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Fiesta

© Photo Y.P.

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Il a 10 ans. Il sait que c’est pas vrai, mais il a 10 ans.
Si tu m'crois pas...
C'est dans quelques jours…

Nono se réjouit de fêter son anniversaire prochain ! Quelle fiesta ça va être !
Inviter les copains, les copines, espérer déclarer sa flamme à Cassiopée, et l’embrasser (peut-être sur la bouche…) !
Si si, c’est comme on vous dit !

Seulement voilà, les éléments en ont décidé autrement.
Marie-Thérèse va se manifester. Marie-Thérèse, c’est une tempête qu’on avait rarement vue, de mémoire de chasseurs de tempêtes.
Un vent à décorner les bœufs, des tornades à faire s’envoler les cabanes de frites, des tourbillons à détruire en plein vol les avions pas seulement en papier !

Le gouvernement s’en mêle : seules les personnes « exceptionnelles » auront le droit de sortir.
Le vulgus pecum, le restant de la population n’aura qu’à se taire et surtout rester chez soi !

Ca ne vous rappelle rien ? Voici quelques années, on avait appelé ça un confinement.

Que faire ? Obéir, rester sagement à la maison et tirer un trait sur cette fête ?
Désobéir, se retrouver dans un lieu secret et faire quand même la fiesta ?
Que vont faire ces neuf camarades de classe ?

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

Gwendoline Soublin a écrit un texte épatant, à destination des petits, lors de l’épidémie de COVID que l’on sait.
Une histoire de restriction de libertés publiques à échelle des jeunes de 10 ans.

Les thèmes abordés seront multiples.
Ici, il est question de donner la parole aux enfants, sans le filtre traditionnel des adultes.
Neuf enfants vont faire preuve d’empathie, de courage, neuf camarades vont devoir décider de leur destin immédiat, et surtout vont être amenés à se poser une question fondamentale : pour une cause que l’on juge des plus bonnes, est-il permis de désobéir ?

Olivier Letellier et Fiona Chauvin se sont emparés de ce texte pour en faire un spectacle des plus réussis, de ceux qui prennent les enfants pour des êtres intelligents, doués de raison, de réflexion et de sens critiques.

Ici, la topographie relève de la disposition quadri-frontale. Les spectateurs, jeunes ou mois jeunes prennent place sur des chaises disposées autour d’une petite estrade faite de cinq cubes rapprochés formant une croix.
La scénographie signée Cerise Guyon est à la fois minimaliste et très signifiante.

Un espace informel qui servira à matérialiser les différents lieux de l’action.
Le propos est judicieux : il est question de faire fonctionner l’imagination des têtes plus ou moins blondes, et de ne pas leur mâcher le boulot.
On fait confiance en permanence au jeune public pour saisir les enjeux fondamentaux du spectacle.

Deux comédiennes vont interpréter à elles seules les neuf personnages de l’histoire, Nono, Cassiopée, Gudule et leurs potes.
Là encore, on compte sur l’intelligence des petits pour reconnaître qui est qui.
Et tout ceci fonctionnera à la perfection.

Fiona Chauvin et Maud Bouchat seront ces deux comédiennes-là.
Durant une cinquantaine de minutes, elles vont investir magistralement ce petit plateau.
Avec un engagement, une puissance de jeu, une justesse jamais prise en défaut, elles seront ces enfants confrontés à un sacré dilemme.

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

Quelle énergie, quelle finesse d’interprétation !
Il n’est pas question de faire pleurer dans les chaumières, mais de dire les choses le plus justement possible, en s’adressant à des petits spectateurs avec respect et une grande subtilité.

Comme Marie-Thérèse, elles vont tourbillonner, virevolter autour ou sur leurs cinq cubes. La tempête est véritablement matérialisée. C’est très bien vu.

De très jolis moments poétiques viennent émailler le propos, comme ces petits avions en papier, ces ballons de baudruche ou ces morceaux de papier pailletés, tous utilisés à très bon escient.

La fin de la pièce repose sur un flash-forward, qui lui aussi sera conté sans aucune "démagogie infantile" et sans pathos de mauvais aloi.
L’empathie est là, sans mièvrerie ni effets superfétatoires.
Les mots, la façon de les dire, de les jouer, de les interpréter de façon on ne peut plus intègre.

Le message général passe à la perfection.
Ce spectacle a d’ailleurs été choisi par un comité de lecture composé d'élèves de classes d’écoles primaires parisiennes. Fiesta est donc le deuxième spectacle de l’année a avoir reçu le suffrage de ces jeunes électeurs.
Et l’on comprend évidemment pourquoi.

Il serait dommage de laisser ce spectacle aux seuls petits spectateurs.
Cette entreprise dramaturgique relève d’une totale réussite.
Le fond et le forme sont là, passionnants et enthousiasmants !

© Photo Y.P.

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