2 Février 2026
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Vas-y Léo ! Allume la mèche ! Emmène la braquasse, mets la grande soucoupe ! Envoie dans la moulure !
Ne vas pas enquiller un braquet d’asthmatique, ne pédale pas avec les oreilles !
Et surtout, ne va pas saler la soupe !
Léo, c’est Léo Gardy, jeune comédien qui, sans un gros souci de santé, serait devenu coureur cycliste professionnel.
Il nous attend sur le plateau, enfourchant déjà un magnifique et impressionnant home-trainer professionnel Wahoo KICKR BIKE PRO Smart Bike, pédalant tranquillement. (Et non, l'article n’est pas sponsorisé ! ).
Derrière lui, un grand écran sur lequel défilent des images de maillons de chaine et de rayons de vélo.
A cour, un écran sur lequel sont affichés des nombres. Nous ne tarderons pas à comprendre qu’il s’agit de données numériques retransmises par un capteur posé sur sa poitrine.
Rythme cardiaque : 135 pulsations/minutes. Tranquille. Pour l’instant...
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Durant pratiquement une heure et demie, sans arrêter de pédaler (de rares exceptions viendront confirmer la règle), il va nous dire les mots de Philippe Bordas.
Les mots qui nous présenteront ces forcenés, ces hommes-héros de la petite reine, des pionniers du Tour jusqu’aux « hommes-machines » modernes.
Philippe Bordas, photographe, écrivain, cycliste très éclairé, se situe dans la lignée de grands auteurs ayant glorifié par leurs mots le cyclisme.
En le lisant, on ne peut s’empêcher de penser à Antoine Blondin, l’auteur et le journaliste sportif ayant couvert vingt-sept Tours de France et sept Jeux olympiques pour le journal L’équipe, ou encore à Albert Londres publiant son célèbre reportage Les Forçats de la route.
Dans ces Forcenés, grâce à une succession de chapitres consacrés soit à des Grands du vélo, soit à des types de coureurs (les grimpeurs, les descendeurs, etc...) Philippe Bordas évoque ce sport pas comme les autres.
Un sport quasi-métaphysique, avec ses célèbres épreuves où la douleur, l’héroïsme, le don et le dépassement de soi ont forgé une mythologie moderne, avec ses demi-dieux, ses aèdes, ses chansons de geste, ses plus ou moins très riches heures.
L’évolution d’un sport, aussi.
De héros de légende, les coureurs sont devenus des « hommes-machines », gouvernés par les techno-sciences, des êtres de moins en moins humains adeptes de la chimie plus ou moins, (et souvent moins que plus) légale.
Ce spectacle, c’est l’histoire d’une double rencontre.
Jacques Vincey, dont l’actualité est on ne peut plus chargée (il vient de mettre en scène La fin du courage, avec Isabelle Adajani, Laure Calamy, Isabelle Carré, Emmanuelle Béart, Sophie Guillemenin, Lubna Azabal et Rose Bursztein au Théâtre de l’Atelier), Jacques Vincey a eu comme élève Léo Gaudy.
Adepte lui aussi du vélo, il a écouté un podcast sur France Culture, dans lequel Philippe Bordas abordait cette métaphysique du vélo.
Le spectacle n’allait donc pas tarder à naître.
Léo Gardy et les mots de Philippe Bordas.
Une performance physique. Pédaler, accélérer, se mettre en danseuse, se pencher en avant sur le « vélo », le comédien va donner de sa personne.
Le cœur connaîtra des pointes à 189 battements/minutes, la sueur perle très rapidement, les muscles sont mis à rude épreuve.
Les endorphines, la dopamine et l’adrénaline sont là !
Sans oublier le Verbe !
Léo Gardy nous le dit, ce Verbe, tout en « roulant ».
En passant les mots de Bordas au gueuloir, nous comprenons que l’écriture, son rythme, ses fulgurances relèvent complètement de ce sport.
Les mots évoquent la route qui défile inexorablement, les changements de plateaux, les accélérations, les coups de freins ou les embardées.
Ces Forcenés, nous faisons leur connaissance également grâce à un très important travail du vidéaste Othello Vilgard. Nous retrouverons les Anquetil, Coppi, Geminiani, De Vlamynck, Ocana, Hinault et consorts, nous les verrons pédaler derrière Léo Gardy, nous descendrons avec eux à toute allure, nous les accompagnerons sur les routes du Tour ou du Paris-Roubaix.
Les images d'archives côtoient de très belles séquences créées pour l'occasion.
Le son revêt également une importance capitale.
Le micro placé sur le roue de contrepoids du home-trainer délivre un chuintement à la fois lancinant et un peu inquiétant. Comme c’est bien vu ! (Et bien entendu...)
Alexandre Meyer a composé une musique adaptée au caractère unique de ce sport : un loop très court, une boucle samplée nous rappelle le caractère obsédant de la course cycliste.
Je suis sorti du spectacle en ayant le troublant sentiment d’être vraiment entré dans ce monde du cyclisme professionnel, d’en avoir abordé des facettes essentielles, tout en ayant assisté à un spectacle intense et maîtrisé de bout en bout.
L’art au service du sport, et réciproquement.
Et puis comme une envie irrésistible d'aller lire sans plus attendre le livre de Bordas.
Ne manquez pas vous aussi d’aller faire plus ample connaissance avec ces Forcenés du vélo. Et du théâtre.
Un spectacle unique et magistral à la fois.
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On se souvient au passage de Samy Frey, qui lui aussi, en 2003, pédalait pendant tout le spectacle Je me souviens, de Geroges Perec.
https://www.theatreonline.com/Spectacle/Je-me-souviens/8468