonores à la fois étonnants et parfois surprenants.

© photo Y.P.

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Et puis au violon, Yvlin va elle aussi nous émerveiller.
La musicienne, qui a laissé pour l’occasion son orchestre du Deutsche Oper Berlin, nous proposera de longues envolées très lyriques et souvent très techniques.
Là encore, tout ceci relève d’un très grand talent, au service de cette musique métissée.

© photo Y.P.

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Les compositions participent à un grand dépaysement.
Evidemment, l’origine persane est bel et bien là, mais la rencontre avec le piano et le violon nous procurent des émotions très fortes, très intenses.

 

J’ai tout particulièrement apprécié le titre 118, qui relève d’une mesure asymétrique évoquée un peu plus haut, à savoir une mesure en 11/8 – (1-2-3, 1-2-3, 1-2-3, 1-2, soit effectivement 11 temps)
Ici règnent un véritable espace et une liberté totale : les différents musiciens prendront toute leur place pour des solos on ne peut plus réjouissants.

Le morceau se termine de manière passionnante avec une sorte de « joute », un "chase" entre le zarb de Keyvan et des rythmes sonores chantés par Bijan, comme ces percussions vocales que l’on peut trouver en Inde du sud.

Malgré la contrainte horaire, et devant le tonnerre d’applaudissements saluant cette heure de concert, les musiciens n’auront d’autre choix que de nous offrir un rappel. Un titre tiré d’un autre projet, un opéra intitulé Nager, évoquant la nostalgie d’une époque persane où la philosophie, les sciences, la poésie et la musique florissaient.

Nous, nous sommes conscients d’avoir assisté à un vrai beau moment de musique.
Une musique qui nous rappelle combien le partage des cultures est essentiel à nos sociétés que l’on dit modernes.
Un partage pourtant tellement mis à mal, notamment en cette région du Moyen-Orient.

Un concert qui restera dans tous les esprits. Oui, j’y étais !

© photo Y.P.

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